Enfants soldats : le Conseil de sécurité s’attaque au recrutement en ligne
© UNICEF / Conor Wall Un Android ou un iPad peuvent désormais suffire à un groupe armé pour enrôler un enfant dans une guerre.
**19 octobre 2026 **Paix et sécurité
Un Android ou un iPad peuvent désormais suffire à un groupe armé pour enrôler un enfant. Lundi, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité une résolution visant à mieux protéger les mineurs contre leur recrutement dans l’espace numérique. Derrière ce consensus, plusieurs pays, dont les États-Unis, ont exprimé de profondes réserves.
Des réseaux sociaux aux plateformes de jeux vidéo, en passant par les messageries chiffrées, les groupes armés disposent de nouveaux moyens pour aborder, radicaliser et exploiter des mineurs. Face à cette évolution, le Conseil a adopté, une résolution destinée à mieux protéger les enfants pris dans les conflits armés.
« Recruter au moyen d’un smartphone, c’est toujours recruter », a résumé la représentante de la Grèce, qui préside le Conseil pour le mois d’octobre, et a porté le texte. « La question n’est pas de savoir si le Conseil doit s’attaquer à la dimension numérique des violations graves, mais s’il peut se permettre de garder le silence pendant que d’autres l’exploitent ».
La résolution reconnaît explicitement que les technologies numériques peuvent servir à recruter des enfants, mais aussi à faciliter leur enlèvement, leur exploitation sexuelle et d’autres violences. Elle demande aux parties aux conflits de mettre immédiatement fin au recrutement et à l’utilisation de mineurs en violation de leurs obligations internationales, y compris lorsque ces pratiques passent par les réseaux sociaux.
Une guerre qui change de terrain
Le texte ne crée toutefois aucune nouvelle catégorie de violation. Il cherche plutôt à adapter aux usages numériques les mécanismes de protection existants. Depuis trente ans, l’ONU a progressivement élargi son dispositif de surveillance des atteintes aux enfants dans les conflits, notamment aux meurtres et mutilations, aux violences sexuelles, aux attaques contre les écoles et les hôpitaux et aux enlèvements.
Pour Athènes, l’évolution des méthodes employées par les groupes armés impose une nouvelle adaptation. « Si nous n’adaptons pas nos méthodes, l’écart entre les dispositifs existants et les menaces émergentes se creusera », a averti sa représentante.
La résolution invite les États à renforcer leurs systèmes de protection de l’enfance, notamment par des mécanismes de signalement accessibles aux mineurs. Elle encourage également des partenariats avec les entreprises technologiques afin de limiter l’exposition des enfants aux contenus préjudiciables et d’empêcher que leurs services soient détournés à des fins de recrutement.
Les plateformes sont ainsi appelées à améliorer la sécurité de leurs produits, notamment grâce à des dispositifs efficaces de vérification de l’âge. Le texte ne prévoit cependant ni sanctions spécifiques ni mécanisme contraignant à leur encontre.
Unanimité de façade ?
Derrière l’adoption unanime, les négociations ont été laborieuses. Selon le site spécialisé Security Council Report, elles ont duré plusieurs mois, la Russie et la Somalie ayant notamment contesté la dernière version du projet.
Washington a exprimé les réserves les plus virulentes après l’adoption du texte. Tout en votant pour la résolution, les États-Unis ont dénoncé l’inefficacité du bureau de la Représentante spéciale de l’ONU pour les enfants et les conflits armés, auquel ils ont retiré leur soutien.
« Élargir son rôle ne protège pas un seul enfant. Cela ne fait qu’accroître une bureaucratie qui a déjà échoué », a affirmé le représentant de Washington, annonçant que son pays se désolidarisait des références à la Représentante spéciale.
Les États-Unis ont également contesté certaines formulations relatives au recrutement des mineurs et dénoncé les risques de censure associés aux références à la désinformation.
De son côté, la Russie a reproché à la résolution de ne créer aucune nouvelle catégorie de violation grave contre les enfants, les technologies numériques ne faisant, selon elle, que modifier les méthodes employées pour commettre des atteintes déjà reconnues par l’ONU. Moscou a également regretté la suppression, au cours des négociations, des références à l’utilisation des écoles à des fins militaires.
La Chine a insisté sur la nécessité de respecter la souveraineté des États dans le déploiement des technologies numériques, tout en appelant à mieux encadrer les entreprises du secteur pour protéger les données des enfants et prévenir les abus.
La Somalie a quant à elle regretté que la résolution impose de nouvelles responsabilités aux pays touchés par les conflits sans prévoir de moyens financiers et techniques suffisants pour les assumer. Mogadiscio a également mis en garde contre les risques liés à la collecte et au partage de données sensibles concernant les enfants, susceptibles de les exposer à de nouvelles violences.
Ces désaccords interviennent alors que les mécanismes de protection de l’enfance souffrent déjà de restrictions budgétaires. En 2025, l’ONU a recensé 38 558 violations graves contre des enfants dans les conflits armés, un chiffre qui souligne l’ampleur des violences auxquelles elle tente de répondre.
Pour la Grèce, l’adoption du texte marque néanmoins une étape. « Il y a trente ans, la communauté internationale a décidé que les enfants pris dans la guerre ne seraient plus invisibles », a rappelé sa représentante. « Aujourd’hui, nous devons veiller à ce qu’ils ne disparaissent pas dans l’espace numérique ».
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About this article
- Length
- 851 words · 4 min read
- Published
- October 20, 2026
- Byline
- B.A.W.
- Source
- Congo Indépendant