Kinfaya (Kindia) : les pêcheurs et vendeurs de poissons éprouvés par le manque d’électricité et de moyens financier
À Kinfaya, l’un des districts de la commune rurale de Bangouya, dans la préfecture de Kindia, les acteurs de la pêche artisanale et de la commercialisation du poisson font face à d’importantes difficultés qui fragilisent leurs activités et leurs revenus. Entre le manque de pirogues et de moteurs, le coût élevé des équipements, la baisse des prises, les vols de filets et l’absence d’électricité pour conserver les poissons frais, ces travailleurs peinent à subvenir aux besoins de leurs familles, rapporte un des correspondants de Guineematin.com à Kindia.
À Kinfaya, sur le fleuve Konkouré, la pêche artisanale constitue une importante source de revenus pour de nombreuses familles impactées par le barrage hydroélectrique de Souapiti. Aboubacar Camara, pêcheur artisanal de Kinfaya, ne cache pas les difficultés auxquelles il est confronté au quotidien. Pour lui, la pêche représente avant tout un moyen de nourrir sa famille et de faire face aux dépenses courantes.
Aboubacar Camara, pêcheur artisanal à Kinfaya
« C’est grâce à cette activité que j’essaie de subvenir aux besoins de ma famille. Nous pratiquons principalement la pêche au filet, mais nous sommes confrontés à de nombreuses difficultés qui rendent notre travail de plus en plus pénible », explique-t-il.
Selon lui, le manque de moyens matériels figure parmi les principaux obstacles à l’exercice de ce métier. Les pêcheurs ne disposent pas suffisamment de pirogues ni de moteurs pour faciliter leurs déplacements sur le fleuve. À cela s’ajoute le prix élevé des équipements de pêche, difficilement accessibles à des travailleurs dont les revenus dépendent essentiellement de leurs prises quotidiennes.
« Notre première difficulté, c’est le manque de moyens matériels. Nous n’avons pas de pirogues et nous manquons également de moteurs pour faciliter nos déplacements sur le fleuve. En plus, le matériel de pêche coûte très cher au marché. Pour nous qui vivons essentiellement des revenus de la pêche, il est difficile de réunir l’argent nécessaire pour acheter tous les équipements dont nous avons besoin », déplore-t-il.
Cette insuffisance de moyens complique également les déplacements sur le fleuve. À la recherche de poissons, les pêcheurs sont parfois obligés de parcourir de longues distances, au prix d’importants efforts physiques. Dans certaines circonstances, ils ne parviennent pas à regagner leurs domiciles à temps et se retrouvent contraints de passer la nuit sur le fleuve, loin de leurs familles.
Malgré ces conditions éprouvantes, Aboubacar Camara et ses compagnons continuent de pratiquer leur activité dans l’espoir de réaliser des prises suffisantes pour assurer leur subsistance.
« Nous partons sur le fleuve avec l’espoir de capturer suffisamment de poissons pour les vendre et obtenir un peu d’argent. Mais nos efforts ne sont pas toujours récompensés. Parfois, nous travaillons pendant de longues heures sans obtenir le résultat espéré. Pourtant, nous devons continuer, car nos familles comptent sur nous pour se nourrir et faire face aux dépenses quotidiennes », confie-t-il.
Au-delà des difficultés liées aux déplacements, l’achat et le renouvellement des filets constituent une autre charge financière importante. Lorsque les ressources viennent à manquer, les pêcheurs peinent à remplacer les équipements usés ou à acquérir du matériel plus adapté à leurs besoins.
Tout en soulignant leur volonté de pratiquer leur activité dans le respect de l’environnement, Aboubacar Camara lance un appel aux autorités, aux ressortissants de Kinfaya et aux personnes de bonne volonté.
« Nous avons particulièrement besoin de pirogues, de moteurs et de matériel de pêche. Ces équipements nous permettront de nous déplacer plus facilement sur le fleuve, de réduire les efforts physiques que nous fournissons et d’améliorer nos conditions de travail… Nous ne demandons pas de l’aide par manque de volonté de travailler. Au contraire, nous sommes prêts à fournir tous les efforts nécessaires pour gagner honnêtement notre vie. Mais sans les moyens adaptés, notre travail reste très difficile et les revenus que nous en tirons ne suffisent pas toujours à répondre aux besoins de nos familles », plaide-t-il.
Pour ce pêcheur, un accompagnement adapté permettrait non seulement d’améliorer les conditions de travail, mais aussi de renforcer les capacités des acteurs locaux à vivre dignement de leur métier. Amadou Sylla dénonce les pertes liées à l’absence d’électricité et de réfrigérateurs.
