Lu pour vous : « HUMMM… et la vie continue » : quand Mariam Vanessa Touré met nos vies à nu
La première œuvre littéraire de Mariam Vanessa Touré est un livre qui ne laisse pas le lecteur à distance. On y parle d’amour, de famille, de blessures, de solitude, de condition féminine, mais aussi de ces petits combats du quotidien qui finissent par raconter une vie. Avec, en filigrane, une idée simple et tenace : quoi qu’il arrive, la vie continue.
«HUMMM… et la vie continue » commence par parler des autres avant de ramener doucement le lecteur à lui-même. A travers des chroniques inspirées de situations ordinaires, l’auteure observe les comportements, questionne les habitudes et interroge les rapports sociaux. Derrière les histoires, il y a surtout une femme et un parcours.
Mariam Souréa Vanessa Touré n’entre pas en littérature par effraction. Formée aux départements de Lettres modernes, d’Arts et communication et à l’IPERMIC de l’université de Ouagadougou, actuelle université Joseph-Ki-Zerbo, elle s’est construite au croisement des lettres, de la communication et du journalisme.
Une journaliste devenue écrivaine
Ancienne présentatrice vedette du Journal télévisé de 20 heures de la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB), pendant plus d’une décennie, elle a exercé un métier qui impose d’observer, d’écouter, de sélectionner l’essentiel et de mettre des mots sur les réalités de la société.
La littérature prolonge ainsi un rapport ancien avec les mots et avec les autres. Dans les pages liminaires de son ouvrage, l’auteure raconte que l’écriture était depuis longtemps un « rêve en suspens ». Plusieurs manuscrits sont restés dans ses tiroirs avant que les encouragements de son entourage et une rencontre déterminante avec Bernadette Dao/Sanou ne l’amènent à franchir le pas.
Avant le livre, il y a eu aussi les réseaux sociaux. Pendant plusieurs années, Mariam Vanessa Touré a publié sur Facebook des chroniques consacrées notamment à la condition féminine. Les réactions de sa communauté, « Mes Chers Amis pour la Vie », ont transformé ces publications en une conversation suivie avec les lecteurs. Le livre s’est donc nourri d’une relation avec un public.
Quand le quotidien devient matière à réflexion
La première partie, « S’ouvrir aux autres et au monde », s’intéresse à l’environnement social dans lequel chacun évolue. Amour, couple, mariage, célibat, infidélité, parentalité, maternité, téléphone portable, santé, relations familiales et condition féminine deviennent autant de portes d’entrée vers une réflexion sur nos comportements.
Ce qui intéresse l’auteure, ce n’est pas seulement la situation, mais ce qu’elle révèle de la société. Le célibat féminin devient ainsi le point de départ d’une réflexion sur les préjugés et les attentes qui entourent encore la vie des femmes. Le mariage apparaît comme une expérience affective traversée par les pressions familiales et sociales. Même le téléphone portable, objet banal du quotidien, peut prendre les traits d’un « amant » qui s’immisce dans l’intimité du couple.
Maternité, filles-mères, adoption, relations entre belles-mères et belles-filles, situation des aides-ménagères ou violences conjugales sont également abordées. La femme y occupe une place centrale : célibataire, épouse, mère, divorcée, veuve ou concubine, elle apparaît comme un être soumis à des regards et des injonctions multiples.
Mariam Vanessa Touré ne prétend pas apporter de réponses définitives. Elle ouvre des pistes et laisse au lecteur la responsabilité de poursuivre le questionnement. Sa force réside précisément dans cette capacité à partir d’une scène familière pour faire surgir une interrogation plus profonde.
De l’autre à soi
La deuxième partie, « S’affirmer et s’accomplir », ramène progressivement le lecteur vers lui-même. Confiance en soi, solitude, épreuves, empathie, identité, authenticité, gratitude, humilité et résilience deviennent les principaux territoires de l’écriture.
Le titre prend alors tout son sens. « Et la vie continue » n’est plus une simple constatation, mais une manière de regarder l’existence. L’expression reconnaît les blessures, les échecs et les pertes sans leur accorder le dernier mot.
Chômage, difficultés professionnelles, échec entrepreneurial, maladie, deuil, solitude ou poids du regard social traversent plusieurs récits. Les personnages ne sont pas épargnés, mais ils ne sont pas réduits à leurs épreuves.
C’est ici que le « Hummm » du titre révèle sa profondeur. Dans son avant-propos, l’auteure explique qu’il peut traduire un soupir, une hésitation, un étonnement, une fatigue, une satisfaction ou une forme de résignation. Il surgit lorsque les mots ne suffisent plus ou lorsque plusieurs émotions se mêlent.
Au fil des pages, ce petit mot devient une ponctuation de l’existence. Il dit ce que l’on ne formule pas toujours et rappelle que derrière chaque réaction se cache une histoire.
Bernadette Dao, l’aînée et le déclic
L’histoire du livre ne serait pas la même sans Bernadette Dao/Sanou, que Mariam Vanessa Touré appelle affectueusement sa « tantine ». Ses encouragements et ses conseils ont contribué à faire passer l’écriture du domaine du rêve à celui de la réalisation.
Sa présence ne se limite donc pas à la préface : elle intervient en amont de la naissance même du livre. Elle rapproche notamment le titre de l’ouvrage de la devise personnelle de l’auteure, « Par-delà moi, la vie ! ». Ce lien éclaire le fil conducteur du livre : l’existence ne se résume ni aux blessures, ni aux limites, ni aux échecs. Le dialogue entre les deux femmes donne à ce premier ouvrage une dimension de transmission : une voix aînée accompagne l’entrée d’une nouvelle auteure dans le monde littéraire.
De Facebook au livre
Avant d’être réunis dans un ouvrage de plus de 300 pages, plusieurs textes ont vécu sur Facebook. Ils ont été lus, commentés et discutés, suscitant parfois des témoignages. Le réseau social a ainsi constitué un premier espace de rencontre avec les lecteurs.
Le passage au livre imprimé ne change pas la nature de cette écriture. Mariam Vanessa Touré conserve le goût de la chronique, de l’observation et de l’interpellation. Elle part du quotidien pour atteindre ce que les situations ordinaires révèlent de nos façons d’aimer, de juger, de souffrir, de résister et de continuer à vivre.
« HUMMM… et la vie continue » n’est ni un traité sociologique, ni un manuel de développement personnel, ni une simple compilation de chroniques. L’ouvrage se situe à la rencontre de l’observation sociale et de l’expérience personnelle.
Au bout du compte, le « Hummm » ressemble moins à une hésitation qu’à une manière de prendre acte de la complexité de l’existence. Il y a les blessures, les déceptions, les solitudes et les échecs. Mais il y a aussi les rencontres, les recommencements, les petits bonheurs et cette force discrète qui pousse à avancer. Hummm… Et la vie continue.
Sidibé PAGBELEGUEM
joliv_et@yahoo.fr
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About this article
- Length
- 1,067 words · 5 min read
- Published
- September 30, 2026
- Byline
- JK. Sidwaya
- Source
- Quotidien Sidwaya