- Fraude Medicaid : une Camerounaise de 54 ans écrouée pour 14 ans

Rita Anagho, 54 ans, a été condamnée à 14 ans de prison pour avoir fraudé le Medicaid de l'Arizona de 69 millions de dollars. Récit d'un stratagème d'envergure.
Une Camerounaise de 54 ans a été condamnée à quatorze ans de prison pour avoir orchestré une fraude de 69 millions de dollars au détriment du Medicaid de l'Arizona, ciblant délibérément des patients amérindiens.
L'histoire commence par une clinique. Une clinique de traitement de la toxicomanie, quelque part à San Tan Valley, en Arizona. À l'intérieur, des dossiers. Beaucoup de dossiers. Certains concernent des patients qui n'ont jamais existé. D'autres, des personnes décédées. D'autres encore, des prisonniers incarcérés.
Une clinique, un stratagème, 69 millions de dollars
Entre mai 2022 et mars 2023, dix mois à peine, Rita Ntusa Anagho a soumis des factures au Medicaid de l'Arizona pour un montant total de 69,7 millions de dollars. Le programme a payé 54,9 millions avant que la supercherie ne soit découverte.
Ce que l'Arizona Health Care Cost Containment System a payé, c'est ce qu'il a payé pour des services de santé comportementale. Des services qui n'ont jamais été rendus. Ou qui ont été facturés pour des séances qui n'ont jamais eu lieu.
Le ciblage des Amérindiens : une stratégie délibérée
Ce qui distingue l'affaire Anagho des autres fraudes au Medicaid, c'est le ciblage. Selon les documents judiciaires, elle et ses co-conspirateurs visaient spécifiquement les patients couverts par l'American Indian Health Care Program (AIHP), un programme destiné aux Amérindiens.
Pourquoi ? Pour l'argent. L'AIHP rembourse à des taux plus élevés que les autres programmes de l'AHCCCS.
« Mme Anagho a manipulé un programme destiné à aider les Amérindiens en Arizona », a déclaré le procureur fédéral Timothy Courchaine. « La peine de quatorze ans qu'elle a reçue montre à quel point la fraude aux soins de santé est grave et dommageable pour notre société. »
Comment le système a été trompé
Le stratagème reposait sur plusieurs mécanismes. Des pots-de-vin versés aux propriétaires de foyers de désintoxication pour qu'ils réfèrent des patients à la clinique d'Anagho. Des notes de traitement falsifiées pour créer l'apparence de soins qui n'avaient jamais été prodigués. Des factures pour des patients fictifs, décédés ou incarcérés.
« Parfois, elle facturait 14 heures de traitement par jour pour un seul patient », selon le dossier de plaidoirie consulté par 12News.
Anagho et ses complices ont également blanchi les produits de la fraude. Quand la clinique a reçu une assignation à comparaître pour ses dossiers, elle a demandé à ses anciens employés de créer de faux dossiers médicaux rétroactifs.
Où est passé l'argent ?
55 millions de dollars. C'est la somme que Rita Anagho a accepté de rembourser. Une somme qu'elle n'a plus.
Les autorités ont saisi 9,5 millions de dollars sur sept comptes bancaires qu'elle contrôlait. Elles ont également confisqué près de 7 millions de dollars en biens immobiliers, dont un hôpital à Florence et une propriété à San Tan Valley.
Selon les documents judiciaires, l'argent a servi à payer des pots-de-vin, à acheter de l'immobilier, des véhicules, et à alimenter des paris à enjeux élevés.
La chute d'une professionnelle de santé
Rita Anagho n'était pas une fraudeuse improvisée. Elle était infirmière praticienne diplômée. Titulaire d'une licence professionnelle qu'elle a utilisée pour donner une apparence de légitimité à sa clinique.
Sa licence d'infirmière a été révoquée en 2025. L'Arizona Board of Nursing a mis fin à son droit d'exercer.
Anagho a plaidé coupable en mai 2025 dans le volet fédéral, puis en mai 2026 dans le volet étatique. Le 6 mai 2026, elle a été condamnée à 3,5 ans de prison par la Cour supérieure du comté de Maricopa pour la fraude au Medicaid d'État. Le 17 septembre 2026, elle a reçu la sentence fédérale : 14 ans de prison.
Un impact bien au-delà de l'Arizona
L'affaire Anagho n'est pas un cas isolé. Elle s'inscrit dans un vaste réseau de fraude aux soins de santé comportementale qui a secoué l'Arizona depuis 2023.
Selon le bureau de la procureure générale Kris Mayes, la facturation frauduleuse de codes de santé comportementale à l'AHCCCS a chuté de 92 % depuis le lancement des poursuites. Entre 2021 et 2023, l'AIHP a enregistré environ 3,1 milliards de dollars de facturation. Depuis 2023, ce chiffre est tombé à environ 230 millions de dollars.
« Depuis trois ans, mon bureau a fait de la traque et de la poursuite des criminels qui volent le programme Medicaid de l'Arizona une priorité absolue », a déclaré Kris Mayes. « Et la facturation des programmes ciblés dans ce stratagème a chuté de 92 %. Nous n'avons pas fini. »
Depuis 2023, 140 personnes et entités ont été inculpées, 41 ont été condamnées, et plus de 139 millions de dollars en espèces et biens immobiliers ont été saisis ou récupérés.
Rita Anagho purge une peine de 14 ans dans un pénitencier fédéral. Elle a 54 ans. À sa sortie, elle en aura 68.
Elle doit encore rembourser 55 millions de dollars. Mais elle n'a plus de licence, plus de clinique, plus de biens. L'État a saisi tout ce qu'il a pu.
Une question reste en suspens : comment une professionnelle de santé a-t-elle pu facturer 69 millions de dollars en dix mois sans que personne ne s'en aperçoive ?
Qui est Rita Anagho ?
Rita Ntusa Anagho, 54 ans, est une ancienne infirmière praticienne camerounaise établie en Arizona. Elle était propriétaire de Tusa Integrated Clinic LLC, une clinique de traitement de la toxicomanie basée à San Tan Valley.
Pourquoi a-t-elle été condamnée ?
Pour avoir facturé le Medicaid de l'Arizona (AHCCCS) pour des services de santé comportementale jamais fournis, incluant des patients fictifs, décédés ou incarcérés, et pour avoir ciblé des patients amérindiens afin d'obtenir des remboursements plus élevés.
Combien doit-elle rembourser ?
Le tribunal lui a ordonné de rembourser 55 millions de dollars. Les autorités ont déjà saisi 9,5 millions de dollars sur ses comptes et confisqué 7 millions de dollars en biens immobiliers.
Que risque-t-elle après sa peine ?
À sa sortie de prison, elle sera probablement soumise à une période de liberté surveillée. Sa licence d'infirmière est définitivement révoquée.
About this article
- Length
- 1,018 words · 5 min read
- Published
- September 24, 2026
- Byline
- Toto Jacques
- Source
- Camer.be