Côte d’Ivoire-AIP/Rédactions et IA : « La décision éditoriale doit rester exclusivement humaine », estime Dr Kouamé William Yoboué (Interview)
Source : ANP Abidjan, 16 sept 2026 (AIP)- L’essor de l’intelligence artificielle générative redéfinit progressivement les méthodes de travail dans les médias, sans remettre en cause le rôle central du journaliste. Pour l’enseignant-chercheur à l’ISTC-Polytechnique d’Abidjan, le Dr Kouamé William Yoboué, l’avenir des rédactions passe par un cadre professionnel alliant les capacités techniques de l’IA [...]
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Source : ANP
Abidjan, 16 sept 2026 (AIP)- L’essor de l’intelligence artificielle générative redéfinit progressivement les méthodes de travail dans les médias, sans remettre en cause le rôle central du journaliste. Pour l’enseignant-chercheur à l’ISTC-Polytechnique d’Abidjan, le Dr Kouamé William Yoboué, l’avenir des rédactions passe par un cadre professionnel alliant les capacités techniques de l’IA et la responsabilité humaine. Lors d’une session de formation de l’ANP Academy consacrée aux rapports entre le journalisme et l’intelligence artificielle, il a défendu une approche fondée sur la transparence, le fact-checking et le respect des règles déontologiques.
Le chercheur était l’animateur principal d’une session de formation de l’ANP Academy, organisée jeudi 13 août 2026 à Abidjan, au siège de l’Autorité nationale de la presse (ANP), sur le thème : « Le journaliste face à l’intelligence artificielle : entre éthique, responsabilité et innovation ».
Pour une utilisation responsable et éthique de l’IA dans les rédactions, vous proposez un contrat professionnel social. Quels sont les piliers de ce contrat et que doit-on en attendre ?
Le fondement de ce nouveau contrat professionnel repose sur une co-responsabilité entre l’IA et l’être humain. L’IA est un acteur technique, tandis que l’être humain demeure l’acteur éthique et juridique.
Pour être responsable, ce nouveau contrat professionnel doit reposer sur plusieurs piliers. Il y a d’abord la transparence algorithmique, qui implique pour le journaliste de signaler les contenus générés ou assistés par l’IA.
Il y a également la vérifiabilité et la fiabilité de l’information, qui supposent une vérification humaine avant la diffusion de toute information produite ou traitée par l’IA.
À cela s’ajoute le principe de non-malfaisance informationnelle, qui consiste à ne pas produire ou amplifier intentionnellement une information susceptible de nuire. Il faut également prendre en compte la responsabilité juridique, qui doit être appréhendée au regard des différents acteurs impliqués, notamment le média diffuseur, le concepteur de l’IA et l’utilisateur professionnel.
Enfin, ce nouveau contrat doit contribuer à redéfinir les normes déontologiques journalistiques, notamment à travers la maîtrise des usages de l’IA et le renforcement du fact-checking.
L’intelligence artificielle est aujourd’hui présente dans de nombreux secteurs d’activité, notamment dans le journalisme. Quelles sont les limites éthiques que le journaliste ne doit pas franchir dans son utilisation ?
Le journaliste ne doit jamais publier une information qui n’a pas été vérifiée. L’IA peut produire des erreurs ou générer des informations fausses. La vérification des faits et le recoupement des sources demeurent donc une responsabilité humaine.
Il est également fondamental de préserver la vérité et la transparence. Il est contraire à l’éthique d’utiliser l’IA pour fabriquer des citations, modifier des images de manière trompeuse, créer de faux témoignages ou induire le public en erreur.
Le respect des droits et de la dignité des personnes doit également être préservé. L’utilisation de l’IA ne doit pas porter atteinte aux droits d’auteur, à la vie privée, au secret des sources ou à la dignité humaine.
La désinformation et la manipulation sont très présentes sur les plateformes d’information. Comment vérifier efficacement et rapidement les contenus générés ou modifiés par l’IA afin d’éviter les infox ?
Il importe de mettre en place un protocole de fact-checking assisté par l’IA. L’intelligence artificielle peut devenir un allié dans la lutte contre la désinformation lorsqu’elle est utilisée pour détecter des incohérences, identifier des contenus suspects, traduire des documents ou accélérer la veille, tout en laissant la décision finale au journaliste.
La recherche de rapidité ne doit toutefois pas conduire à écarter la rigueur. Il faut notamment recourir aux outils de recherche inversée d’images, vérifier les métadonnées lorsque cela est possible et examiner les éventuelles incohérences visuelles ou sonores.
Quel équilibre faut-il trouver entre la vitesse de production offerte par l’IA et la rigueur de l’enquête humaine ?
L’IA doit être utilisée pour accélérer certaines tâches techniques, notamment la veille, la transcription, le résumé, la traduction et la recherche documentaire.
En revanche, l’analyse, la contextualisation, la vérification des informations et la décision éditoriale doivent rester de la responsabilité du journaliste.
L’enjeu est donc de tirer parti des capacités de l’IA sans déléguer à la machine les responsabilités qui relèvent du professionnel de l’information.
Quelles compétences indispensables le journaliste de demain devra-t-il acquérir pour maîtriser les technologies, notamment l’IA, sans perdre son esprit critique ?
Le journaliste devra réunir trois formes d’intelligence : l’intelligence artificielle, l’intelligence critique et l’intelligence humaine.
L’intelligence artificielle lui permettra de gagner en efficacité et en productivité. L’intelligence critique sera nécessaire pour vérifier les faits, évaluer la fiabilité des informations et contribuer à garantir leur exactitude.
Enfin, l’intelligence humaine restera indispensable pour produire une information responsable, pertinente et adaptée aux attentes des publics.
Le journaliste de demain devra donc maîtriser les outils technologiques tout en conservant les fondamentaux de son métier : le questionnement, la vérification, le recoupement, la contextualisation et la responsabilité éditoriale.
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- 796 words · 4 min read
- Published
- September 16, 2026
- Byline
- KOUAO PASCAL