
Le ton s'est durci au Palais de la République. Réuni ce mercredi 2 septembre 2026 en Conseil des ministres, Bassirou Diomaye Faye a mis un nom précis sur l'urgence sociale du moment — la cherté de la vie et la flambée des loyers — et a signifié à son équipe gouvernementale que le temps des constats était révolu. Place, désormais, aux résultats. Depuis plusieurs jours, les Sénégalais se plaignent ouvertement de la hausse des prix de produits de première nécessité, à commencer par le riz et la viande. Un mécontentement que le chef de l'État ne pouvait plus ignorer, d'autant qu'il intervient au lendemain d'un accord conclu avec le Fonds monétaire international, censé ouvrir une nouvelle phase de redressement économique. Pour Bassirou Diomaye Faye, cette dynamique macroéconomique ne vaudra rien si elle ne se traduit pas, concrètement, par un allègement des charges du quotidien. Le message envoyé mercredi au gouvernement porte cette exigence : les textes existent, il ne reste plus qu'à les faire appliquer.
Premier concerné par cette pression : le ministère de l'Industrie et du Commerce, dirigé par Serigne Guèye Diop. C'est à ce département qu'incombe, au premier chef, l'« application rigoureuse des instruments adaptés de la loi sur les prix et la protection du consommateur » exigée par le président. Le chef de l'État demande un renforcement effectif du contrôle des prix sur le terrain et une vigilance accrue face aux pratiques commerciales abusives — une manière à peine voilée de rappeler que les dispositifs de régulation, sur le papier, ne suffisent plus : ils doivent produire des effets visibles pour les ménages.
Deuxième front ouvert par le président : la régulation du marché locatif, confiée au ministère de l'Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l'Aménagement des territoires, piloté par Moussa Bala Fofana. Bassirou Diomaye Faye y réclame le « déploiement effectif des dispositions réglementaires et coercitives appropriées » face à des loyers jugés excessifs par une grande partie des ménages, notamment à Dakar. L'instruction présidentielle vise ici à faire sortir des tiroirs des mécanismes existants mais jusqu'ici peu ou mal appliqués, dans un contexte où la question du logement abordable est devenue un sujet de tension sociale à part entière.
En creux, les instructions présidentielles engagent aussi le département en charge de l'Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l'Élevage, dans la mesure où le chef de l'État a explicitement rattaché la maîtrise des prix des denrées à la politique de souveraineté alimentaire déjà engagée. La flambée du riz et de la viande renvoie directement aux capacités de production et d'approvisionnement du pays — un chantier que le président entend voir avancer de pair avec la répression des abus sur les prix. Enfin, c'est bien au duo formé par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô et le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, que revient la responsabilité de concilier deux impératifs a priori contradictoires : poursuivre l'assainissement des finances publiques et la relance de l'investissement, tout en produisant des résultats immédiats sur le pouvoir d'achat. Le président leur a d'ailleurs rappelé, selon le communiqué du Conseil, l'urgence d'accélérer la mise en œuvre de mesures de relance des filières essentielles, en lien avec le secteur privé — une manière de souligner que la rigueur budgétaire imposée par l'accord avec le FMI ne doit pas se faire au détriment des ménages les plus exposés. Ce qui frappe dans la communication présidentielle du 2 septembre, c'est l'absence de toute nouvelle mesure spectaculaire.
Bassirou Diomaye Faye
ne demande pas de nouveaux textes : il exige l'application de ceux qui existent déjà. Une manière de mettre chaque ministre concerné devant ses responsabilités et de transformer un enjeu économique en test de performance gouvernementale, à quelques mois d'une rentrée sociale que l'exécutif sait particulièrement scrutée.
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