Youssou Ndour ouvre Bercy à la Guinée : un coup de poing contre la xénophobie !!! (Boubacar Sèye)

Il y a des spectacles qui s’achèvent lorsque les lumières s’éteignent. Et puis il y a des gestes qui continuent de résonner bien après que la musique s’est arrêtée. Faire de la Guinée l’invitée d’honneur de Bercy est de ceux-là. À travers ce geste, Youssou Ndour ne célèbre pas seulement la musique guinéenne. Il célèbre une histoire commune, une proximité humaine et culturelle, une fraternité qui transcende les frontières. À l’heure où les discours de rejet, de stigmatisation et de xénophobie gagnent parfois du terrain sur notre continent, cette initiative prend une portée particulière. Elle rappelle que l’Afrique ne peut construire son avenir en dressant ses peuples les uns contre les autres. La culture peut faire tomber les murs. Horizon Sans Frontières a toujours considéré que la lutte contre la xénophobie ne pouvait pas être uniquement institutionnelle ou juridique. Elle doit également être culturelle, éducative et citoyenne. Et dans ce combat, les artistes ont une responsabilité particulière. Parce que la musique possède cette capacité exceptionnelle de réunir ceux que les frontières, les préjugés ou les discours de rejet peuvent éloigner. Un artiste qui ouvre sa scène à un autre peuple ouvre aussi une porte dans les consciences.
Youssou Ndour
transforme ainsi une scène musicale en espace de fraternité. Bercy devient, le temps d’un événement, beaucoup plus qu’une salle de spectacle : il devient un lieu où le Sénégal et la Guinée se retrouvent autour de ce qu’ils ont de plus précieux en commun.
Racines culturelles entre le Sénégal et la Guinée
Sénégalais, Guinéens : une histoire qui refuse les frontières de la méfiance Entre le Sénégal et la Guinée, il existe une proximité que les frontières administratives ne peuvent effacer. Les familles, les langues, les traditions, les échanges commerciaux, les parcours migratoires et les liens culturels témoignent depuis longtemps d’un profond brassage entre nos deux peuples. Alors, comment accepter que l'Africain puisse devenir un étranger pour l’Africain ? Comment pouvons-nous parler d’intégration africaine, de libre circulation et d’unité du continent tout en tolérant des discours qui présentent parfois nos voisins comme des menaces ? L’Afrique est une terre de mobilité avant même d’être une terre de frontières. Nos sociétés se sont construites par les déplacements, les rencontres et les échanges. C’est cette Afrique-là que nous devons préserver. Contre la xénophobie, choisissons la fraternité. La xénophobie prospère lorsque l’autre devient un inconnu, puis une menace, avant de devenir une cible. La meilleure réponse est donc de créer des espaces de rencontre, de connaissance et de fraternité. C’est précisément ce que la culture peut offrir. Lorsque le Sénégal célèbre la Guinée, lorsque la Guinée célèbre le Sénégal, lorsque les artistes traversent les frontières et que les peuples se reconnaissent dans leurs différences, nous faisons reculer les murs de la méfiance. Le geste de Youssou Ndour doit donc être regardé comme un message adressé à toute l’Afrique : nous avons davantage à gagner dans la rencontre que dans le rejet. Une Afrique au-delà des frontières. Horizon Sans Frontières défend depuis des années une approche fondée sur la mobilité humaine, la paix, la sécurité et les droits fondamentaux. Nous sommes convaincus que les frontières sont nécessaires à l’organisation des États, mais qu’elles ne doivent jamais devenir des frontières dans les consciences. L’Afrique que nous voulons construire doit être capable de protéger ses identités sans rejeter l’autre, de défendre ses intérêts sans stigmatiser son voisin et de réguler les migrations sans transformer l’étranger africain en bouc émissaire. C’est là tout le sens de la fraternité africaine. Elle ne signifie pas l’absence de règles. Elle signifie que les règles ne doivent jamais nous faire oublier notre humanité commune. Un message à la jeunesse africaine. À notre jeunesse, nous devons transmettre autre chose que la peur de l’autre. Nous devons lui transmettre la confiance, la solidarité et la conscience d’appartenir à un continent dont la diversité constitue une richesse. Que la jeunesse sénégalaise découvre la culture guinéenne. Que la jeunesse guinéenne découvre la culture sénégalaise. Que les artistes continuent à franchir les frontières. Que les médias donnent davantage de place à ce qui nous rassemble. Et que nos sociétés cessent de considérer la diversité africaine comme un problème, pour enfin la considérer comme une force.
Une portée symbolique à amplifier
Bercy : un symbole à amplifier Horizon Sans Frontières salue donc ce geste de Youssou Ndour et souhaite qu’il dépasse largement le cadre de Bercy. Car ce qui s’est joué sur une scène parisienne peut devenir un message pour Dakar, Conakry, Bamako, Banjul, Abidjan, Nouakchott et pour toute l’Afrique. Nous avons besoin de plus de ponts culturels, plus de rencontres et plus de fraternité. Nous avons besoin d’une Afrique où l’on puisse être fier de son identité sans mépriser celle de l’autre. Une Afrique où le Sénégalais puisse être accueilli en Guinée avec respect, où le Guinéen puisse vivre au Sénégal dans la dignité, et où chaque Africain puisse comprendre que la diversité de notre continent n’est pas une menace, mais une richesse. La lutte contre la xénophobie ne se gagnera pas uniquement dans les tribunaux ou dans les textes de loi. Elle se gagnera aussi dans les consciences, dans les écoles, dans les familles, dans les médias, dans les stades et dans les espaces culturels. C’est pourquoi nous devons amplifier ce message. Contre les murs de la xénophobie, construisons des ponts de fraternité. Contre le rejet de l’autre Africain, choisissons la solidarité. Et contre les frontières dans les esprits, faisons vivre l’Afrique dans toute sa diversité. La Guinée à l’honneur à Bercy : au-delà de la musique, un geste de fraternité africaine qui fait trembler les murs de la xénophobie. Boubacar Sèye Chercheur-consultant en migrations internationales Président-fondateur d’Horizon
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About this article
- Length
- 942 words · 5 min read
- Published
- September 21, 2026
- Byline
- Malang Toure
- Source
- Senenews