La vie à Zagoré et Kourfaré, comme dans bien d’autres villages du Niger, est rythmée par le quotidien. L’article A Birni N’Gaouré : Les femmes de deux villages voisins se mobilisent contre la pauvreté est apparu en premier sur Le Sahel .
La vie à Zagoré et Kourfaré, comme dans bien d’autres villages du Niger, est rythmée par le quotidien. La route qui y mène est une piste latéritique large, bordée ça et là d’arbres et de buissons secs. Après quelques minutes de trajet, nous arrivons au domicile du chef de village de Zagoré qui nous accueille avec enthousiasme. Il se rejouit particulièrement de retrouver l’une d’entre nous, native de la localité.
Ravi de la visite, le chef de village a aussitôt donné l’ordre de rassembler les femmes. Sur instruction de ce dernier, le muezzin a pris le micro un après-midi du 9 avril 2026, après la prière de Zhur, chose inhabituelle, pour appeler les femmes en ces termes : « Le chef du village convoque toutes les femmes issues d’un groupement à la place de la mosquée. Vous êtes priées de rejoindre le lieu dans les minutes qui suivent ». Aussitôt, l’appel lancé, en un temps record, la place était remplie de femmes, venues répondre à l’appel de l’autorité.
À quelques pas de la mosquée, le décor est planté par un puits qui ravitaille les habitants en eau. Ce puits essentiel à la vie du village est le théâtre de la tâche quotidienne des femmes. Un seau y est posé, et une fille vêtue d’un pagne à motifs floraux s’affaire à remplir son récipient. Le quotidien des femmes dans ce village n’est pas de tout de repos : confrontées à un sérieux problème d’eau, elles sont obligées de parcourir une longue distance pour celles qui sont loin du puits, ou d’attendre que le seul forage du village se remplisse.
Une vue du village de Kourfaré
Dans ce village situé dans la commune rurale de Harikanassou, les populations se mobilisent contre la pauvreté. Dans cette lutte, les femmes n’ont pas été en reste. Elles fournissent des efforts inlassables pour améliorer leurs conditions de vie et celles de leurs familles. Elles ont compris que, par les temps qui courent, ce n’est pas toujours qu’un mari réponde à toutes les sollicitations de sa femme. Elles se sont concertées pour former des groupements comme celui de ‘’Salmaharey’’ créé il y a plus de 10 ans, qui compte 13 femmes. Aissa Adamou est l’une d’elles. Sa principale activité est le maraîchage. Cultiver la laitue, le chou, la pomme de terre et autres, est son quotidien pendant la saison sèche. « Par le passé, semer une culture était une action qui ravivait nos cœurs ; aujourd’hui, tel n’est pas le cas parce que le rendement est faible. Les cultures ne résistent plus aux insectes, surtout l’oignon », a-t-elle dit.
Sur un terrain de plusieurs hectares scindés en plusieurs parcelles agricoles au bénéfice de chacune des femmes, il n’y a que deux puits pour le ravitaillement. Pour celles qui sont au bout, c’est une véritable corvée, comme en témoigne Zalika Seydou du groupement ‘‘Naney’’. « Nous avons un sérieux problème d’eau qui freine le développement de nos activités. Notre seule préoccupation, c’est l’eau. Nous puisons l’eau du puits, la versons dans des récipients que nous portons sur nos têtes afin d’arroser nos planches de culture. Malgré cet exercice difficile, la récolte n’est pas meilleure », a indiqué Mme Zalika Seydou.
À cause du manque d’eau, les semences ne poussent pas et la récolte ne répond pas à l’attente des maraîchères « Nous nous en sortons avec moins de 5 sacs d’oignon dans un terrain qui pouvait produire en temps normal deux à trois fois plus. Nous avons besoin aussi de grillage pour clôturer le terrain parce qu’on n’en a pas », a-t-elle exprimé.
C’est le même son de cloche du côté de Mariama Hassan : « Nous sortons de la maison à l’appel du muezzin pour ne rentrer que le soir à cause de l’eau. Nous avons vraiment besoin d’assistance car, comme le dit un adage, l’eau c’est la vie ».
Au village de Kourfaré, les femmes s’organisent pour s’entraider
Kourfaré est situé dans le département de Birni N’Gaouré, à environ 5 Km du village de Karra. Les habitants y vivent au jour le jour avec le peu qu’ils gagnent. Aux environs de 15h, un mercredi 8 avril 2026, nous nous aventurons à la découverte du village de Kourfaré. Après des renseignements, nous voici au domicile du chef de village que nous trouvons allongé sur son lit, dans sa cour familiale, la radio allumée, écoutant les animations. Joyeux d’avoir des étrangers sur sa terre, il nous a accueillis les bras ouverts avec un grand sourire. Après les présentations d’usage, il envoya aussitôt chercher les femmes des groupements. En faisant du porte-à-porte, en moins de 10 minutes, toutes les femmes du village se sont réunies au lieu de rassemblement du village. Ici à kourfaré, beaucoup de femmes ne sont ni instruites encore formées dans un centre spécialisé. Elles n’entreprennent pas d’activités génératrices de revenus qu’initient ailleurs certaines femmes pour subvenir à leurs besoins. Une seule parmi elles a eu la chance d’être formée sur les techniques de transformation des aliments bétail et en a fait part à ses consœurs. Par manque de fonds après juste une première tentative, elles ont arrêté.
Rabi Seydou, présidente du groupement ‘‘Allhamdou Lillah’’ du village de Kourfaré
Ici, la tontine (zouba zouba) est une alternative pour elles de combler le manque d’activités. C’est une sorte de mobilisation des ressources internes et d’octroi de crédit au niveau des groupements féminins. Rabi Seydou est la présidente du groupement ‘‘Allhamdou Lillah’’. Ses 25 membres se réunissent chaque dimanche et cotisent 125 FCFA qu’elles partagent entre elles après 13 mois. « Les 100 f sont mis directement dans la caisse et les 25 sont octroyés d’office à celle qui écrit. C’est en quelque sorte une récompense car c’est la seule qui sait tenir un stylo parmi nous. La tontine nous permet de nous entre-aider. En cas de problème, nous pouvons puiser dedans et rembourser au moment opportun. Chacune prend selon ce qu’elle peut verser. Nous avons besoin d’appui pour faire quelque chose car nous n’entreprenons pas », a-t-elle dit tristement.
Dans un autre groupement dénommé ‘’Mori Bane’’, les 25 membres se penchent sur la problématique du bien-être des enfants à travers des sensibilisations sur le mariage précoce, la scolarisation et bien d’autres. A ce niveau aussi, c’est le même cheminement : la tontine se présente comme une solution contre la pauvreté. « Notre seule activité est la tontine, pendant la saison des pluies, quelques-unes parmi nous sèment du gombo dont le rendement aussi n’est pas tout le temps au top », a déclaré Mme Salamatou Maikibi, présidente du groupement féminin ‘‘Mori Bane’’.
Fatiyatou Inoussa (ONEP)