Crise du logement au Sénégal : 500 000 logements manquants, l’État dévoile sa stratégie
Le Sénégal fait face à un déficit cumulé de près de 500 000 logements , auquel s’ajoutent chaque année de nouveaux besoins. À l’ouverture de la 6ᵉ édition du Salon international de l’habitat, le ministre des Collectivités territoriales, de l’Aménagement et du Développement des territoires, Moussa Bala Fofana, a présenté les grandes orientations de la stratégie gouvernementale pour faciliter l’accès au logement et réduire la pression financière qui pèse sur les ménages. Organisée autour du thème

Le Sénégal fait face à un déficit cumulé de près de 500 000 logements, auquel s’ajoutent chaque année de nouveaux besoins. À l’ouverture de la 6ᵉ édition du Salon international de l’habitat, le ministre des Collectivités territoriales, de l’Aménagement et du Développement des territoires, Moussa Bala Fofana, a présenté les grandes orientations de la stratégie gouvernementale pour faciliter l’accès au logement et réduire la pression financière qui pèse sur les ménages.
Organisée autour du thème
« L’habitat souverain : Sunu Dëkuway »
, cette édition de SenHabitat réunit pendant trois jours les acteurs publics et privés des secteurs de la construction, de l’immobilier et de l’aménagement du territoire. Au cœur des échanges : le déficit de logements, la hausse des loyers et la nécessité de développer une offre adaptée au pouvoir d’achat des Sénégalais. Le constat dressé par Moussa Bala Fofana est préoccupant. Selon le ministre, le Sénégal accuse un déficit de près de 500 000 logements, une situation qui exerce une pression croissante sur le marché immobilier et locatif. « Si l’on ne produit pas assez de logements et que l’offre se fait rare, les prix grimpent. Et lorsque les prix augmentent, la pression sur le marché de la location s’aggrave, ce qui impacte directement le pouvoir d’achat et les salaires des Sénégalais », a-t-il expliqué lors de la cérémonie d’ouverture. À Dakar, plus d’un ménage sur deux serait locataire, selon les données avancées dans le cadre de cette présentation. Pour de nombreuses familles, les dépenses liées au logement absorbent une part importante du budget, au détriment d’autres besoins essentiels, notamment l’éducation, la santé et l’épargne.
Impact de la hausse des loyers
Le ministre a ainsi mis en garde contre le risque de voir la hausse continue des loyers réduire les effets des mesures engagées pour alléger le coût de la vie. « Si nous ne faisons pas attention, tous les efforts déployés pour réduire le coût de la vie risquent d’être absorbés par la hausse continue des loyers », a-t-il averti. Pour répondre à cette situation, le gouvernement entend s’appuyer sur le Programme national de renouveau urbain et d’habitat souverain, articulé autour de deux orientations majeures. La première concerne le
renouveau urbain
, avec la réhabilitation et la restructuration des quartiers existants, l’amélioration de l’assainissement et la sécurisation des espaces urbains. L’objectif est notamment de renforcer les conditions de vie dans les banlieues et les centres historiques. La seconde porte sur l’
habitat souverain
, qui prévoit la création de villes nouvelles intégrées et durables. Cette approche mise sur la valorisation du foncier national, le recours aux matériaux locaux et aux compétences nationales, ainsi que sur la construction de logements accessibles à différentes catégories sociales. Après l’identification de réserves foncières destinées à soutenir ces projets, Moussa Bala Fofana a insisté sur la nécessité de passer à la phase opérationnelle. « Le temps de la conception est révolu : nous entrons désormais dans le temps de l’action et des chantiers », a-t-il déclaré. Le gouvernement reconnaît toutefois que l’État ne peut porter seul l’ensemble des investissements nécessaires. Sa mission consiste notamment à aménager et sécuriser le foncier, à encadrer le secteur et à créer les conditions favorables à la réalisation des projets immobiliers.
