La nouvelle ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Bintou Keïta, prend les commandes d’un département confronté, depuis plusieurs années, à des tensions récurrentes entre l’intersyndicale de l’éducation, composée de la FSPE, du SNE et du SLECG, et le gouvernement. Au centre des revendications figurent notamment la signature du Statut particulier de l’éducation et le recrutement des enseignants contractuels.
Après plus de six semaines d’intenses négociations, le gouvernement guinéen et l’intersyndicale de l’éducation (FSPE, SLECG et SNE) avaient signé, le 3 janvier 2026, un protocole d’accord. Celui-ci prévoyait notamment la revalorisation de certaines primes, le déblocage de salaires en souffrance, le reclassement des enseignants admis aux examens professionnels ainsi que l’engagement à la Fonction publique de 4 500 enseignants contractuels.
La signature de cet accord avait permis d’ouvrir une période d’accalmie dans le secteur éducatif, mettant fin aux mouvements de grève qui avaient marqué le début de l’année scolaire 2025-2026.
Alors que le gouvernement, réuni en conseil des ministres le jeudi 3 septembre, a fixé au 5 octobre la date de la rentrée scolaire 2026-2027, l’intersyndicale a unanimement salué cette décision. Mais cette annonce a également ravivé certaines revendications liées à l’application du protocole d’accord du 3 janvier, dont plusieurs engagements restent, selon les syndicats, en suspens.
Michel Pépé Balamou, secrétaire général du Syndicat national de l’éducation (SNE), reconnaît que les engagements à incidence financière immédiate ont été respectés par les autorités. “Dans le protocole d’accord, tout ce qui était à incidence financière immédiate est respecté. Depuis avril et mai, jusqu’à date, le gouvernement a respecté ses engagements par rapport aux paiements des primes de transport, de préparation et autres. Et ça prend fin fin septembre avec l’augmentation de la prime de documentation et le reste des indemnités de logement et de transport. Ce sont les accords à incidence financière immédiate qui ont été respectés par le gouvernement. Il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de le dire”
Des engagements encore en suspens
Si certains points de l’accord ont donc été mis en œuvre, plusieurs dossiers demeurent toutefois sans solution, selon les organisations syndicales. Pépé Balamou évoque notamment les salaires bloqués, les arriérés de salaires, les primes d’incitation ainsi que la régularisation de la situation administrative de certains enseignants.
“Il y a d’autres qui ont des salaires bloqués depuis décembre 2023 et qui ne sont pas débloqués. Il y a des arriérés de salaires qui ne sont pas payés, il y a les primes d’incitation qui ne figurent pas encore sur les bulletins, ni arrimées aux zones d’affectation. Les arriérés de salaire des 10000 et même aussi d’autres enseignants aussi de l’autre côté, la régularisation de la situation administrative. Ce sont des griefs de nos réclamations que nous avons passés avec une commission chargée de débloquer des salaires”
Pour les syndicalistes, le règlement de ces dossiers en amont demeure essentiel pour garantir une rentrée scolaire apaisée et prévenir une éventuelle résurgence des tensions dans le secteur.
Malgré ces préoccupations, le secrétaire général du SNE assure que l’intersyndicale entend d’abord privilégier les voies du dialogue avant d’envisager d’éventuelles actions de protestation. “Encore une fois, on a deux options. La première option est déjà mise en branle, c’est de recourir et passer par toutes les voies de résolution pacifique. On a des correspondances qu’on va adresser au Premier ministre, au secrétaire général du ministère du Travail, au ministre de la fonction publique, mais aussi à la ministre de l’Éducation nationale Bintou Keïta pour demander des audiences. Mais, si cette option échoue, la pratique syndicale voudrait qu’on organise une assemblée générale. À l’issue de cette rencontre, nous allons faire le compte rendu aux enseignants qui nous ont mandaté et qui vont décider de la conduite à tenir. Puisque, tout ce qu’on fait pour toi sans toi est contre toi.”
