Kankan : « Une justice qui tarde ou qui n’écoute pas peut pousser le citoyen à se rendre justice lui-même », alerte le Garde des Sceaux

À Kankan, le Garde des Sceaux a mis en garde les acteurs judiciaires contre les conséquences des lenteurs dans le traitement des dossiers, des décisions rendues mais non disponibles et du manque d’écoute des justiciables. En visite dans la région, le ministre a annoncé des sanctions contre les responsables qui ne respectent pas leurs obligations.
Face aux magistrats et aux responsables des juridictions, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme a rappelé le rôle central de la justice dans le fonctionnement de l’État et la nécessité de la rendre accessible aux citoyens.
« Quand la justice marche, tous les autres secteurs suivent. Et si la justice ne marche pas, aucun autre secteur ne peut mieux se comporter », a-t-il déclaré, qualifiant la justice de fondement des autres secteurs.
Le Garde des Sceaux a insisté sur l’importance de l’écoute des justiciables, rappelant que ceux qui saisissent les tribunaux ont souvent épuisé d’autres voies pour résoudre leurs différends.
« Quand quelqu’un vient vers la justice, c’est parce que quelque part l’intéressé a épuisé toutes les voies de recours. Donc la justice devient son dernier recours », a-t-il expliqué.
Pour le ministre, même lorsqu’un justiciable perd son procès, il doit pouvoir constater que sa préoccupation a été examinée et traitée avec considération.
Les lenteurs judiciaires dans le viseur
Le ministre a particulièrement dénoncé les retards dans le traitement des affaires et la mise à disposition des décisions. Selon lui, laisser un citoyen attendre des mois, voire des années, sans obtenir de réponse judiciaire risque d’alimenter sa frustration et de l’amener à envisager de se faire justice lui-même.
« Quelqu’un qui vient à la justice et qui n’est pas écouté, comprenez immédiatement que cette personne va immédiatement penser à se rendre justice. Et là interviendra maintenant une justice privée », a-t-il averti.
Il a également rappelé que la justice est rendue au nom du peuple de Guinée et que les magistrats ne peuvent exercer leurs fonctions selon leur seule volonté.
« Sachez surtout que la justice est rendue au nom du peuple de Guinée. La justice n’est pas rendue pour le juge », a-t-il martelé.
Des décisions rendues, mais parfois indisponibles
Autre dysfonctionnement dénoncé : le retard dans la rédaction des décisions et la remise de leurs copies aux parties concernées.
Le Garde des Sceaux a regretté que des justiciables soient contraints de courir derrière des décisions pourtant déjà prononcées.
« Le juge prend sa décision, il ne rédige pas, les parties courent derrière la décision pendant des mois. À quoi ça sert cette décision ? À rien », a-t-il déploré.
Il a rappelé que le travail judiciaire ne s’arrête pas au prononcé d’un jugement. Les responsables des juridictions doivent également veiller à ce que les décisions soient disponibles et que leur exécution soit suivie.
« Vous ne devez pas vous contenter de dire : on a rendu la décision et puis c’est fini. Vous devez suivre. Vous devez savoir : est-ce que la décision a été exécutée ? », a-t-il demandé aux responsables judiciaires.
Le ministre a par ailleurs insisté sur le respect des exigences procédurales concernant la rédaction des décisions civiles et pénales. Il a notamment affirmé qu’en matière pénale, une décision devrait être prête après trois jours, tout en déplorant les retards observés dans certaines juridictions.
« On va commencer à sévir »
Face à ces pratiques, le Garde des Sceaux a annoncé son intention de sanctionner les manquements relevant de ses prérogatives.
« On va commencer à sévir pour ça. On va commencer à sévir parce que j’ai la prérogative de sanctionner en la matière et je ne vais pas m’empêcher de le faire », a-t-il prévenu.
Il a appelé les chefs de juridiction, les procureurs et les responsables de l’inspection judiciaire à assurer le suivi des instructions et à veiller à l’amélioration du fonctionnement des services.
Le ministre a toutefois reconnu que certaines procédures nécessitent davantage de temps en raison de contraintes particulières. Il a demandé aux acteurs judiciaires de distinguer ces dossiers de ceux qui peuvent être traités plus rapidement.
À Kankan, son message aux acteurs de la justice porte ainsi sur plusieurs exigences : écouter les citoyens, accélérer le traitement des affaires lorsque cela est possible, rendre les décisions accessibles et veiller à leur exécution. L’objectif affiché est de renforcer la confiance des justiciables dans l’institution judiciaire et de prévenir les situations susceptibles de favoriser le recours à la justice privée.
Karifa Kansan Doumbouya
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- 774 words · 4 min read
- Published
- October 11, 2026
- Byline
- Youssouf KEITA
- Source
- Mediaguinee