
« Si le président de la République est le mendiant de la paix, acceptons humblement d’en être les artisans. » La phrase est signée Michel Ange Angouing, magistrat hors hiérarchie et conseiller technique au ministère de la Justice. Dans un texte publié ce 30 août 2026, l’ancien ministre interpelle directement Paul Biya et l’ensemble des institutions. Le ton est grave, presque solennel. Et franchement, difficile de ne pas y voir un signal fort à quelques semaines d’échéances politiques majeures.
« Nous ne pouvons pas parler de paix et dilapider en même temps la fortune publique. » La formule est lourde de sens. Michel Ange Angouing, figure connue de l’appareil judiciaire camerounais, utilise une métaphore percutante pour décrire le rôle du chef de l’État. Il évoque « l’impression que l’autorité de l’État est dans la rue ». Un constat qui, selon lui, n’honore ni le Cameroun ni ceux qui croient que ce chemin mène au pouvoir. Le magistrat pointe du doigt les médias, accusés d’entretenir la haine, et dénonce une « clochardisation » délibérée des hommes de presse. C’est le moins qu’on puisse dire.
Il appelle à une réconciliation nationale, à un « temps d’arrêt » pour repartir sur des bases plus saines. La date n’est pas anodine : Batouri, 30 août 2026. Soit à quelques jours d’une rentrée politique qui s’annonce tendue. Le texte circule déjà sur les réseaux sociaux, provoquant des réactions contrastées. Certains y voient un acte de courage, d’autres une prise de position ambiguë.
Celui qui fut membre du gouvernement sous Paul Biya – il a occupé le poste de ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières – n’a jamais été un opposant déclaré. Pourtant, ce texte sonne comme un avertissement. L’homme de loi parle de « dégâts collatéraux désastreux » si la situation actuelle persiste. Il rappelle que personne n’a le monopole de la violence, ni celui de la ruse. Le chiffre est absent, mais l’urgence est là. Et l’appel au devoir de chacun résonne comme une mise en garde. Les locomotives de la République, dit-il, devraient « prêcher par le bon exemple ». Une phrase qui pourrait viser plusieurs ténors du régime.
Mais que cherche vraiment Michel Ange Angouing ? Sa position de conseiller technique au MINJUSTICE rend son discours officiel, mais son ton est celui d’un homme désabusé. La question reste ouverte : ce texte est-il une tentative de dialogue ou un adieu à une certaine forme de pouvoir ? Difficile de trancher. « Mieux vaut tard que jamais », écrit-il en conclusion. L’expression pourrait être un ultime avertissement adressé aux plus hautes sphères de l’État.