Abidjan, 28 aout 2026 (AIP) – Devenu en quelques années l’application la plus consultée par les jeunes ivoiriens, Tiktok s’impose comme un outil autant économique qu’éducatif. Etudiants, commerçants et jeune vendeur rencontrés par l’AIP livrent un regard nuancé sur cette application, entre opportunités réelles et dérives à encadrer. Divertissement et apprentissage, le double visage de [...]
Abidjan, 28 aout 2026 (AIP) – Devenu en quelques années l’application la plus consultée par les jeunes ivoiriens, Tiktok s’impose comme un outil autant économique qu’éducatif. Etudiants, commerçants et jeune vendeur rencontrés par l’AIP livrent un regard nuancé sur cette application, entre opportunités réelles et dérives à encadrer.
Divertissement et apprentissage, le double visage de l’application
« Il y a un peu de tout », résume Sawadogo Aminata, étudiante en licence 3 de gestion des ressources humaines et management des organisations. Pour elle, Tiktok n’est pas qu’un espace de divertissement. Elle y suit des comptes consacrés à l’éducation financière, à l’apprentissage de l’anglais ou à l’histoire, des contenus, dit-elle, qu’elle n’irait pas chercher ailleurs.
Elle assure également que Tiktok l’a aussi aidée à progresser en anglais et à mieux s’exprimer, grâce à des créateurs de contenus pédagogiques.
L’étudiante reconnait toutefois avoir traversé une période où l’application a nui à sa scolarité. « Je ne dirais pas que j’étais accro, mais je ne m’en passais pas vraiment », confie-t-elle, évoquant des nuits passées sur l’application au détriment des révisions et une baisse de ses résultats scolaires.
Son conseil aux jeunes utilisateurs est de distinguer le « coté divertissement du côté opportunité » de l’application, pour éviter de s’y ‘’abrutir’’ sans rien en tirer.
Un nouveau canal de commerce pour les jeunes entrepreneurs
Au-delà du divertissement, Tiktok s’est imposé comme un véritable outil de commerce pour de jeunes vendeurs. Fabiola Audrey, commerçante de vêtements pour hommes, y voit « un divertissement et une opportunité en même temps ».
Grace aux vidéos et aux lives qu’elle y diffuse, elle assure toucher une clientèle qu’elle n’aurait pu atteindre autrement. « Avant, il fallait mettre les paniers sur la tête pour se promener de maison en maison. Aujourd’hui, il suffit d’allumer ma caméra », explique-t-elle.
Même constat chez Koffi Adjoua Grâce Morelle, gérante de la boutique ‘’San kiss’’ au marché Djè konan de Koumassi. Pour elle, l’application a considérablement facilité la visibilité de son commerce, « sans que le client soit venu au marché ».
Ces clients la contactent désormais directement après avoir vu ses publications, et la localisation partagée sur ses vidéos. Ce qui leur permet de retrouver la boutique.
Koné Moussa, vendeur de téléphones sur le même marché, confirme cette dynamique par des chiffres. Depuis qu’il publie régulièrement ses produits sur Tiktok, ses ventes ont grimpé à « 15 ou 20 téléphones par mois », contre une dizaine via la plateforme Facebook auparavant, s’est-il réjoui.
La croissance au niveau de ses ventes est portée par une clientèle qui le contacte directement après avoir visionné ses vidéos, a souligné Koné Moussa.
Des risques que les commerçants pointent eux-mêmes du doigt
Si l’application ouvre des opportunités économiques, ses utilisateurs n’occultent pas les dérives. Fabiola Audrey alerte sur la course à l’audience qui pousse certains créateurs à « exposer leur nudité » pour gagner en visibilité, ou à se présenter comme « coachs » en donnant des conseils qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes.
Une exposition à laquelle les plus jeunes utilisateurs, souvent âgés de moins de 15 ans, seraient particulièrement vulnérables, faute de recul critique face à ces contenus.
