Épidémie d’Apollo : Dr Mamadou Oury Bah, ophtalmologiste, met en garde contre les complications oculaires

La conjonctivite, communément appelée « Apollo » ou « ñaabaa » en langue poular, se propage actuellement en Guinée et suscite de nombreuses inquiétudes. Si cette infection oculaire est généralement bénigne et guérit spontanément, certaines formes peuvent toutefois entraîner de graves complications, allant jusqu’à une altération de la vision. Dans un entretien accordé à Guinée360, le Dr Mamadou Oury Bah, ophtalmologiste spécialiste au Centre d’application du diplôme d’études supérieures spécialisées en ophtalmologie (CADESSO) du CHU Donka, explique les causes et les modes de transmission de cette maladie, revient sur ses complications et livre des conseils pour prévenir sa propagation.
Guinée360 : Depuis plusieurs semaines, de nombreux Guinéens souffrent d’une affection oculaire communément appelée « Apollo », ou « Ñaabaa » en langue peule. La maladie semble se propager rapidement. De quoi s’agit-il exactement?
Dr Mamadou Oury Bah : Il s’agit d’une conjonctivite. C’est une inflammation de la petite membrane qui recouvre le blanc de l’œil et la face interne des paupières. Il en existe plusieurs formes : les conjonctivites virales, bactériennes, allergiques et irritatives.
Les conjonctivites allergiques provoquent notamment des démangeaisons et une rougeur persistante des yeux. Quant aux formes irritatives, elles surviennent lorsque des substances, comme des crayons ou des produits de beauté, entrent en contact avec les yeux et les irritent.
Cependant, la forme qui sévit actuellement est épidémique et généralement d’origine virale. Elle est très contagieuse et se transmet facilement. Dans certains cas, une surinfection bactérienne peut également survenir. Les signes sont désormais connus de nombreuses personnes, mais il faut savoir que cette affection peut parfois entraîner des complications.
Quels sont les premiers symptômes qui doivent alerter une personne atteinte ?
Lorsqu’il s’agit d’une conjonctivite virale, les premiers symptômes sont généralement des larmoiements abondants. L’œil pleure, mais les sécrétions restent claires. La personne ressent également une sensation de sable dans les yeux, accompagnée de rougeurs.
Au début, la vision reste intacte : elle n’est généralement pas affectée. En l’absence de complications, la maladie guérit spontanément au bout de deux à trois semaines.
Comme il s’agit d’une infection virale, il n’existe pas de traitement spécifique contre le virus dans les formes habituelles. Il faut donc privilégier une bonne hygiène, nettoyer les yeux et respecter les mesures d’hygiène recommandées.
Malheureusement, une surinfection bactérienne peut survenir. Dans ce cas, au réveil, la personne constate souvent que ses yeux sont collés par des sécrétions purulentes, jaunâtres ou verdâtres. Les paupières peuvent être enflées et collées, avec un écoulement jaunâtre.
Cela signifie qu’une infection bactérienne s’est ajoutée à l’infection initiale. C’est souvent dans cette situation que les personnes parlent d’« Apollo ». Malgré ces manifestations, la vision n’est généralement pas perturbée. Les premiers signes restent donc la sensation de sable dans les yeux, les picotements, les rougeurs et les larmoiements.
Quelles sont les causes de cette maladie et pourquoi se propage-t-elle aussi rapidement ?
Au cours de l’année, il existe des périodes pendant lesquelles ce virus connaît une recrudescence. Mais si la maladie se propage aussi rapidement, c’est principalement parce qu’elle est très contagieuse.
Elle se transmet facilement par les mains et les objets utilisés par une personne infectée. Imaginez qu’elle apparaisse dans un groupe de personnes, dans une école, une crèche, lors d’une cérémonie ou au sein d’une famille nombreuse : dès qu’une personne est atteinte, elle peut contaminer les autres.
La transmission peut se faire par les mains contaminées, les objets utilisés par une personne infectée ou encore les sécrétions oculaires qui entrent en contact avec différentes surfaces, notamment les poignées de porte et les objets présents dans les taxis.
