L’éthique judiciaire au cœur de la refondation de la justice gabonaise
L’École nationale de la magistrature de Libreville a abrité ce vendredi 30 octobre le lancement d’un ambitieux programme de formation continue dédié à l’éthique et à la déontologie face aux exigences contemporaines de la justice. Organisée avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement et du gouvernement du Japon, cette session marque un tournant institutionnel pour l’appareil judiciaire gabonais. Inscrite au cœur du Plan national de croissance et de développement 2026-2030, la promotion de la probité s’impose comme le levier central du renforcement de l’État de droit. Face aux attentes citoyennes, l’institution entend poser les jalons d’une transformation profonde afin de restaurer le pacte de confiance et de crédibilité qui la lie au justiciable.
Sur le plan doctrinal, le directeur général de l’École nationale de la magistrature, Armand Yebe, a rappelé que la légitimité du juge s’appuie non seulement sur la règle légale, mais aussi sur sa conscience et son impartialité. Invoquant la sagesse de la tradition Mongo selon laquelle « le couteau ne s’aiguise pas d’un seul côté », l’universitaire a illustré l’exigence d’équilibre du prétoire, qui impose d’écouter chaque partie et de décider sans faveur ni animosité. Armand Yebe a affirmé que l’éthique ne saurait être un simple enseignement théorique ou une posture de circonstance, mais doit s’ériger en « une discipline quotidienne, une exigence intérieure et une boussole » guidant l’accomplissement permanent du service public de la justice.
S’appuyant sur l’ordonnancement juridique positif, la directrice de la formation continue, Sidonie Flore Ouwé, a souligné que l’architecture normative gabonaise s’adosse à l’article 111 de la Constitution du 19 décembre 2024 relatif à l’indépendance du pouvoir judiciaire [9]. Elle a également mis en lumière les articles 143 et 144 de la loi n° 0040/2023 du 26 octobre 2023 portant statut des magistrats. Évoquant Montesquieu et Kant, elle a rappelé que le juge est le dépositaire d’une autorité exercée au nom de la République. Les articles 36 à 39 du statut organisent d’ailleurs des cellules de déontologie au sein des juridictions, garantissant un accompagnement préventif pour prémunir le corps judiciaire contre tout manquement aux devoirs de son état.
Face à la médiatisation des affaires et aux flux d’information sur les réseaux sociaux, les devoirs de réserve et de neutralité revêtent une acuité particulière. Pour Sidonie Flore Ouwé, le magistrat doit maintenir une vigilance constante afin d’éviter tout comportement susceptible de compromettre son impartialité réelle ou apparente. Elle a rappelé que « la véritable épreuve de l’éthique surgit lorsqu’il faut résister à une pression, éviter un conflit d’intérêt, refuser un avantage indu ». Chaque décision rendue exige ainsi un examen de conscience au cours duquel le juge doit garantir l’égalité des armes entre les parties et fonder son intime conviction exclusivement sur le droit positif et les éléments probants figurant au dossier.
Cette quête de probité bénéficie d’un soutien international affirmé. Le représentant du Programme des Nations Unies pour le développement a souligné que face aux mutations contemporaines, les compétences techniques du juriste ne suffisent plus et doivent être guidées par des principes moraux inébranlables. Qualifiant l’éthique de « boussole morale du magistrat » et de « bouclier indispensable qui préserve l’indépendance de la justice face aux pressions extérieures », il a réaffirmé l’engagement du PNUD et du gouvernement du Japon. En investissant dans la formation déontologique, les partenaires internationaux entendent contribuer directement à la consolidation de la sécurité juridique, à la stabilité institutionnelle et au renforcement de la gouvernance démocratique du Gabon.
Le diagnostic posé par la chancellerie s’avère lucide et sans concession face aux dérives constatées. S’exprimant au nom du Garde des Sceaux, le secrétaire général du ministère de la Justice, Jacques Lebama, a tenu le langage de la fermeté en soulignant que la justice traverse une crise de crédibilité exigeant un remède déontologique immédiat. Il a rappelé que l’indépendance constitutionnelle n’est « pas un totem d’immunité » ni un « bouclier destiné à couvrir les dérives individuelles ». Pour le ministère, cette indépendance constitue une charge imposant « une responsabilité déontologique totale et sans concession », où la confiance des pouvoirs publics exige en retour une exemplarité irréprochable de chaque magistrat dans l’exercice de ses fonctions.
Ces travaux, enrichis par les contributions des experts Honoré Monga et Jean-Claude sur l’acte de juger et le contrôle disciplinaire, consacrent une responsabilité partagée. Si chaque magistrat demeure personnellement comptable de sa probité, les pouvoirs publics se doivent de garantir des conditions matérielles et organisationnelles dignes. C’est à la faveur de cette synergie et de cette exigence d’exemplarité que la magistrature gabonaise restaurera la majesté de son office, démontrant que la légitimité des décisions de justice n’est véritablement assurée que lorsque la rigueur de la règle de droit s’accompagne de la vertu irréprochable de ceux qui l’appliquent.
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- 807 words · 4 min read
- Published
- October 31, 2026
- Byline
- Jimmy MANDOUKOU
- Source
- Gabon Infos