PORTRAIT DJ : Bara Bou Nioul, l’avocat de l’underground
PORTRAIT DJ Bara Bou Nioul, l’avocat de l’underground De Top FM à Seneweb, Bara Diouf a donné la parole à des artistes qui trouvaient peu de place dans les médias. Animateur, présentateur et entrepreneur culturel, il a prolongé ce travail avec Kep’Art Hip-Hop, une émission qui recueille les récits des acteurs du mouvement, et le Nioul Day Show, dont il prépare la dixième édition. Dans les années 2010, sur Top FM, les interviews de Stylou Mbed alternent avec les cyphers, ces sessions où les rappe

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PORTRAIT DJ
Bara Bou Nioul, l’avocat de l’underground
De Top FM à Seneweb, Bara Diouf a donné la parole à des artistes qui trouvaient peu de place dans les médias. Animateur, présentateur et entrepreneur culturel, il a prolongé ce travail avec Kep’Art Hip-Hop, une émission qui recueille les récits des acteurs du mouvement, et le Nioul Day Show, dont il prépare la dixième édition.
Dans les années 2010, sur Top FM, les interviews de Stylou Mbed alternent avec les cyphers, ces sessions où les rappeurs enchaînent les couplets en direct. Dans cette émission dirigée par Xrrum Xax, Bara Diouf, alias DJ Bara Bou Nioul, affine son style et se fait connaître des auditeurs. Dip Doundou Guiss, Ngaaka Blindé, Akhlou Brick et Leuz Diwan G comptent parmi les artistes qui ont bénéficié de cette tribune. Son soutien aux rappeurs peu médiatisés lui vaut un surnom, « l’avocat de l’underground ».
« Ce surnom représente mon engagement pour les artistes qui évoluent dans l’underground et qui manquent souvent de visibilité. J’ai toujours voulu leur donner la parole et défendre leur talent, au-delà de leur popularité », explique-t-il. À ses yeux, « l’underground fait partie de l’ADN du hip-hop sénégalais ». Au fil des entretiens et des sessions en direct, sa connaissance du milieu et sa proximité avec les artistes lui permettent de gagner leur confiance comme celle des auditeurs. Son travail à la radio lui vaut un autre surnom, « le Maestro de la bande FM ».
Quand il évoque son parcours, Bara Diouf parle de son père avec admiration et lui rend hommage avec émotion. Il dit aussi son attachement à Borom Darou, dont les enseignements l’inspirent dans son travail, dans sa vie quotidienne et dans ses rapports avec les autres.
C’est par la musique et le hip-hop qu’il en est venu à l’animation. Le métier lui a donné un moyen d’agir sur la place que les médias accordent aux artistes et sur la manière dont le public les regarde. « Je suis un passionné de culture, un amoureux du hip-hop et un homme convaincu que les médias peuvent contribuer à faire évoluer les mentalités et à valoriser les talents », confie-t-il.
Après neuf années à la radio, Bara Diouf rejoint Seneweb en 2021. Le passage de la bande FM à une plateforme en ligne lui demande d’adapter sa manière de travailler. « Mon arrivée à Seneweb en 2021 a été une nouvelle étape dans ma carrière. J’ai appris à travailler avec les exigences du numérique et à toucher un public plus large », raconte-t-il. Ce changement lui permet d’aborder d’autres sujets tout en continuant à consacrer une partie de son travail à la culture urbaine.
C’est à Seneweb qu’il lance Kep’Art Hip-Hop. L’émission réunit des rappeurs, des DJ, des danseurs, des graffeurs et d’autres acteurs du mouvement. Ils y reviennent sur leurs débuts, les étapes de leur parcours et les transformations qu’ils ont vécues dans leur milieu. En donnant la parole à plusieurs disciplines, Bara Diouf fait aussi entendre des récits qui débordent l’histoire du rap. « Avec Kep’Art Hip-Hop, je voulais donner la parole aux rappeurs, DJ, danseurs, graffeurs, etc., et leur permettre de raconter leur histoire », explique-t-il.
De Hors Sujet à Relax Time
Sur Seneweb, Bara Diouf élargit son champ d’intervention avec Hors Sujet. Il y reçoit des personnalités de la musique, de la télévision, du sport, de la société et du divertissement. Les entretiens lui donnent l’occasion d’aborder ce que le public connaît moins de ses invités, qu’il s’agisse des difficultés rencontrées au fil de leur carrière ou des projets qu’ils souhaitent mener.
