
La question du prix de l’électricité s’annonce comme l’un des dossiers sensibles de la nouvelle relation entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). Alors que Dakar et l’institution de Bretton Woods sont parvenus à un accord au niveau des services sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars, la réforme des subventions énergétiques figure parmi les chantiers qui devront accompagner le redressement des finances publiques. Mais contrairement aux craintes d’une suppression brutale des aides, le FMI défend une évolution progressive vers un système davantage ciblé sur les ménages vulnérables. Le premier élément à retenir est que le FMI ne demande pas une disparition immédiate des subventions à l’électricité. Dans ses échanges avec les autorités sénégalaises, l’institution insiste plutôt sur la nécessité de réduire progressivement leur poids dans les finances publiques tout en maintenant la protection des populations les plus fragiles. La cheffe de mission du FMI au Sénégal, Mercedes Vera Martin, a notamment indiqué que la consolidation budgétaire devait aller de pair avec le maintien des subventions destinées aux couches vulnérables. Cette orientation intervient alors que les subventions énergétiques ont fortement augmenté ces dernières années. Selon les éléments communiqués à l’issue des discussions avec le FMI, leur poids est passé d’environ 1,1 % à 3 % du PIB, notamment sous l'effet de la hausse des prix internationaux de l'énergie. Le futur programme prévoit ainsi une réduction graduelle de ces dépenses sur le moyen terme, et non leur suppression dès le démarrage du programme.
Le changement majeur se situe donc moins dans la disparition de la subvention que dans sa méthode d'attribution. Le gouvernement veut progressivement abandonner la logique d'une aide généralisée pour privilégier un mécanisme ciblé sur les consommateurs qui en ont réellement besoin. Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a expliqué que le système actuel profitait de manière disproportionnée aux gros consommateurs. Selon les chiffres avancés par le gouvernement, 65 % de la subvention destinée aux ménages bénéficieraient aux 20 % des consommateurs les plus aisés. L'objectif affiché est donc de réorienter davantage les ressources publiques vers les ménages vulnérables, mais également vers les transports collectifs et certaines activités essentielles à l'économie. Cette réforme ne signifie donc pas que tous les ménages verront automatiquement leur facture augmenter dans les prochains mois. Le principe annoncé consiste plutôt à différencier davantage les niveaux de soutien en fonction de la consommation et de la situation des bénéficiaires. Cette nouvelle architecture pourrait notamment s'appuyer sur un dispositif de protection des petits consommateurs. La feuille de route gouvernementale évoquée dans le cadre de la réforme prévoit de préserver les ménages consommant moins de 150 kWh par mois grâce à un tarif social. Ce seuil concernerait environ 880 000 clients, soit près de 45 % des abonnés de la Senelec. En revanche, les consommateurs situés au-delà des seuils sociaux pourraient être davantage exposés à une réduction de la subvention. Il ne faut toutefois pas confondre les simulations actuellement évoquées avec une nouvelle grille tarifaire officielle : les tarifs applicables depuis janvier 2026 restent ceux publiés par la Commission de régulation du secteur de l'énergie (CRSE). Pour les clients domestiques petite puissance, ils sont notamment fixés à 82 FCFA/kWh pour la première tranche, 136,49 FCFA pour la deuxième et 159,36 FCFA pour la troisième.
La réforme ne devrait pas reposer uniquement sur les tarifs facturés aux consommateurs. Le gouvernement mise également sur une baisse du coût de production de l'électricité, notamment à travers l'accélération du « gas-to-power », qui consiste à utiliser le gaz naturel pour produire de l'électricité. Cheikh Diba affirme que cette stratégie doit permettre de réduire le coût de l'énergie et d'améliorer la compétitivité des entreprises sénégalaises. Le gouvernement affiche même un objectif de réduction de près de 30 % du coût de l'électricité. Les économies réalisées grâce à la réforme des subventions devraient, selon lui, être réorientées vers des investissements productifs ainsi que vers la protection sociale, l'éducation et la santé. Le calendrier sera donc déterminant. Le gouvernement doit désormais traduire les engagements pris dans le cadre de l'accord avec le
FMI
en mesures concrètes. Le Premier ministre a déjà demandé l'accélération de la mise en place du dispositif de ciblage des subventions et a demandé que la Loi de finances rectificative 2026 tienne compte de l'accord conclu avec le Fonds. Pour les ménages, l'enjeu sera de savoir qui bénéficiera demain du tarif social, quels consommateurs verront leur niveau de soutien diminuer et à quel rythme la réforme sera appliquée. Pour l'État, le défi sera de réduire une facture budgétaire devenue lourde sans provoquer une nouvelle pression sur le pouvoir d'achat.