La Diaspora : Un pont culturel entre l’Allemagne et le Sénégal
Estimée à environ 6 500 personnes, la diaspora sénégalaise en Allemagne se distingue par son intégration exemplaire au sein de la société allemande. Elle entend désormais jouer un rôle plus actif pour le renforcement des investissements.
Selon les données officielles du service de l’immigration, environ 6 500 ressortissants sénégalais sont recensés en Allemagne, un chiffre qui ne reflète toutefois pas l’intégralité des bi-nationaux ni l’ensemble de la communauté résidente. « La majeure partie de notre communauté est établie au sein des grands centres urbains et des bassins économiques comme Berlin, la région Rhin-Ruhr, Francfort, Munich ou Hambourg », explique Mme Raky Touré Winkelhog, présidente et fondatrice des « Sénégalais d’Allemagne » et membre de « Sénégal Sama Rew ». D’après elle, la communauté sénégalaise en Allemagne se distingue par sa discrétion et son intégration exemplaire au sein de la société allemande, portées par un engagement associatif soutenu, la maîtrise de la langue et une contribution active à la vie citoyenne et économique. « Nos membres évoluent aujourd’hui dans des secteurs très diversifiés, allant de l’éducation et la santé jusqu’à l’ingénierie et l’entrepreneuriat », indique Mme Winkelhog. L’homme politique Karamba Diaby est l’un des représentants éminents de la diaspora sénégalaise en Allemagne. Né au Sénégal, il a rejoint l’Allemagne pour ses études : il est notamment titulaire d’un doctorat en géoécologie soutenue en 1996 à l’Université Martin-Luther de Halle-Wittenberg. En 2013, il est devenu la première personne noire née en Afrique à être élue au Bundestag allemand pour la circonscription de Halle/Saale. « Mon histoire montre que les relations entre l’Allemagne et le Sénégal peuvent produire quelque chose de particulièrement précieux : des parcours de vie qui relient les deux pays et créent des ponts humains, scientifiques, économiques et culturels », explique-t-il.
Il a visiblement fait des émules puisqu’un autre ressortissant sénégalais, M. Saliou Gueye, a été élu maire de Stuttgart-Zuffenhausen, un arrondissement d’environ 40 000 habitants. « Mon parcours m’a permis de comprendre que les relations entre l’Allemagne et le Sénégal ne doivent pas être considérées uniquement comme des relations entre deux gouvernements. Elles vivent aussi dans les villes, les quartiers, les universités, les associations, les entreprises et, surtout, à travers les femmes et les hommes qui créent des ponts entre les deux sociétés », déclare M. Gueye. Tout comme Karamba Diaby, Saliou Gueye croit profondément que la diaspora peut être une véritable force citoyenne, professionnelle, économique et politique. « Elle dispose de compétences, d’expériences, de réseaux et d’une capacité d’engagement qui peuvent contribuer pleinement au développement, à la fois de son pays d’accueil et de son pays d’origine ».
Raky Touré Winkelhog évoque l’image d’un arbre pour décrire le rôle de la diaspora : les racines sont ancrées au Sénégal, le tronc en Allemagne et les feuilles incarnent le métissage des deux sociétés. « Cette double culture nous permet d’aborder l’avenir des relations germano-sénégalaises avec une ambition renouvelée », souligne Raky Touré Winkelhog. Pour Saliou Gueye, les collectivités territoriales peuvent également jouer un rôle beaucoup plus important. Il cite l’exemple de la coopération entre Ludwigsburg et Kongoussi (Burkina Faso) qui montre que les partenariats entre villes peuvent produire des résultats très concrets. Dans le cadre de la coopération germano-sénégalais, il souhaiterait donc voir davantage de partenariats directs entre villes, universités, entreprises, associations et acteurs de la diaspora. Celle-ci constitue à ses yeux « un pont stratégique entre les deux pays », puisqu’elle connaît les deux sociétés, parle les deux langues, comprend les deux cultures et dispose d’une expérience précieuse. Au total, Karamba Diaby se dit fondamentalement optimiste quant à l’avenir des relations entre l’Allemagne et le Sénégal. Toutefois, il plaide pour un changement de paradigme. « La coopération de demain doit être davantage fondée sur le partenariat, la réciprocité et la co-construction », explique l’ancien député au Parlement fédéral allemand, citant quatre moteurs essentiels : la jeunesse, la connaissance, l’économie et la société civile. Dans cette perspective, la diaspora entend être un vecteur de sécurisation et d’orientation des investissements, conclut Raky Touré Winkelhog.
Par Seydou KA
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- Length
- 667 words · 3 min read
- Published
- October 10, 2026
- Byline
- Oumar Boubacar Ndongo
- Source
- Soleil