L’irrigation par pompage solaire est étroitement alignée avec les priorités nationales du Burkina Faso en matière de transition énergétique, d’utilisation productive de l’énergie et de développement rural. Malgré les campagnes d’information et les démonstrations pratiques sur le pompage solaire, de nombreux agriculteurs ne se décident, ni de l’adopter, ni de le payer. Cette tribune propose aux pouvoirs publics de piloter un modèle intégré combinant sensibilisation directe, coordination entre acteurs, mécanismes de financement abordables et mesures sensibles au genre.
Le Burkina Faso a placé les énergies renouvelables au cœur de sa transition énergétique. A travers sa Vision 2050 de développement à faible émission de carbone et résilient au climat, le gouvernement ambitionne de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans deux secteurs clés que sont l’agriculture et l’énergie.
La Stratégie nationale de l’électrification rurale (SNER) vise également à promouvoir l’accès équitable à des services énergétiques respectueux de l’environnement, tout en mettant l’accent sur les usages productifs de l’énergie. L’irrigation par pompage solaire constitue une solution particulièrement pertinente à l’intersection de l’énergie, de l’eau et de l’agriculture.
Elle peut contribuer à réduire les coûts de production, améliorer la productivité des terres, renforcer la résilience des exploitations agricoles face au changement climatique et soutenir les moyens d’existence en milieu rural.
Malgré ce potentiel, l’adoption des pompes solaires demeure très faible. Les résultats préliminaires issus de l’analyse des rapports de l’Agence Faso Vêenem (AFAV) suggèrent que leur utilisation dans l’irrigation demeure limitée aux groupements communautaires ayant bénéficié d’un appui, tandis que la plupart des coopératives de producteurs et des agriculteurs individuels continuent d’utiliser des pompes à énergie fossile ou la force manuelle.
Les contraintes de liquidité, la perception d’un coût élevé, le manque d’information précise et fiable ainsi qu’une faible coordination entre acteurs semblent être les principaux freins à l’adoption. Les contraintes sont encore plus fortes pour les femmes pour lesquelles les difficultés d’accès à l’information, à la main-d’œuvre, à l’eau, à la terre, au financement et à la prise de décision sont plus contraignantes. Il est alors important que toute stratégie d’adoption du pompage solaire prenne en compte cette spécificité.
Une étude réalisée par une équipe de chercheurs du Burkina Faso et du Bénin, avec l’appui du Partnership for Economic Policy (PEP) entre 2024 et 2026, examine la mesure dans laquelle un paquet d’interventions combinant, une campagne d’information sur les coûts et les avantages, une démonstration pratique d’une pompe solaire en fonctionnement, des témoignages de pairs et des informations sur des possibilités d’acquisition à crédit à travers une institution de microfinance, peut encourager les agriculteurs et agricultrices à adopter les technologies d’irrigation solaire. L’étude qui a été conduite sous la forme d’un essai contrôlé randomisé, a touché 1 748 agriculteurs des deux sexes des régions du Kadiogo et de l’Oubri.
L’objectif principal consiste à évaluer les effets des campagnes d’information et de sensibilisation sur trois dimensions importantes pour l’action publique : les connaissances, l’intention d’adoption et la disposition à payer. Cela devrait permettre d’éclairer les interventions publiques dans le cadre de la SNER 2024-2028, celles de l’AFAV et de la Direction générale des aménagements agro-pastoraux et du développement de l’irrigation (DGADI), ainsi que celles de toutes les structures intervenant dans
l’appui aux agriculteurs, la transition énergétique, l’autonomisation économique des femmes, etc.
Les résultats montrent que les campagnes d’information et les démonstrations pratiques ont un effet positif mais limité. Elles ont significativement accru les connaissances des agriculteurs sur le pompage solaire tout en favorisant des échanges entre agriculteurs, fournisseurs de technologies solaires et institutions de microfinance. Cependant, l’amélioration de la connaissance sur le pompage solaire ne s’est pas traduite en une intention effective d’adoption ou en une disposition à payer plus élevée. Autrement dit, l’information et les démonstrations permettent de mieux informer les agriculteurs et de corriger certaines perceptions erronées, mais elles ne suffisent pas à lever les obstacles financiers et pratiques qui empêchent l’adoption effective.