La grève, « dernière arme » de l’intersyndicale
Même position du côté de la Fédération syndicale professionnelle de l’éducation (FSPE). Son secrétaire général par intérim, Alpha Gassimou Barry, rappelle que le recours à la grève ne constitue pas une finalité pour les organisations syndicales. “En tant que l’intersyndicale de l’éducation, la FSPE, le SNE, et le SLECG, nous n’avons pas pour vocation à chaque fois d’aller en grève. Si nous partons en grève, c’est parce que nous avons utilisé toutes les voies de recours et c’est notre dernière arme. Chez nous, on laisse les choses s’empirer, après on vient, on nous dit : mettons nous autour de la table, mettons la Guinée en avant. Il faut en tout cas qu’il y ait la paix la stabilité, la quiétude pour accompagner les réformes qui sont engagées.”
Pour Alpha Gassimou Barry, un traitement anticipé des difficultés permettrait d’éviter une nouvelle escalade des tensions. Il insiste ainsi sur la nécessité d’un dialogue permanent entre les différents acteurs du système éducatif. “Si des problèmes sont réglés en amont, on peut éviter beaucoup de choses. Et ça, dans le cadre d’un dialogue permanent, c’est ce que nous souhaitons. Je suis disponible à dialoguer avec les partenaires sociaux, que ce soit le syndicat, l’APAE, tout le monde, pour que les choses bougent. Parce que aucun n’a intérêt à ce que l’éducation guinéenne soit piétinée et perturbée.”
Le SLECG pose la question des enseignants contractuels
Du côté du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG), les conditions d’une rentrée pleinement apaisée ne seraient toutefois pas encore réunies. “Avec la menace qui pèse sur les enseignants contractuels communaux de l’intérieur et ceux de la zone spéciale de Conakry, les conditions ne sont pas totalement réunies. Nous nous réjouissons toutefois de l’annonce faite par le gouvernement, qui prévoit le recrutement de 8 000 enseignants pour le compte de l’éducation. C’est une décision que nous avons applaudie. Mais il faut rappeler que nous n’admettrons pas qu’il y ait un concours tant que les 4 500 enseignants contractuels communaux ne sont pas intégrés dans ce recrutement, d’autant que leur nombre n’atteint même pas les 8 000 postes annoncés. Donc, s’il doit y avoir un concours, il faut d’abord procéder au recrutement de ces enseignants qui, pendant plusieurs années, se sont investis pour accompagner l’école de la République.”
La question de l’intégration des enseignants contractuels demeure ainsi l’un des principaux points de vigilance à l’approche de la rentrée scolaire. L’annonce du recrutement de 8 000 enseignants par le gouvernement est accueillie favorablement par les syndicats, mais ceux-ci demandent que les 4 500 enseignants contractuels concernés par le protocole d’accord soient prioritairement pris en compte.
Le Statut particulier toujours attendu
Autre dossier majeur : le Statut particulier de l’éducation. En août dernier, le ministre de la Modernisation de l’administration et de la Fonction publique, Faya François Bourouno, avait assuré que le gouvernement travaillait sur cette question, en lien avec les départements ministériels concernés. “Nous travaillons aujourd’hui en parfaite synergie avec les ministères en charge de l’éducation pour avoir un statut particulier qui permette de garantir les meilleures conditions de travail, les meilleures conditions de traitement et les meilleures conditions de vie des travailleurs du secteur éducatif.”
À quelques semaines de la rentrée scolaire 2026-2027, Bintou Keïta devra donc composer avec un front social qui privilégie encore le dialogue, mais demeure particulièrement attentif à l’évolution des dossiers en suspens.
Au-delà des revendications salariales, les syndicats restent mobilisés sur la situation administrative des enseignants, l’intégration des contractuels, l’application du Statut particulier et, plus largement, l’amélioration des conditions de travail dans le système éducatif guinéen.
La capacité de la nouvelle ministre à maintenir le dialogue et à apporter des réponses concrètes à ces préoccupations constituera ainsi l’un des principaux enjeux de son entrée en fonction.
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