Culture : les acteurs guinéens formés aux enjeux des droits d’auteur face à l’intelligence artificielle
Le ministère de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, à travers le Fonds de développement des arts et de la culture (FODAC) et le Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), a organisé une formation à l’intention des acteurs culturels sur les droits d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Cette formation, qui s’est déroulée sur quatre jours, a pris fin dans la soirée du vendredi 9 octobre 2026, à Conakry. L’objectif était de renforcer les capacités des cadres du BGDA, des créateurs, des utilisateurs d’œuvres artistiques, notamment les télévisions et les radios, ainsi que des représentants du gouvernement, des producteurs et des labels, sur les enjeux liés à la protection des droits d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle, a appris Guineematin.com à travers l’un de ses reporters.
Durant ces 4 jours de formation, les participants et les formateurs ont échangé sur plusieurs questions liées à la protection des droits d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Ils ont également réfléchi aux défis que pose cette technologie pour la protection des œuvres, la reconnaissance du travail des créateurs et la gestion des droits d’auteur. Lors de la cérémonie de clôture, le ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, a salué cette initiative du Fonds de développement des arts et de la culture (FODAC) et du Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA). Selon lui, le nombre de vues sur YouTube et sur les autres plateformes de diffusion qui permettent de gagner de l’argent ne peut réellement augmenter les revenus des créateurs que si certaines étapes préalables sont franchies.
Moussa Moise Sylla, ministère de la Culture
« Ces deux institutions ont compris la nécessité d’unir leurs efforts pour faire avancer cette question épineuse des droits d’auteur à l’ère de l’intelligence artificielle. Cette collaboration vise également à permettre au BGDA de se mettre à jour et d’être au même niveau que ses homologues à travers le monde, afin que nos artistes et nos créateurs sortent de l’anonymat et de l’oubli, et que leurs œuvres soient reconnues. Beaucoup d’artistes ont connu de grands succès dans notre pays, mais ils n’ont pas bénéficié de toutes les retombées auxquelles ils auraient pu prétendre s’ils avaient été connus au-delà de nos frontières. Le nombre de vues sur YouTube et sur les plateformes de diffusion monétisées ne peut avoir un impact concret sur les revenus des créateurs que si nous parvenons à franchir les différentes étapes préalables. Il s’agit donc d’une avancée majeure pour permettre au BGDA d’être reconnu comme une société de gestion collective qui respecte toutes les règles en la matière. Je tiens à remercier sincèrement les acteurs pour ces avancées, ainsi que pour cette déclaration. Son contenu est fort et porteur de sens. Je pense que ce sont des engagements que l’Afrique doit prendre », a-t-il dit.
Poursuivant son discours, le ministre Moussa Moïse Sylla a insisté sur l’importance de protéger les créations culturelles guinéennes face aux risques liés à l’intelligence artificielle. Il a également annoncé que la Déclaration de Conakry serait présentée au Conseil interministériel pour renforcer l’application des règles sur les droits d’auteur.
« Les ressources minières ont des retombées économiques, mais nous pouvons nous en sortir si nos ressources intellectuelles et nos créations ne sont pas menacées. Ces ressources touchent à quelque chose d’irremplaçable : notre identité, ce qui nous caractérise et ce qui fait de nous des Guinéens, avec nos coutumes, nos traditions, nos chants et nos récits. Si tout cela est exploité par des robots, sans aucune contrepartie pour les créateurs, cela signifie que notre culture risque de s’éteindre. Car, sans richesse créée et sans rémunération, la créativité peut disparaître. C’est pourquoi ce qui a été fait est extrêmement important. Nous allons porter cette déclaration devant le Conseil interministériel afin que l’importance de l’application de toutes les règles relatives aux droits d’auteur soit bien comprise. Nous veillerons à ce que les règles de protection de vos œuvres deviennent une réalité », a-t-il souligné.
Cette formation a été organisée grâce à la collaboration de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (CISAC). Pour Samuel Sangwa, directeur régional Afrique de la CISAC et formateur, l’objectif était de renforcer les capacités des cadres du BGDA, des créateurs, des utilisateurs d’œuvres artistiques, notamment les télévisions et les radios, ainsi que des représentants du gouvernement, des producteurs et des labels.
Samuel Sangwa, directeur régional Afrique de la CISAC et formateur
« L’ambition de ces quatre jours est d’aboutir à une transformation du Bureau guinéen du droit d’auteur (BGDA), afin de le mettre en conformité avec les normes internationales en matière de gestion collective, notamment en ce qui concerne la documentation, la perception et la répartition des droits d’auteur. Nous mettons surtout l’accent sur la documentation des œuvres, c’est-à-dire l’identification des auteurs et des créateurs, ainsi que le recensement de leurs œuvres. Cela permet de garantir leur rémunération lorsque leurs œuvres sont exploitées en République de Guinée ou à l’international, notamment dans l’espace numérique. Au terme de ces quatre jours, notre objectif est de renforcer les capacités non seulement du BGDA, mais aussi de l’ensemble des parties prenantes : les créateurs eux-mêmes, les utilisateurs tels que les télévisions et les radios, les cadres du BGDA, les représentants du gouvernement, les producteurs et les labels. Il s’agit de permettre à tous de mieux comprendre les principes du droit d’auteur, mais surtout de prendre conscience que la véritable valeur économique des œuvres repose sur leur documentation et sur l’identification des créateurs », a-t-il exprimé.
Cette formation portait sur l’intelligence artificielle, le droit d’auteur et l’avenir des industries culturelles et créatives. Lors de la présentation du rapport final, Moussa M’Baye, qui s’exprimait au nom des participants, a souligné que la créativité est une richesse fondamentale des peuples. Il a également rappelé que le développement rapide de l’intelligence artificielle générative offre de nouvelles possibilités en matière de création, d’innovation et de diffusion des cultures.
Moussa Mbaye, artiste et porte-parole des participants
« La Guinée est dépositaire d’un patrimoine culturel riche et exceptionnel, façonné au fil des générations par ses langues, ses traditions orales, ses musiques, ses rythmes, ses récits, ses savoirs ancestraux et les œuvres de ses créateurs. Ce patrimoine vivant, transmis de génération en génération, constitue un héritage collectif et une source permanente d’inspiration pour la création contemporaine. Aujourd’hui, le développement rapide de l’intelligence artificielle générative ouvre de nouvelles perspectives en matière de création, d’innovation et de diffusion des cultures. Toutefois, il soulève également des préoccupations fondamentales concernant l’utilisation des œuvres et des expressions culturelles, la rémunération des créateurs, l’avenir des métiers créatifs et la souveraineté culturelle des peuples. L’exploitation à grande échelle des créations et des ressources culturelles pour entraîner des systèmes d’intelligence artificielle, sans transparence, sans autorisation ni partage équitable de la valeur créée, risque d’instaurer de nouvelles formes de captation économique. Elle pourrait reproduire, dans l’environnement numérique, des mécanismes historiques d’extraction des ressources des pays du Sud au profit d’opérateurs économiques principalement établis dans les pays du Nord », a-t-il dit.
Dans le rapport final, les participants ont souligné que le développement des industries culturelles et créatives constitue un levier essentiel pour l’entrepreneuriat, la diversification économique et le rayonnement international. Leur essor ne saurait être compromis par des modèles technologiques qui fragiliseraient la valeur du travail humain.
Moussa Konaté et Mohamed Lamine Touré pour Guineematin.com
Tél. : (+224) 621016809
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- 1,239 words · 6 min read
- Published
- October 10, 2026
- Byline
- Mamadou Yaya Diallo
- Source
- Guineematin.com