Sahara Marocain : Nasser Bourita acte un tournant diplomatique et appelle à tourner la page des mécanismes dépassés
Après la fin du mandat de la MINURSO, Rabat entend redéfinir les conditions du règlement politique du dossier du Sahara. Nasser Bourita réaffirme la centralité de l’autonomie sous souveraineté marocaine, dénonce l’immobilisme des anciennes approches et confirme que le cessez-le-feu demeure un engagement intangible du Royaume.
Le dossier du Sahara Marocain entre dans une nouvelle séquence diplomatique. Pour Rabat, les développements intervenus au Conseil de sécurité ne constituent pas simplement un épisode supplémentaire dans une longue confrontation diplomatique, mais une occasion de remettre en question les mécanismes qui ont encadré ce dossier pendant plusieurs décennies.
C’est la lecture présentée par Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, lors d’une émission spéciale diffusée samedi 31 octobre 2026 sur 2M. Revenant sur les conséquences du non-renouvellement du mandat de la MINURSO, le ministre a exposé les choix diplomatiques du Royaume et les perspectives qu’ouvre cette nouvelle situation.
Son intervention s’articule autour d’une idée fondamentale : le Maroc ne souhaite plus se limiter à gérer les conséquences d’un conflit prolongé. Il entend désormais agir sur les paramètres mêmes du processus politique, afin de favoriser une solution définitive en phase avec les réalités actuelles.
Une nouvelle approche inspirée de la vision royale
Nasser Bourita a d’abord replacé les derniers développements dans le prolongement de la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui appelle à dépasser la logique de gestion du différend pour engager une véritable dynamique de changement.
Cette orientation implique, selon lui, une réévaluation des mécanismes internationaux existants. Il ne suffit plus de travailler à l’intérieur d’un cadre ancien lorsque celui-ci ne permet pas d’avancer vers une solution.
Le ministre a ainsi expliqué que la position marocaine ne consistait pas à obtenir à tout prix l’adoption d’une nouvelle résolution, quitte à accepter des formulations affaiblies ou ambiguës. Le Royaume souhaitait un texte suffisamment clair pour fixer les véritables fondements du processus : les parties concernées, la nature des négociations, leur finalité et la prise en compte de la situation humanitaire dans les camps de Tindouf.
Cette exigence de clarté traduit, selon Rabat, la nécessité d’adapter le traitement du dossier aux évolutions politiques et diplomatiques intervenues depuis la création de la mission onusienne.
Le choix russe du veto et ses conséquences
Abordant le comportement de Moscou, Bourita a révélé que le Maroc avait envisagé depuis plusieurs semaines la possibilité d’un veto russe.
Le chef de la diplomatie a rappelé sa rencontre avec Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, effectuée sur instructions royales. Ces échanges auraient permis au Royaume de mesurer les intentions de Moscou et de comprendre que les divergences étaient suffisamment profondes pour ne pas justifier une campagne diplomatique destinée à infléchir sa position.
Le ministre a contesté la présentation du projet russe comme un simple texte technique. À ses yeux, cette approche revenait essentiellement à préserver les anciens paramètres et à prolonger une situation d’immobilisme que le Maroc considère désormais comme incompatible avec les évolutions du dossier.
Il a également rappelé que l’absence d’adoption d’une nouvelle résolution entraîne la fin du mandat de la MINURSO. Dans cette perspective, la responsabilité politique des conséquences de cette situation revient à la partie ayant choisi d’utiliser son droit de veto.
Pour Rabat, cette séquence démontre qu’il n’est plus question de maintenir artificiellement un dispositif dont les objectifs et les modalités ne correspondent plus aux réalités actuelles.
Onze voix au Conseil de sécurité : une dynamique internationale confirmée
Le ministre a fermement écarté toute interprétation assimilant cette évolution à un recul de la position marocaine.
Il a notamment souligné que onze membres du Conseil de sécurité avaient soutenu le projet de résolution, parmi lesquels trois membres permanents, estimant que ce résultat témoigne d’une orientation internationale favorable à une nouvelle approche du règlement politique.