C’est cette facilité de transmission qui explique la rapidité de sa propagation. Dès que le virus touche une ou deux personnes dans un environnement donné, il peut rapidement se diffuser.
Peut-on être contagieux sans présenter de symptômes ?
Non. Lorsqu’une personne est atteinte de cette maladie, elle peut la transmettre. En revanche, une personne qui n’est pas infectée ne peut pas contaminer les autres.
Le problème se pose surtout lorsqu’on vit dans un environnement où une personne souffre de conjonctivite. Il faut alors éviter de se toucher les yeux, de porter les mains au visage et de manipuler les objets communs sans précaution.
Toute personne vivant avec un malade doit se laver régulièrement les mains et éviter les contacts avec les objets susceptibles d’avoir été contaminés. Une hygiène rigoureuse est donc indispensable, aussi bien pour la personne atteinte que pour son entourage.
Il est possible qu’une personne vivant avec un malade ne contracte pas la maladie. En effet, si les règles d’hygiène sont respectées et que les facteurs favorisant la transmission sont maîtrisés, les risques de contamination peuvent être réduits.
Quelles peuvent être les conséquences de cette maladie sur la santé des yeux ?
Dans la plupart des cas, il s’agit d’une affection bénigne qui peut guérir avec des mesures d’hygiène et une surveillance adaptée. Elle disparaît généralement au bout de deux à trois semaines, sans laisser de séquelles.
Cependant, il existe une forme appelée kératoconjonctivite, qui peut être provoquée par un virus appelé adénovirus. Dans ce cas, même lorsque la douleur et les rougeurs diminuent, une vision floue peut persister.
Lorsque ce virus atteint la cornée, c’est-à-dire la partie transparente située à l’avant de l’œil et qui joue un rôle essentiel dans la vision, il peut y laisser des opacités ou des taches.
La personne peut alors ressentir de fortes douleurs oculaires et développer une photophobie, c’est-à-dire une intolérance à la lumière. La vision devient floue, l’œil est très rouge et les larmoiements sont importants. Le malade supporte difficilement la lumière.
Dans une telle situation, il ne faut surtout pas hésiter à se rendre à l’hôpital. Lorsqu’on contracte ce que l’on appelle communément « Apollo », il ne faut pas banaliser la maladie en se disant qu’elle va forcément guérir toute seule.
Si la cornée est atteinte et que la prise en charge est tardive, les lésions peuvent altérer la vision et entraîner une baisse de l’acuité visuelle. Plus la prise en charge est retardée, plus les complications peuvent être graves. Dans les cas les plus sévères, cela peut même évoluer vers une perte de la vue.
Quel est le traitement approprié contre cette maladie?
Tout d’abord, il faut respecter les règles générales d’hygiène. Il est notamment recommandé d’utiliser du sérum physiologique pour nettoyer et irriguer régulièrement les yeux. Le médecin peut prescrire une solution adaptée à cet effet.
En cas de surinfection bactérienne, un antibiotique peut être nécessaire, notamment sous forme de collyre. Il faut également maintenir une bonne hygiène des mains et du visage.
Le médecin peut aussi prescrire des antibiotiques par voie orale, sous forme de comprimés, dans certaines situations. Tout dépend de l’état du patient et des résultats de l’examen clinique.
Je conseille donc aux personnes atteintes de se rendre dans un établissement de santé pour bénéficier d’une prise en charge adaptée. Il ne faut pas se dire : « C’est Apollo, ça va passer. »
Quelle est la forme de conjonctivite la plus fréquente en Guinée ?
La forme la plus fréquente est généralement bénigne, c’est-à-dire qu’elle ne laisse pas de séquelles. Mais il existe des cas particuliers.
On peut rencontrer des personnes qui ont contracté « Apollo », qui ont apparemment guéri, mais qui continuent à présenter des troubles de la vision. Cela peut notamment arriver lorsque la maladie est due à un adénovirus ayant laissé des lésions au niveau de la cornée.
C’est pourquoi, pour éviter les complications, je recommande à toute personne présentant les symptômes de cette maladie de se rendre dans un établissement de santé afin de bénéficier d’un examen et d’une prise en charge appropriés.
