Kankan : à mains nues, entre feu et fumée, le dur quotidien des femmes de la peau de vache

À Kabada 2, à Kankan, la journée commence dans la fumée et s’achève souvent les mains marquées par le travail. Autour des feux, une dizaine de femmes transforment à la force des bras la peau de vache en un produit recherché dans les cuisines. Depuis des années, elles en tirent leurs revenus, malgré la chaleur, les odeurs, le coût du bois et des conditions de travail difficiles.
Au cœur du quartier Kabada 2, le feu est presque toujours allumé. Des peaux de vache sont plongées dans l’eau chaude, sorties, grattées puis exposées aux flammes avant d’être à nouveau plongées dans l’eau pour la cuisson.
Ici, pas de machines pour alléger la tâche. Les femmes travaillent essentiellement à la main, avec des couteaux, de l’eau et du feu.
Ténein Doumbouya exerce cette activité depuis environ 40 ans. Elle en décrit les différentes étapes.
«Cela fait environ 40 ans que j’exerce ce travail. Nous travaillons avec les mains. Quand nous partons chercher la peau chez les bouchers, nous la mettons dans l’eau chaude. Les enfants enlèvent les poils à l’aide de couteaux. On la fait sécher, on la met sur le feu, puis dans l’eau pour la cuisson. Ensuite, on la lave avant de l’envoyer au marché pour la vendre », raconte-t-elle.
Le feu comme principal outil de travail
Dans cet atelier à ciel ouvert, le feu est indispensable au processus de transformation. Mais son utilisation quotidienne rend le travail particulièrement éprouvant.
À la chaleur s’ajoute le coût du bois de chauffe, devenu une charge importante pour ces travailleuses.
«Nous faisons tout à la main, avec le feu. Tout se passe par l’utilisation du feu. Il faut payer le fagot de bois. Avant, on payait 10 000 francs le fagot, mais aujourd’hui, il est devenu beaucoup plus cher », explique Ténein Doumbouya.
Pour ces femmes, la hausse du prix du bois pèse directement sur une activité qui demande déjà beaucoup d’efforts physiques.
De la peau aux marmites
Une fois transformée, la peau de vache est acheminée vers les marchés. Elle est utilisée dans la préparation de plusieurs plats et constitue, selon les travailleuses, un produit accessible à des consommateurs qui ne peuvent pas toujours acheter de la viande.
Ténein Doumbouya affirme que le produit est également consommé dans plusieurs pays voisins, notamment en Côte d’Ivoire et en Sierra Leone.
«La peau de vache est un ingrédient très nécessaire sur le marché. Si elle disparaît du marché, les gens s’inquiètent. Elle est beaucoup consommée de nos jours. Tout le monde n’a pas les moyens de payer la viande », souligne-t-elle.
Malgré les difficultés, cette activité représente une source de revenus importante pour les femmes qui la pratiquent.
Après environ quatre décennies de travail, Ténein Doumbouya considère son activité comme un moyen d’avoir pris en charge sa famille.
«Aujourd’hui, je peux dire Alhamdoulillah. J’ai élevé tous mes enfants grâce à ce travail. Ils sont aujourd’hui mariés », témoigne-t-elle.
« À cause de ce travail, je suis tombée malade »
Derrière cette satisfaction, les conditions de travail restent difficiles. L’activité nécessite notamment de grandes quantités d’eau et une exposition répétée à la chaleur et à la fumée.
Ténein Doumbouya dit avoir été affectée par ces conditions.
«L’eau demande beaucoup. À cause de ce travail, je suis tombée malade. Nos instruments de travail, tout se fait avec le feu et cela joue beaucoup sur la santé », confie-t-elle.
Les conditions d’hygiène constituent également une préoccupation sur le site. La travailleuse affirme que des agents de la commune leur avaient demandé, par le passé, d’éviter de traiter directement les peaux sur le sol.
Elle dit avoir elle-même financé l’aménagement de l’espace actuellement utilisé.
«Des gens de la commune sont passés dans le passé. Ils nous ont demandé de faire en sorte que la peau ne soit pas travaillée sur la terre pour éviter la saleté. J’ai payé du ciment pour aménager cette partie. À part cela, nous ne sommes pas en contact, ils ne font rien pour nous », regrette-t-elle.
La fumée dérange le voisinage
Le travail des femmes de Kabada 2 ne concerne pas uniquement celles qui exercent cette activité. Les odeurs dégagées par les peaux et la fumée produite par les feux peuvent également incommoder les riverains.
Les travailleuses reconnaissent ces difficultés et souhaitent disposer d’un espace mieux adapté.
« Nous travaillons dans le quartier et la peau a souvent des odeurs. La fumée dérange les gens. Les gens se plaignent. Si les autorités pouvaient trouver un endroit pour nous, cela pourrait améliorer le travail », plaide Ténein Doumbouya.
Elle demande également des équipements pour réduire la pénibilité de l’activité.
« Ce que je demande aux autorités, c’est qu’il pourrait y avoir des instruments qui peuvent faciliter ce travail », lance-t-elle.
Une activité qui fait vivre plusieurs familles
Sur le site, une dizaine de femmes exercent aujourd’hui cette activité. Autour d’elles s’est également développé un petit circuit commercial.
Leurs produits sont achetés notamment par des vendeurs de riz et des personnes qui préparent des soupes. Des revendeurs viennent également s’approvisionner avant de retourner écouler les produits sur les marchés.
Pour Doussou Diarré, cette activité représente avant tout un moyen de subvenir aux besoins des familles.
« Nous faisons ce travail pour subvenir aux besoins de nos enfants, mais nous faisons vraiment face à des difficultés. Nous n’avons pas d’instruments. Nous sommes une dizaine qui travaillent ici », explique-t-elle.
Elle souhaite à son tour un accompagnement pour améliorer les conditions de travail.
«Si les autorités pouvaient nous aider à améliorer les conditions de travail, nous aussi, nous aidons le pays », estime Doussou Diarré.
À Kankan, les femmes de Kabada 2 continuent donc de travailler avec les moyens dont elles disposent. Entre l’eau chaude, les couteaux, les peaux et les flammes, leur activité fait vivre plusieurs familles et alimente un petit circuit commercial local.
Mais derrière chaque peau transformée se cache aussi une réalité moins visible : celle d’un travail pénible, exercé dans la fumée et la chaleur, avec peu d’équipements. Ces femmes demandent désormais un cadre mieux adapté pour continuer à gagner leur vie dans de meilleures conditions.
Karifa Kansan Doumbouya Correspondant à Kankan
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- 1,046 words · 5 min read
- Published
- September 19, 2026
- Byline
- Youssouf KEITA
- Source
- Mediaguinee