Akfadou: Une randonnée au cœur d’un patrimoine exceptionnel
- Vendredi 2 octobre 2026. Après une longue parenthèse imposée par les fortes chaleurs de la saison estivale, les randonneurs des Cimes des Babors ont retrouvé leurs sentiers, leurs sacs à dos et cette sensation incomparable que procure la marche lorsqu’elle devient une manière de vivre et de regarder autrement son pays.*
Par Hafit Zaouche
Pour cette reprise, ils n’ont pas choisi n’importe quel itinéraire. Ils ont choisi l’Akfadou, cette immense forêt mythique qui semble avoir été posée entre ciel et montagne pour rappeler aux hommes que la nature possède encore des endroits où le temps accepte de ralentir.
Ce matin-là, les marcheurs ont pris le départ depuis le site des antennes d’Akfadou, sur le territoire de la commune d’Akfadou, dans la daïra de Chemini, avec pour objectif de rejoindre Adekar. Une longue traversée qui allait s’étirer sur près de quatre décennies de kilomètres – environ 38 à 39 kilomètres selon le parcours –, mais surtout sur plusieurs siècles d’histoire, de mémoire et d’émotion.
Car marcher dans l’Akfadou, ce n’est pas simplement parcourir une distance. C’est entrer dans un monde.
L’Akfadou est de ces lieux qui ne se donnent jamais entièrement au premier regard. Il faut y marcher, y revenir, accepter la brume, la pluie, le silence, les longues montées et les sentiers qui semblent parfois disparaître sous les arbres.
Ce vendredi, une pluie fine accompagnait les premiers pas. Le brouillard enveloppait la forêt d’un voile presque irréel. Les arbres apparaissaient puis disparaissaient dans cette atmosphère mystérieuse, comme des silhouettes venues d’un autre temps.
Puis, peu à peu, la lumière s’est frayé un passage entre les nuages. La forêt s’est alors mise à respirer.
Le vert est devenu plus profond, les feuillages plus lumineux, les oiseaux plus audibles. L’odeur de la terre humide, le bruissement des feuilles et le souffle du vent composaient une musique que seuls les grands espaces savent offrir.
Dans un monde où l’on court sans cesse après le temps, les Cimes des Babors ont retrouvé ici quelque chose que nous avons parfois oublié : le droit de marcher sans autre urgence que celle de contempler.
À Akfadou, chaque pas devient une respiration.
Et chaque respiration, une manière de se retrouver.
Mais l’Akfadou ne se contente pas d’être un joyau naturel.
Cette forêt est aussi une terre de mémoire.
Sur ces montagnes, l’histoire de l’Algérie s’est écrite dans la douleur, le courage et le sacrifice. Les randonneurs ont notamment fait halte au niveau du PC du colonel Amirouche, lieu profondément chargé de mémoire, où la beauté du paysage contraste avec le poids de l’histoire.
Ici, la nature ne fait pas oublier le passé. Elle l’accompagne.
Entre les arbres, dans le silence de la montagne, on imagine les hommes et les femmes qui ont vécu, combattu et espéré sur ces mêmes terres. L’Akfadou fut l’un des hauts lieux de la Révolution algérienne et un espace intimement lié à l’histoire de la Wilaya III historique.
Alors, forcément, la marche change de sens. On ne regarde plus seulement les arbres. On pense à ceux qui sont passés avant nous. On mesure le prix de la liberté.
Et l’on comprend que certains sentiers portent une mémoire que les générations futures doivent continuer à faire vivre.
Puis viennent les lacs.
Le chemin conduit les randonneurs vers Aguelmim Aberkan, le fameux Lac Noir, l’un des sites les plus fascinants de l’Akfadou.
Dans son écrin forestier, le lac semblait ce jour-là plus généreux encore. Ses eaux, entourées d’arbres et de brume, offraient un spectacle presque irréel. Le groupe y a fait halte pour déjeuner.
Et soudain, autour du lac, une autre image de l’Algérie est apparue.
Des familles venues de différentes wilayas avaient installé leurs tentes. Des enfants jouaient. Les grillades parfumaient l’air. Les conversations se mêlaient aux rires.
Il y avait là quelque chose de profondément simple et profondément beau. Des Algériens heureux. Des familles qui avaient choisi la nature comme destination.
Des enfants qui découvraient que le bonheur n’a pas toujours besoin d’un hôtel luxueux, d’un voyage à l’étranger ou d’une destination lointaine.