Certains patients ont recours à l’automédication. D’autres utilisent du savon de Diama ou vont jusqu’à appliquer un mélange de sucre et d’eau dans les yeux. Quels sont les risques liés à ces pratiques ?
Il faut abandonner l’utilisation de tout produit qui n’a pas été recommandé par un médecin ou un pharmacien.
Le savon intervient dans les mesures d’hygiène. Comme je l’ai expliqué, il est essentiel de garder les mains propres. C’est l’une des premières règles à respecter.
Il ne faut pas se gratter les yeux ni porter les mains au visage pour les nettoyer, car on risque de garder des microbes sur les mains et de les transmettre à d’autres personnes. Il faut également éviter de toucher les poignées de porte et les objets communs avec des mains contaminées.
Se laver le visage et les mains avec du savon permet d’éliminer les microbes présents à la surface de la peau et de réduire les risques de transmission. Voilà pourquoi nous insistons sur l’hygiène.
En revanche, l’utilisation de sucre mélangé à de l’eau dans les yeux est une pratique à abandonner. De manière générale, il faut éviter d’introduire dans les yeux des produits ou des substances qui n’ont pas été recommandés par un professionnel de santé. À notre époque, avec les moyens de communication dont nous disposons, il est important de mettre fin à ces pratiques.
Quelles sont les personnes les plus exposées à cette maladie ?
Les personnes vivant en communauté sont particulièrement exposées. Lorsque plusieurs personnes partagent le même environnement, la transmission devient plus facile si les règles d’hygiène ne sont pas respectées.
Les piscines peuvent également favoriser la propagation. Une personne atteinte d’« Apollo » qui se baigne dans une piscine peut, selon les conditions, exposer les autres baigneurs au risque de contamination.
Les crèches, les écoles et les marchés sont aussi des lieux où les contacts sont nombreux. Tout contact avec les germes ou les sécrétions oculaires d’une personne infectée, directement ou par l’intermédiaire d’un objet contaminé, peut favoriser la transmission de la maladie.
En résumé, la vie en communauté et la promiscuité favorisent la propagation de cette infection. Une personne atteinte peut rapidement contaminer son entourage lorsque les règles d’hygiène ne sont pas respectées et que la chaîne de transmission n’est pas interrompue.
Certaines personnes estiment que cette maladie permet de laver ou de nettoyer les yeux. Cette croyance repose-t-elle sur une réalité scientifique ?
Non, ce n’est pas vrai.
Quel message adressez-vous à la population et aux autorités sanitaires pour limiter les contaminations et protéger la santé visuelle des Guinéens ?
Il faut avant tout respecter les règles élémentaires d’hygiène, notamment se laver régulièrement les mains avec du savon et éviter tout contact des mains avec les yeux infectés.
Si vous utilisez des mouchoirs, ceux-ci doivent être à usage unique et jetés dans un endroit approprié, afin d’éviter tout contact avec d’autres personnes. Il faut utiliser un mouchoir propre et ne jamais le réutiliser. Il ne faut surtout pas essuyer plusieurs fois les yeux avec le même mouchoir.
Lorsqu’un enfant est atteint de cette maladie, il faut limiter ses contacts avec les autres. Il est préférable de le garder à la maison pendant la période où il est contagieux, afin de réduire les risques de transmission aux autres enfants, notamment par le contact avec les objets qu’ils utilisent en commun.
Enfin, toute personne présentant les symptômes de cette maladie doit se rendre dans un établissement de santé. Certaines formes peuvent effectivement entraîner des complications.
Lorsque la maladie est bénigne, il n’y a généralement pas de problème majeur. Mais le patient ne peut pas déterminer lui-même s’il s’agit d’une forme bénigne ou d’une forme susceptible d’entraîner des complications.
Il est donc préférable de consulter dans un centre de santé ou un service spécialisé afin de bénéficier d’un examen et d’une prise en charge adaptés.
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- Length
- 1,935 words · 10 min read
- Published
- November 6, 2026
- Byline
- Mariame DIALLO
- Source
- Guinee360