Benyamin Nétanyahou a chargé ses avocats d’engager une action en diffamation contre le quotidien israélien Haaretz et le journaliste Shlomi Eldar, a annoncé le Premier ministre israélien ce mardi. En cause : une enquête qui l’accuserait d’avoir été personnellement averti d’une attaque du Hamas des jours avant le 7 octobre 2023, sans en informer ses ... Lire la suite
Benyamin Nétanyahou a chargé ses avocats d’engager une action en diffamation contre le quotidien israélien Haaretz et le journaliste Shlomi Eldar, a annoncé le Premier ministre israélien ce mardi. En cause : une enquête qui l’accuserait d’avoir été personnellement averti d’une attaque du Hamas des jours avant le 7 octobre 2023, sans en informer ses chefs de la sécurité — une accusation d’une extrême gravité, tant cette date a fait basculer la région dans une spirale de violences qui se poursuit encore aujourd’hui, du conflit à Gaza aux tensions avec l’Iran.
Le 7 octobre 2023, une attaque sans précédent menée par le Hamas depuis la bande de Gaza avait fait environ 1 200 morts en Israël, majoritairement des civils, et conduit à l’enlèvement de 251 otages. Cet épisode avait déclenché la guerre à Gaza, suivie d’une escalade régionale impliquant tour à tour le Liban, la Syrie et, en 2025, un affrontement direct entre Israël et l’Iran, sans qu’un lien de cause à effet direct soit établi entre les deux conflits. La gestion de ce moment charnière, et ce que savait réellement Nétanyahou avant l’attaque, sont au cœur de l’enquête publiée par Haaretz.
Selon Haaretz, le président des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, aurait personnellement alerté Nétanyahou lors d’un échange téléphonique de 45 minutes, l’informant que le chef du Hamas à Gaza, Yahya Sinwar, préparait une opération d’envergure. Le Premier ministre israélien aurait réagi avec calme, estimant que la menace viserait plutôt la Cisjordanie, et assuré son interlocuteur qu’Israël était prêt à toute éventualité. Ces informations proviennent des recherches menées pour un ouvrage à paraître, Hostages: 843 Days of Abandonment, coécrit par Eldar et Ruti Yuval.
Nétanyahou a instruit ses avocats de déposer plainte pour diffamation contre Haaretz, Eldar et d’autres parties impliquées dans la publication du récit, sans que le tribunal saisi, le montant réclamé ou le calendrier de la procédure n’aient été précisés à ce stade. Le Premier ministre s’appuie sur un examen interne mené par son bureau, le Conseil de sécurité nationale et le secrétariat militaire, affirmant qu’aucune conversation n’a eu lieu avec le dirigeant émirati entre le début du mois de septembre et le 7 octobre. Il ajoute que les entretiens diplomatiques avec les Émirats passent exclusivement par ses bureaux, via un représentant muni d’un appareil crypté, et que ces visites sont systématiquement enregistrées — sans qu’aucune trace ne corresponde à la période visée.
Haaretz évoque également une alerte transmise par l’ex-chef du renseignement égyptien, Abbas Kamel, qui aurait signalé «* quelque chose d’inhabituel* » laissant présager une opération de grande ampleur du Hamas. Nétanyahou qualifie cette version de «* déjà réfutée »* depuis le début de la guerre, bien que l’existence de cet avertissement égyptien fasse l’objet de versions contradictoires depuis les premiers jours après l’attaque.
Le ministère émirati des Affaires étrangères, de son côté, n’a pas formellement démenti l’appel : il a indiqué ne pas commenter les *« spéculations *» sur des conversations entre dirigeants, tout en précisant que les renseignements pertinents « ont été et continuent d’être communiqués entre les entités concernées ».
Nétanyahou dénonce une « intrigue malveillante » au « timing politique » lié à la campagne électorale en cours. Il reporte la responsabilité de l’échec sécuritaire du 7 octobre sur l’ancien chef du Shin Bet Ronen Bar et l’ex-chef d’état-major Herzi Halevi, affirmant qu’ils avaient perçu des signes précurseurs quelques heures avant l’attaque sans en informer à temps ni Tsahal ni le gouvernement.
Son principal adversaire électoral, l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, a jugé Nétanyahou « inapte » à exercer ses fonctions. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a de son côté qualifié les révélations de Haaretz de crédibles, évoquant une «* négligence criminelle *».