Parfois, il suffit d’un sac à dos, d’un peu de pain, d’une grillade, d’une famille réunie et d’un lac au milieu d’une forêt. Le vrai luxe est peut-être là.
Dans cette capacité à s’émerveiller ensemble.
La traversée permet également aux marcheurs d’approcher d’autres paysages emblématiques de l’Akfadou, parmi lesquels le secteur d’Azru n Taghat et ses hauteurs, ainsi que les différents lacs et clairières qui ponctuent cet immense espace forestier.
Chaque détour dévoile un nouveau visage de la montagne. Chaque altitude change la lumière. Chaque silence raconte quelque chose.
Lorsque les randonneurs reprennent leur chemin en direction d’Adekar, la fatigue commence naturellement à se faire sentir. Mais il existe une fatigue heureuse. Celle qui naît après avoir donné son corps à la montagne.
Les jambes deviennent lourdes, les épaules réclament du repos, mais l’esprit, lui, semble plus léger. C’est peut-être cela, la magie de la randonnée. Elle fatigue le corps pour libérer l’esprit.
Elle nous éloigne du bruit pour nous rapprocher de nous-mêmes.
Elle nous fait découvrir des paysages, mais surtout elle nous permet de découvrir une partie de nous que le quotidien finit parfois par étouffer.
Après près de 40 kilomètres, les premières maisons d’Adekar apparaissent enfin. La traversée touche à sa fin. Mais quelque chose reste. Une image. Une odeur. Un silence. Un rire d’enfant au bord du Lac Noir. Une silhouette dans la brume. Un arbre immense. Un souvenir du PC d’Amirouche. Une sensation de liberté.
Et si nous apprenions à voyager autrement ?
Cette journée vécue par les Cimes des Babors raconte finalement beaucoup plus qu’une randonnée. Elle raconte une autre manière de découvrir l’Algérie. Une Algérie que nous avons parfois sous les yeux sans prendre le temps de la regarder.
Une Algérie des forêts, des montagnes, des lacs, des sentiers, des villages, des histoires et des rencontres. De l’Akfadou aux Babors, du Djurdjura aux Aurès, des Hauts-Plateaux au Sahara, notre pays possède une diversité extraordinaire.
Encore faut-il apprendre à la parcourir. À la respecter. À la protéger. Et surtout à la faire aimer.
Car le tourisme ne commence pas forcément par l’arrivée d’un visiteur étranger. Il commence par le regard que nous portons nous-mêmes sur notre territoire.
Avant de convaincre le monde de venir découvrir l’Algérie, apprenons à la redécouvrir nous-mêmes.
Les familles rencontrées au bord du Lac Noir sont peut-être les meilleurs ambassadeurs de cette idée. Elles étaient là, simplement. Elles profitaient. Elles partageaient. Elles vivaient.
Et elles nous rappelaient que notre pays possède encore une multitude de lieux où l’on peut retrouver ce que la vie moderne nous vole peu à peu : le silence, le temps, la proximité et l’émerveillement.
Au terme de cette traversée, une conviction demeure.
Marcher, c’est aussi aimer son pays.
Parce qu’en marchant, on apprend à connaître ses reliefs, ses villages, ses histoires et ses hommes.
On découvre que derrière chaque montagne se cache un récit, derrière chaque sentier une mémoire, derrière chaque forêt une promesse.
L’Akfadou, ce vendredi-là, n’a donc pas seulement accueilli des randonneurs. Il leur a offert une parenthèse. Une respiration. Une leçon de beauté. Et peut-être même une petite leçon d’Algérie. Alors, à celles et ceux qui pensent encore que le bonheur se trouve toujours ailleurs, il faudrait simplement dire : chaussez vos chaussures de randonnée. Prenez un sac. Partez. Marchez. Écoutez le vent dans les arbres. Asseyez-vous au bord d’un lac. Parlez avec les gens que vous croiserez. Et regardez votre pays avec des yeux neufs. Vous découvrirez peut-être, comme les Cimes des Babors l’ont encore vécu à Akfadou, que certaines destinations ne sont pas seulement faites pour être visitées.
Elles sont faites pour être ressenties.
Et qu’au fond, l’Algérie n’a pas seulement besoin de visiteurs.
Elle a besoin de voyageurs capables de l’aimer.
H. Z.
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- 1,293 words · 6 min read
- Published
- October 5, 2026
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- Source
- Le jour d'Algérie