Amadou Sylla, vendeur de poisson frais à Kinfaya
Si les pêcheurs rencontrent des difficultés pour capturer le poisson, ceux qui assurent sa commercialisation sont, eux aussi, confrontés à des obstacles majeurs. À Kinfaya, l’absence d’électricité et de moyens de conservation constitue un véritable handicap pour les vendeurs de poisson frais.
Amadou Sylla, qui exerce cette activité dans la localité, explique que les commerçants doivent souvent faire face à des pertes financières lorsque les ventes ne permettent pas d’écouler rapidement les quantités achetées auprès des pêcheurs.
« Nous exerçons cette activité pour gagner notre vie et subvenir aux besoins de nos familles, mais nous rencontrons beaucoup de difficultés. Parfois, nous achetons une grande quantité de poissons pour les revendre sur différents marchés. Malheureusement, lorsque tout le poisson ne se vend pas, nous ne savons pas où conserver les invendus, parce que nous n’avons pas de réfrigérateurs et que le village ne dispose pas d’électricité », dit-il.
Une situation qu’il juge d’autant plus préoccupante que les habitants de Kinfaya figurent parmi les populations affectées par le barrage hydroélectrique de Souapiti.
Pour ces commerçants, l’absence d’électricité complique considérablement la conservation des produits halieutiques. Le poisson frais étant particulièrement périssable, les invendus peuvent rapidement se détériorer, entraînant des pertes qui compromettent les maigres bénéfices réalisés.
À cette difficulté s’ajoutent les dépenses liées au transport. Amadou Sylla doit notamment prendre en charge le carburant de sa moto, sans compter les autres frais nécessaires à l’exercice de son petit commerce.
« Malgré tous ces efforts, les bénéfices sont souvent très faibles. Parfois, je prends du poisson auprès des pêcheurs pour aller le revendre ailleurs à crédit. Mais avec toutes ces difficultés, il n’est pas toujours facile de s’en sortir », souligne-t-il.
Face à cette situation, le vendeur de poisson frais appelle les autorités et les personnes de bonne volonté à agir en faveur de l’accès à l’électricité et de l’acquisition de réfrigérateurs.
« Nous faisons ce travail pour nourrir nos familles et améliorer nos conditions de vie, mais le manque de moyens de conservation constitue un véritable obstacle à notre activité. Nous avons vraiment besoin d’aide pour mieux conserver le poisson, réduire les pertes et améliorer nos revenus », plaide-t-il.
Pour lui, l’accès à l’électricité et à des équipements de conservation adaptés permettrait de sécuriser les produits, de limiter les pertes et d’améliorer les conditions de commercialisation du poisson dans la localité.
Pêcheur sur le fleuve Konkouré depuis quatre ans, Karifa Camara partage les mêmes préoccupations. Comme ses compagnons, il dépend essentiellement de cette activité pour assurer la prise en charge de sa famille. Mais le manque de matériel, les difficultés financières, les vols récurrents de filets et l’insuffisance de l’eau dans le fleuve compliquent davantage son quotidien.
Karifa Camara, pêcheur sur le fleuve Kounkouré
« Nous utilisons des pirogues locales que nous fabriquons nous-mêmes en réunissant des planches. Le bois coûte entre 900 000 et 1 000 000 de francs guinéens. Au final, une pirogue entièrement construite peut revenir entre 1 500 000 et 2 000 000 de francs guinéens », précise-t-il.
À cette dépense s’ajoute l’achat des moteurs, dont les prix varient, selon lui, entre 900 000 et 1 200 000 francs guinéens à Kindia, sans compter le coût des filets et des autres accessoires indispensables à la pêche.
« L’une de nos plus grandes difficultés ici, ce sont les vols récurrents de nos filets. À cela s’ajoute le manque d’eau dans le fleuve. Cette année, les précipitations n’ont pas été importantes, et cela nous préoccupe beaucoup », affirme-t-il.
En effet, selon Karifa Camara, les prises dépendent également de la montée des eaux. Lorsque les conditions hydrologiques ne sont pas favorables, les pêcheurs éprouvent davantage de difficultés à trouver du poisson en quantité suffisante.
« Quand on n’a pas de pirogue adaptée ni de moteur, il devient très difficile de se déplacer sur l’eau et d’aller à la recherche des poissons. Nous sommes obligés de nous débrouiller avec les moyens dont nous disposons, alors que la pêche demande beaucoup d’efforts, de courage et de moyens matériels », explique-t-il.
