TROIS QUESTIONS À ANÊTA GUEYE THIAM, SAGE-FEMME ET INFIRMIÈRE-CHEFFE DE POSTE À GUET-NDAR : ‘’Ces jeunes craignent les regards réprobateurs’’
TROIS QUESTIONS À ANÊTA GUEYE THIAM, SAGE-FEMME ET INFIRMIÈRE-CHEFFE DE POSTE À GUET-NDAR ‘’Ces jeunes craignent les regards réprobateurs’’ Quels sont les principaux risques en matière de santé reproductive pour les jeunes travailleurs saisonniers de la Langue de Barbarie ? La santé de la reproduction dans la Langue de Barbarie constitue une préoccupation majeure pour les autorités sanitaires, compte tenu des particularités sociales du quartier. L’arrivée de jeunes saisonniers à la recherche d’o

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TROIS QUESTIONS À ANÊTA GUEYE THIAM, SAGE-FEMME ET INFIRMIÈRE-CHEFFE DE POSTE À GUET-NDAR
‘’Ces jeunes craignent les regards réprobateurs’’
Quels sont les principaux risques en matière de santé reproductive pour les jeunes travailleurs saisonniers de la Langue de Barbarie ?
La santé de la reproduction dans la Langue de Barbarie constitue une préoccupation majeure pour les autorités sanitaires, compte tenu des particularités sociales du quartier. L’arrivée de jeunes saisonniers à la recherche d’opportunités économiques, notamment dans le secteur de la pêche, accentue les difficultés. Ces jeunes sont exposés aux infections sexuellement transmissibles (IST), dont le VIH, ainsi qu’aux grossesses non désirées. Le manque d’informations fiables sur la planification familiale et le recours tardif aux structures sanitaires aggravent leur vulnérabilité.
Comment les contraintes financières, les tabous et la mobilité des saisonniers freinent-ils leur accès aux soins et à la planification familiale ?
Les difficultés sont d’abord économiques. Les travailleurs saisonniers privilégient leurs dépenses quotidiennes et les besoins alimentaires de leurs parents restés au village. Même lorsque les tarifs des postes de santé sont bas, les soins passent au second plan tant que la maladie n’est pas jugée grave. À ces contraintes s’ajoutent les tabous liés à la sexualité. Malgré la disponibilité du personnel soignant et la confidentialité de la prise en charge, ces jeunes craignent les regards réprobateurs. Enfin, leur mobilité complique le suivi sanitaire. Ils se déplacent au gré des saisons et des campagnes de pêche, sans rester durablement dans la localité.
En quoi les risques et les comportements face aux soins diffèrent-ils entre les jeunes femmes et les jeunes hommes saisonniers ?
Les jeunes femmes sont davantage exposées aux grossesses précoces, rapprochées ou non désirées. Elles peuvent aussi rencontrer des difficultés à négocier l’utilisation du préservatif. Sans soutien, elles risquent de recourir à des avortements non sécurisés ou d’accoucher dans des conditions de grande précarité, ce qui accroît les risques de mortalité maternelle et néonatale. Les jeunes hommes, quant à eux, se montrent plus réticents à s’impliquer dans la planification familiale, à recourir au dépistage et à consulter pour des questions de santé sexuelle. Le manque de protection les expose aux IST, dont le VIH.
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SANTÉ ET RÉALITÉS MIGRATOIRES INTERNES
Des politiques publiques à adapter à la mobilité
La santé de la reproduction des jeunes et des adolescents connaît encore des insuffisances majeures dans les politiques publiques de santé au Sénégal. La situation de milliers de jeunes travailleurs saisonniers dans la Langue de Barbarie en est une parfaite illustration. Une donne qui mérite d’être revue et corrigée.
Au moment où l’attention des autorités, des partenaires financiers et des ONG est axée sur les flux migratoires transfrontaliers, l’affluence massive de jeunes Sénégalais vers de grandes villes comme Saint-Louis pour leur survie économique reste négligée sous l’angle sanitaire.
Une situation qui engendre une double exclusion, économique et sanitaire, en maintenant par exemple les jeunes migrants des quais de la Langue de Barbarie dans un cercle vicieux de précarité. Ainsi, pour réduire la chaîne d’exclusion de cette importante frange de la population jeune, l’approche doit être corrigée et adaptée à leur mobilité pour une meilleure prise en charge de leur santé sexuelle et reproductive. Il urge même de prendre des mesures pour intégrer cette masse flottante dans les dispositifs. Au Sénégal, les droits des jeunes et des adolescents à la santé reposent sur le principe que chaque jeune doit pouvoir faire des choix éclairés concernant son corps et son avenir. Le cadre juridique est régi par la loi n° 2005-18 relative à la santé de la reproduction.
Les droits à l’information et à l’éducation sexuelle, à l’accès aux services de santé et à la contraception, à la confidentialité et au respect, à la protection et à l’intégrité corporelle doivent s’adapter aux déplacements des jeunes dans tous les coins du pays, parce qu’ils sont des éléments essentiels du développement économique au Sénégal. D’ailleurs, des pistes sont ébauchées pour mieux intégrer cette masse saisonnière et booster les indicateurs de la SR dans la Langue de Barbarie. C’est pourquoi les autorités sanitaires locales travaillent à harmoniser les services de la SR avec les horaires des travailleurs saisonniers et à vaincre les tabous sans heurter, parce que Guet-Ndar est un quartier assez spécial.
Cette souplesse permettra de réduire les coûts d’opportunité. Ainsi, le temps accordé aux soins n’empiétera plus sur celui du migrant, par exemple. Mais ceci passe par une forte implication des acteurs communautaires, à savoir les Bajjenu Gox, les relais et les leaders des associations de quartier, etc. Les activités économiques des travailleurs saisonniers dans la Langue de Barbarie nécessitent également une attention particulière, notamment le manque de structuration du secteur de la vente et de la transformation des produits halieutiques. La majeure partie des femmes saisonnières, pour mener leurs activités sur les quais, dépendent d’intermédiaires masculins qui contrôlent le secteur.
Une condition qui crée un déséquilibre de pouvoir entre les deux cibles. Une position de vulnérabilité qui pousse certaines migrantes à céder à des rapports transactionnels. Un phénomène qui n’est pas sans danger. Il transforme la détresse économique de jeunes travailleuses en de véritables risques sanitaires avec des grossesses non désirées, des IST, la transmission du VIH, des avortements clandestins, etc. Raison pour laquelle il faut organiser le circuit, trouver aux femmes des points cash de nano-crédits leur permettant de mener leurs activités la journée et de rembourser le soir les prêts. Ce qui fait qu’elles ne dépendront plus d’intermédiaires véreux. Parce que le droit à la santé ne doit pas s’arrêter là où commence la quête d’un emploi saisonnier.
Par Ibrahima Bocar SÈNE, SAINT-LOUIS
Section:
profondeur
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About this article
- Length
- 926 words · 5 min read
- Published
- November 7, 2026
- Byline
- joe.waly
- Source
- Enqueteplus