« A cause de Tiktok, nous avons des enfants qui n’étudient plus, et qui veulent ressembler aux influenceurs », regrette-elle, relevant l’écart croissant entre l’image projetée sur l’application et la réalité.
Sawadogo Aminata rejoint ce constat sur la nécessité d’un accompagnement des plus jeunes. « Il faut surtout les sensibiliser, leur faire savoir que tout ce qu’ils voient n’est pas forcement bon pour eux », plaide-t-elle, appelant à une utilisation « responsable » et « consciente » de l’application plutôt qu’à son interdiction.
L’avis de l’expert : tiktok un outil à double tranchant
Pour l’enseignant-chercheur et professionnel en sciences de la communication M. Sanhoun Koffi, ces témoignages illustrent une réalité désormais établie : « aucun des médias socio numériques aujourd’hui ne peut être considéré comme une simple plateforme de divertissement ».
Selon lui, ces plateformes ont développé des fonctionnalités qui dépassent largement les interactions sociales, au point de devenir « des outils économiques, politiques et culturels importants, et quasiment incontournables ».
Sur le potentiel économique évoqué par les commerçantes rencontrées à Koumassi, l’universitaire confirme que Tiktok peut contribuer à l’augmentation du chiffre d’affaires d’une entreprise « en orientant ses actions de communication dans le sens du développement du marketing digital ».
Il relève d’ailleurs que les algorithmes de la plateforme sont « beaucoup plus tendancieux », ce qui favorise un ciblage plus fin et une personnalisation plus poussée des contenus, plaçant selon lui Tiktok en très bonne position en matière de marketing digital, aux côtés d’autres réseaux qui conservent chacun leurs spécificités.
Mais l’expert nuance cet enthousiasme par une mise en garde sur la santé mentale des jeunes utilisateurs. Une utilisation excessive de l’application, dit-il, peut créer une dépendance et contribuer à l’isolement des sujets jeunes ». Il estime également que Tiktok peut affecter l’estime de soi : « en se comparant aux nombreux modèles qui animent la plateforme, on peut en arriver à ressentir un mal-être », explique-il.
Interrogé sur la nature de l’application, M. Koffi refuse de trancher entre opportunité et divertissement : « les deux à la fois », répond-il, rejoignant ainsi le constat dressé par l’ensemble des personnes interrogées dans ce reportage. Son message aux jeunes utilisateurs se veut simple et direct : « utiliser Tiktok et ne vous laissez pas utilisez par Tiktok ».
En guise de mot de fin, l’enseignant-chercheur insiste sur la formation des utilisateurs plutôt que sur la diabolisation de l’outil : « il faut se former à l’utilisation saine et efficace des réseaux sociaux, notamment Tiktok », recommande-t-il, alors que la plateforme poursuit sa croissance en nombre d’utilisateurs, particulièrement auprès des jeunes.
Près de 8,4 millions d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux en Côte d’Ivoire
En Côte d’Ivoire, TikTok occupe une place de plus en plus centrale dans les habitudes numériques des jeunes, sans pour autant supplanter l’ensemble des réseaux concurrents.
Selon les données de Côte d’Ivoire DataReportal (établi à partir des chiffres disponibles à la fin de l’année 2025), le pays compte environ 8,4 millions d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux. Parmi eux, les plateformes du groupe Meta conservent un ancrage massif. Facebook réunit à lui seul la majorité absolue de cette audience numérique, tandis qu’Instagram en enregistre environ 895 000.
Toutefois, la comparaison ne peut se limiter aux seules audiences publicitaires et les plateformes ne publient pas toutes des données d’utilisateurs quotidiens directement comparables. TikTok se distingue principalement par sa capacité à capter et monopoliser l’attention des plus jeunes grâce à ses formats courts, ses tendances virales, ses sessions en direct et un algorithme de recommandation hyper-personnalisé.
Reportage réalisé par les stagiaires Soro Largaton Blaise et Latte E. Florence
(AIP)
slb/lef/bsb/zaar
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