Malgré ces obstacles, les pêcheurs continuent de prendre le fleuve dans l’espoir de réaliser de meilleures prises et de répondre aux besoins de leurs proches. Toutefois, Karifa Camara estime qu’il devient urgent de trouver des solutions durables pour permettre aux acteurs de la pêche artisanale de poursuivre leur activité dans de meilleures conditions.
« Aujourd’hui, nous continuons à nous battre malgré les difficultés. Nous partons sur l’eau avec l’espoir de trouver du poisson, car nous savons que nos familles comptent sur nous. Mais nous espérons aussi que notre situation pourra s’améliorer, parce qu’il devient de plus en plus difficile de vivre uniquement de la pêche dans les conditions actuelles », confie-t-il.
Son souhait est de voir les conditions de pêche s’améliorer à Kinfaya, grâce à un meilleur accès aux équipements et à des moyens de travail adaptés.
« Nous voulons simplement travailler dignement, avoir de meilleures prises et assurer un avenir meilleur à nos enfants. Nous voulons vivre du fruit de notre travail et ne plus être constamment confrontés à ces difficultés », affirme-t-il.
Les difficultés ne concernent pas uniquement les hommes. Les femmes qui s’approvisionnent en poisson frais à Kinfaya pour le revendre sur les marchés environnants sont également confrontées à de nombreuses contraintes financières et logistiques. C’est notamment le cas de Sira Djouma Bah, vendeuse de poisson à Megnindy.
Sira Djouma Bah, vendeuse des poissons frais à Megnendy
« Je suis venue chercher du poisson frais à Kinfaya en me déplaçant en taxi-moto, et le carburant coûte cher. Il n’y a pas de marché et nous ne disposons pas de réfrigérateurs pour conserver les poissons restants », explique-t-elle.
Selon ses explications, elle parcourt parfois de longues distances pour acheter du poisson auprès des pêcheurs avant de le revendre au détail dans plusieurs localités, notamment à Kambaya, dans la sous-préfecture de Sinta, à Tourkoun, dans celle de Sogolon, ainsi qu’à Leymiro et au centre de Sangaréah.
Cependant, l’absence de moyens de conservation constitue un risque permanent pour son petit commerce. Lorsque les ventes ne sont pas suffisantes, les poissons invendus peuvent rapidement se détériorer, occasionnant des pertes financières difficiles à supporter.
« Parfois, nous enregistrons des pertes lorsqu’il n’y a pas suffisamment de ventes. Si les poissons restent plus d’une journée, ils pourrissent faute de moyens de conservation », déplore-t-elle.
Dans ces conditions, Sira Djouma Bah explique qu’elle lui est difficile de réaliser des bénéfices suffisants pour subvenir aux besoins de sa famille. Elle lance ainsi un appel pressant aux autorités et aux personnes de bonne volonté afin qu’elles soutiennent les femmes qui vivent de la commercialisation du poisson frais.
« En tant que femme, je n’ai pas les moyens nécessaires. Je réalise difficilement des bénéfices pour nourrir ma famille. Je demande donc aux autorités et aux personnes de bonne volonté de nous venir en aide », plaide-t-elle.
Au-delà de ses difficultés personnelles, la vendeuse met également en avant l’importance du poisson frais dans l’alimentation des populations, notamment celles disposant de revenus modestes.
« Les poissons frais ont une utilité capitale pour la population. Avec seulement 20 000 francs guinéens, on peut acheter une corde de poissons pour une famille, ce qui est nettement différent d’un kilogramme de viande qui coûte 50 000 francs guinéens », souligne-t-elle.
Pour cette commerçante, un meilleur accès à l’électricité et aux équipements de conservation permettrait de réduire les pertes, de préserver les produits et de rendre son activité plus rentable.
À travers les témoignages recueillis à Kinfaya, un même constat se dégage : malgré leur détermination à travailler et à subvenir aux besoins de leurs familles, les pêcheurs artisanaux et les vendeurs de poisson frais restent confrontés à des difficultés matérielles, financières et énergétiques qui fragilisent leurs activités.
**De Kindia, Amadou Baïlo Batouala Diallo pour Guineematin.com **
Tél : (0224) 628 51 67 96
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- Length
- 2,010 words · 10 min read
- Published
- October 30, 2026
- Byline
- Mamadou Yaya Diallo
- Source
- Guineematin.com