Cette évolution s’inscrit dans une dynamique diplomatique beaucoup plus large, qui concerne les continents africain, européen, arabe et asiatique.
Bourita a rappelé plusieurs étapes importantes de cette évolution : la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara en 2020, le soutien exprimé par l’Espagne en 2022, la position française en 2024, ainsi que les orientations prises par l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Il a insisté sur le fait que ces soutiens se traduisent désormais par des engagements concrets, notamment à travers les investissements, les ouvertures consulaires et le développement des relations économiques avec les provinces du Sud.
Dans cette lecture, la résolution 2797 vient consolider une évolution diplomatique déjà engagée depuis plusieurs années.
Une mission onusienne confrontée à la réalité du terrain
L’un des arguments majeurs développés par Nasser Bourita concerne l’écart croissant entre les missions initialement assignées à la MINURSO et la situation actuelle.
Le ministre a notamment rappelé que l’organisation du référendum, à laquelle renvoie le nom de la mission, n’est plus une perspective opérationnelle. Il s’est appuyé sur les déclarations de Staffan de Mistura concernant les difficultés rencontrées par les Nations unies pour mettre en œuvre cette option.
Il a également soulevé la question de la surveillance du cessez-le-feu, en rappelant que le Polisario avait annoncé, à la suite des événements de Guerguerat en 2020, ne plus se considérer engagé par cet accord, selon les éléments présentés par le ministre.
Dans ces conditions, Bourita s’est interrogé sur la capacité réelle de la mission à remplir sa fonction de surveillance.
Il a par ailleurs évoqué la présence de 43 observateurs répartis sur six centres à l’est du mur, considérant que leurs effectifs et leurs moyens ne leur permettent pas d’assurer une surveillance suffisamment efficace.
Pour le Maroc, la MINURSO a ainsi progressivement perdu une partie de sa raison d’être opérationnelle et est devenue, selon l’analyse du ministre, un élément de conservation du statu quo.
La fin d’une présence visible dans les provinces du Sud
Le non-renouvellement du mandat aura également des conséquences concrètes sur le terrain.
Bourita a annoncé que les personnels, les véhicules, les équipements et les symboles de la MINURSO présents dans les provinces du Sud devront quitter les lieux dans les prochains jours, selon les modalités qui seront établies.
Cette évolution se traduira notamment par la disparition des véhicules portant les emblèmes des Nations unies et par la fin de certaines procédures administratives liées à la présence du responsable militaire de la mission.
Le ministre a précisé qu’une coordination technique sera engagée avec le Conseil de sécurité, le Département des opérations de paix et le Secrétariat général des Nations unies pour organiser cette transition.
Il a toutefois tenu à souligner que le Royaume n’entend pas transformer cette opération en confrontation avec l’organisation internationale.
Le Maroc, a-t-il assuré, mettra à disposition les moyens matériels et logistiques nécessaires pour permettre un retrait ordonné, dans le respect des personnels concernés et des procédures institutionnelles.
Cette position s’inscrit dans la tradition diplomatique marocaine, que Bourita a présentée comme fondée sur la responsabilité, la modération et le respect des opérations internationales de maintien de la paix.
Le cessez-le-feu reste pleinement en vigueur
L’un des messages les plus importants de l’intervention concerne le maintien du cessez-le-feu.
Le ministre a clairement indiqué que la fin du mandat de la MINURSO ne signifie aucunement la fin de cet engagement, conclu le 6 septembre 1991.
Il a rappelé que le cessez-le-feu possède une dimension politique, juridique et diplomatique propre, tandis que la mission des Nations unies n’en constituait qu’un mécanisme de surveillance.
Par conséquent, la disparition de cet instrument ne remet pas en cause les obligations sous-jacentes.
Bourita a également réaffirmé que le Maroc reste attaché au cadre des Nations unies et demeure disposé à poursuivre les échanges avec l’envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura.