Mobilisation des ressources privées
Le ministre a ainsi lancé un appel aux promoteurs privés et aux partenaires financiers afin de mobiliser les ressources nécessaires. Plusieurs mécanismes d’accès au logement sont envisagés, notamment l’achat direct, la location-vente et l’autoconstruction encadrée. Pour les projets agréés, le gouvernement entend imposer un équilibre entre logements accessibles et programmes libres. « Dans chaque projet agréé, nous exigeons un équilibre républicain : 50 % de logements accessibles et 50 % de programmes libres, garantissant à la fois la solidarité nationale et la rentabilité économique des investissements », a précisé Moussa Bala Fofana. Autre levier annoncé : la mise en place d’un fonds renouvelable destiné au préfinancement des voiries et réseaux divers (VRD). Selon les éléments présentés, un besoin résiduel prioritaire de 29 milliards de FCFA a été identifié pour achever les infrastructures de certains programmes immobiliers en attente. L’ambition affichée est d’éviter que des logements restent inutilisables en raison de l’absence d’eau, d’électricité ou de voies d’accès. Le recours accru aux matériaux locaux doit également contribuer à réduire les coûts de construction. La réduction du coût du logement constitue l’un des principaux objectifs de cette stratégie. Selon les simulations financières présentées par le ministère, la combinaison de mesures sur le foncier, la fiscalité, les infrastructures et les matériaux locaux pourrait faire baisser le prix d’un logement de référence de type F3, d’une superficie de 75 m², de 24 à 19 millions de FCFA. Cette baisse représenterait une économie de 5 millions de FCFA, soit environ 20,8 % du coût initial. Il s’agit toutefois d’une projection issue des simulations du ministère, dont la concrétisation dépendra de la mise en œuvre effective des mesures annoncées. La stratégie gouvernementale prévoit la mobilisation d’une réserve foncière nationale d’environ 17 800 hectares, actuellement en cours de sécurisation sur plusieurs sites du territoire. Sur l’axe Dakar-Thiès, plus de 5 600 hectares sont concernés par des opérations d’aménagement, notamment à Daga Kholpa, Déni Biram Ndao, Yène, Jaxaay et Bambilor. Ces sites doivent accueillir de nouveaux espaces urbains conçus autour du modèle des éco-cités. À Thiès, le projet de nouvelle ville prévoit, à terme, la réalisation de 130 000 logements répartis dans une centaine d’écoquartiers. Le futur pôle est présenté comme un espace urbain modernisé, à vocation notamment universitaire et industrielle. Le plan directeur du projet doit être dévoilé prochainement, selon les annonces faites lors du Salon. La dynamique concerne également plusieurs autres localités. Des opérations sont annoncées à Notto Diobass, sur 900 hectares, à Diourbel, avec 40 hectares dédiés à l’aménagement urbain et industriel, ainsi qu’à Touba, où 36 zones d’aménagement concerté (ZAC) sont évoquées. Saint-Louis, Gandon, Kaolack et Kédougou figurent aussi parmi les territoires concernés. À court terme, 14 sites prioritaires doivent permettre la réalisation de 17 650 logements intégrés. L’ensemble de ces projets s’inscrit dans un portefeuille d’investissements évalué à 1 875 milliards de FCFA. Au-delà de la création de nouvelles villes, le gouvernement entend intervenir sur les agglomérations existantes, notamment Dakar, Pikine, Guédiawaye, Thiès et Saint-Louis. Le plan de restructuration urbaine prévoit de cibler 300 hectares afin de produire 45 000 logements décents grâce à la densification et à la réorganisation des espaces urbains. L’investissement prévisionnel annoncé s’élève à 1 100 milliards de FCFA sur une période de 15 ans. Cette démarche vise à améliorer les conditions d’habitat dans les zones déjà urbanisées, où les contraintes foncières, le manque d’infrastructures et la vétusté de certains bâtiments compliquent les interventions. La question des édifices menaçant ruine constitue un autre volet de cette politique. Selon les chiffres communiqués, un audit national a identifié 14 000 bâtiments devant faire l’objet d’un diagnostic. À Dakar, notamment dans les quartiers de la Médina, de Colobane, de Biscuiterie et de Grand Dakar, une première enveloppe de 24,6 milliards de FCFA a été engagée pour des opérations de reconstruction et de relogement des populations concernées. Avec cette feuille de route, les autorités entendent agir simultanément sur la disponibilité du foncier, le coût de construction, l’accès aux infrastructures et la rénovation des quartiers existants. Reste désormais à traduire les objectifs annoncés en réalisations concrètes, dans un contexte où le déficit de logements et le poids des loyers continuent de peser sur les ménages sénégalais.
Follow the story
About this article
- Length
- 1,231 words · 6 min read
- Published
- October 23, 2026
- Byline
- Thioro Sakho
- Source
- Senenews