Cette position est confortée par un effet positif et significatif observé sur l’intention d’adoption potentielle. L’étude montre également que la participation directe aux campagnes et démonstrations est plus efficace que l’exposition indirecte via les pairs. Les effets de diffusion au sein des coopératives restent donc limités. Il y a trois principales explications. D’abord, l’intervention a corrigé des croyances trop optimistes quant aux avantages et aux coûts des pompes solaires. Plutôt que d’accroître la demande, cette information plus précise a réduit leur attractivité vis-à-vis des options d’irrigation actuelles.
Ensuite, l’intervention n’a pas permis de corriger les défaillances de coordination entre agriculteurs et partenaires privés. Enfin, l’absence de source d’eau appropriée peut être une contrainte active, voire dominante, qui a limité l’engouement qu’aurait pu susciter l’intervention. Ces constats ont une implication centrale : les campagnes d’information ne doivent pas être utilisées comme instruments isolés. Pour passer de la sensibilisation à l’adoption, elles doivent être intégrées dans un modèle plus complet combinant information, appui technique, financement abordable, installation, service après-vente
et coordination institu-tionnelle.
Les décideurs burkinabè devraient développer un modèle intégré d’appui à l’adoption du pompage solaire, notamment dans le cadre de la SNER 2024-2028, des interventions de l’AFAV et de la DGADI. Ce modèle devrait combiner quatre composantes : des campagnes de sensibilisation et de démonstration directe ; une meilleure coordination entre les agences de l’Etat, les agriculteurs, les fournisseurs de technologies solaires et les institutions de microfinance ; des mécanismes de financement abordables ; et des mesures sensibles au genre. La recommandation n’est pas de généraliser immédiatement un mécanisme unique, mais de structurer et tester des approches adaptées au contexte burkinabè, telles que des crédits subventionnés, des modèles de paiement à l’usage ou de paiement échelonné, et des dispositifs ciblés pour les agricultrices et les coopératives féminines.
A court terme, il s’agit de structurer le modèle pilote. Cela nécessite d’identifier les sites ou périmètres où l’AFAV et ses partenaires peuvent tester un modèle intégré d’appui à l’adoption du pompage solaire ; de clarifier les rôles de l’AFAV, des services agricoles, des fournisseurs de technologies solaires, des institutions de microfinance et des organisations de producteurs; de définir les modalités de démonstration, d’information technique, de conseil sur les coûts, d’installation et de service après-vente ; et d’améliorer la qualité des équipements en assainissant le marché, notamment par le renforcement de la lutte contre la contrefaçon et la promotion de pompes solaires conformes aux normes de qualité. A moyen terme, il faut tester les mécanismes d’appui.
Cela implique de mettre en œuvre des campagnes directes de sensibilisation et de démonstration, combinées à des informations précises sur les coûts, les conditions de crédit et les options de paiement ; de tester des mécanismes de financement abordables, notamment des crédits subventionnés ou des paiements échelonnés adaptés aux petits exploitants ; et de prévoir des mesures spécifiques pour les femmes, les agricultrices et les coopératives féminines. A long terme, il faut évaluer et adapter avant une mise à l’échelle. Cela demande de mesurer si les gains de connaissances se traduisent en adoption effective à plus long terme; d’évaluer les effets sur la disposition à payer, l’accès
au financement, l’installation effective des pompes solaires, la productivité agricole et l’équité de genre; et d’ajuster le modèle avant toute extension à plus grande échelle.
Agnès ZABSONRE
Edmond LANKOUANDE
Soumaïla GANSONRE
Rita NIKIEMA
Maxime AGBO
Sié Mohamed BARRO
Roukièta BONKOUNGOU