Cette disponibilité s’accompagne néanmoins d’une exigence : les prochaines discussions devront s’inscrire dans des paramètres clairement définis, cohérents avec les évolutions politiques et diplomatiques du dossier.
Tindouf : le drame d’un statut de réfugié qui se perpétue depuis cinquante ans
La question humanitaire dans les camps de Tindouf a également occupé une place importante dans les déclarations du ministre.
Bourita a rappelé que ces camps figurent parmi les situations de déplacement les plus anciennes suivies par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, avec une durée proche d’un demi-siècle.
Il a dénoncé la transformation d’un statut censé être temporaire et exceptionnel en une situation durable, transmise d’une génération à l’autre.
Pour le chef de la diplomatie marocaine, il est anormal que des personnes naissent, grandissent et meurent dans les camps sans perspective claire de sortie de cette situation.
Il a directement mis en cause la responsabilité de l’Algérie dans la prolongation de cette crise et dans le blocage des perspectives de règlement.
Rabat considère ainsi que la dimension humanitaire de Tindouf doit désormais être traitée comme un élément central du processus politique, notamment en ce qui concerne les droits des populations et la clarification de leur situation.
L’autonomie sous souveraineté marocaine au cœur du règlement
Sur le fond du dossier, Nasser Bourita a réaffirmé que l’initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007 sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, constitue la référence fondamentale pour parvenir à une solution politique.
Il a insisté sur le caractère réaliste et définitif de cette proposition, qui repose sur la souveraineté du Royaume et offre un cadre de règlement adapté aux réalités de la région.
Cette position s’appuie sur une évolution diplomatique marquée par l’élargissement du nombre de pays soutenant l’approche marocaine.
Le ministre a rappelé les positions des États-Unis, de l’Espagne, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, ainsi que les soutiens exprimés par plusieurs États africains, arabes, asiatiques et européens.
Il a également souligné que cette reconnaissance politique s’accompagne d’une présence économique croissante, matérialisée par des investissements étrangers, des représentations consulaires et des partenariats avec les acteurs économiques des provinces du Sud.
La résolution 2797 constitue, dans cette perspective, une nouvelle étape de consolidation de cette dynamique.
Les provinces du Sud, une réalité qui s’affirme au-delà des débats diplomatiques
En revenant sur la situation intérieure, Bourita a rappelé que les provinces du Sud connaissent une transformation profonde grâce aux infrastructures, aux équipements publics et aux grands programmes de développement engagés par le Royaume.
Il a appelé à dépasser une lecture exclusivement juridique ou diplomatique du dossier pour prendre en considération les réalités concrètes sur le terrain.
Selon lui, les textes internationaux peuvent évoluer au gré des circonstances, mais les transformations économiques, sociales et institutionnelles constituent des réalités tangibles.
Le ministre a également relevé une contradiction dans le comportement de l’Algérie, qui n’avait pas voté en faveur de la résolution 2797 lorsqu’elle siégeait au Conseil de sécurité, mais qui critique aujourd’hui certaines conséquences de son application.
Il a enfin estimé que le contexte régional et international appelle davantage de responsabilité et de transparence, plutôt que des stratégies de communication ou des manœuvres politiques.
Un nouveau chapitre pour la diplomatie marocaine
Au terme de cette intervention, une orientation se dégage clairement : le Maroc entend inscrire le dossier du Sahara dans une nouvelle logique, où la priorité sera donnée à la définition des paramètres d’une solution politique plutôt qu’à la prolongation indéfinie de mécanismes hérités du passé.
La fin du mandat de la MINURSO ouvre ainsi une séquence diplomatique nouvelle, dans laquelle l’initiative marocaine d’autonomie sous souveraineté nationale occupe une place centrale.
Pour Rabat, l’enjeu est désormais de faire converger les réalités du terrain, le soutien international et les efforts diplomatiques vers un règlement définitif, tout en maintenant le respect du cessez-le-feu et des engagements internationaux du Royaume.
La rédaction/Le7tv
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- November 1, 2026
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