« Chaque émission a contribué à construire mon identité. Kep’Art Hip-Hop m’a ancré dans la culture urbaine, Hors Sujet m’a permis d’explorer d’autres thématiques », dit-il. Il poursuit cette diversification avec Relax Time, diffusée du lundi au vendredi sur Seneweb. L’émission mêle information, rencontres et divertissement, avec des sujets qui vont de l’actualité culturelle au sport et aux questions de société. Pour passer d’un invité et d’un univers à l’autre, l’animateur insiste sur trois exigences. « Cette évolution repose sur la préparation, la curiosité et la capacité à s’adapter. »
Bara Diouf a aussi voulu réunir les artistes en dehors des studios et des plateaux d’interview. C’est de cette idée qu’est né le Nioul Day Show, dont il a organisé neuf éditions et prépare la dixième. « Le Nioul Day Show est né de ma volonté de créer un espace de rencontre et de valorisation des talents culturels », explique-t-il. Il entend y faire se côtoyer différentes expressions artistiques et donner aux participants l’occasion de présenter leur travail.
Au fil des éditions, il a aussi mesuré ce que demande la continuité d’un tel rendez-vous. « Après neuf éditions, je retiens surtout les rencontres, les expériences et la persévérance nécessaires pour faire vivre un tel événement », confie-t-il. En organisant le Nioul Day Show, l’animateur passe de l’entretien avec les porteurs de projets à la responsabilité de faire durer le sien.
À Colobane, le travail de production
Bara Diouf est également président et membre fondateur de 3T Entertainment. Basée à Colobane, à Dakar, la structure travaille dans la communication, l’audiovisuel et l’organisation d’événements. Ses activités comprennent la production de documentaires, de podcasts, d’émissions et de clips vidéo.
Bara Diouf dit vouloir mettre au service de ces projets l’expérience et le réseau qu’il a acquis dans les médias. « À travers 3T Entertainment, je souhaite contribuer à la professionnalisation du secteur culturel et audiovisuel », affirme-t-il. Son ambition est de faire durer la structure et de créer, par ses activités de production, des possibilités de travail pour les jeunes.
Après plus de douze années de métier, Bara Diouf revient sur la difficulté de poursuivre son travail lorsque les moyens, la stabilité ou la reconnaissance font défaut. « Le principal défi a été de continuer à avancer dans un secteur où la passion ne garantit pas toujours les moyens ni la reconnaissance », explique-t-il.
Il dit avoir appris à travailler avec ces contraintes et à accorder davantage d’importance aux personnes avec lesquelles il mène ses projets. « Ces années m’ont appris la patience, la persévérance, le professionnalisme et l’importance de bien s’entourer », ajoute-t-il. L’animateur voit dans le passage de la radio au numérique, puis dans la conduite de ses propres projets, autant d’occasions de continuer à apprendre. « L’expérience ne signifie pas qu’on sait tout, mais qu’on apprend chaque jour. »
La place prise par les réseaux sociaux dans la circulation de la musique et la visibilité des artistes nourrit aussi sa réflexion sur le hip-hop. Bara Diouf estime que le mouvement doit pouvoir évoluer tout en restant fidèle aux valeurs auxquelles il l’associe. « Le hip-hop doit évoluer avec son époque, mais sans perdre ses valeurs fondamentales : l’authenticité, la créativité, le respect, la solidarité et l’engagement », soutient-il.
Il s’interroge en particulier sur le poids des chiffres dans la manière d’apprécier le parcours d’un artiste. « Le buzz et les vues ne doivent pas être les seuls critères de réussite. » Il attend des médias qu’ils fassent aussi une place aux artistes qui portent des messages forts. À ses yeux, leur responsabilité tient autant au choix de ceux qu’ils invitent qu’à la trace qu’ils gardent de leurs parcours.
Ce que les entretiens laissent
Quand il évoque ce qu’il aimerait laisser, Bara Diouf revient à ses débuts au micro, à la place donnée aux artistes et à ce que leurs témoignages peuvent transmettre. « Mon objectif n’est pas seulement d’être connu, mais de faire en sorte que mon passage serve à la culture et aux générations futures », dit-il.
Avec Kep’Art Hip-Hop, cette ambition prend la forme d’entretiens où les invités racontent eux-mêmes ce qu’ils ont vécu. Leurs récits gardent la trace d’une époque, de ses pratiques et des changements dont ils ont été témoins. Bara Diouf pense aussi à ceux qui les écouteront plus tard. « Les interviews d’aujourd’hui peuvent devenir les archives de demain. »
Fatou Ba
Section:
culture
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- 1,334 words · 7 min read
- Published
- November 4, 2026
- Byline
- joe.waly
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