SANTÉ SEXUELLE DES SAISONNIERS À GUET-NDAR : Des causeries de minuit pour briser les tabous
SANTÉ SEXUELLE DES SAISONNIERS À GUET-NDAR Des causeries de minuit pour briser les tabous Dans la Langue de Barbarie, des acteurs communautaires rencontrent les travailleurs saisonniers jusque dans leurs chambres, à la nuit tombée, pour parler de santé sexuelle. Une approche discrète pour établir la confiance, informer et orienter vers les soins. « Il faut discuter avec les jeunes saisonniers avec le langage des quais et non avec celui des bureaux huppés », déclare Mamour Ndiaye, du mouvement Je

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SANTÉ SEXUELLE DES SAISONNIERS À GUET-NDAR
Des causeries de minuit pour briser les tabous
Dans la Langue de Barbarie, des acteurs communautaires rencontrent les travailleurs saisonniers jusque dans leurs chambres, à la nuit tombée, pour parler de santé sexuelle. Une approche discrète pour établir la confiance, informer et orienter vers les soins.
« Il faut discuter avec les jeunes saisonniers avec le langage des quais et non avec celui des bureaux huppés », déclare Mamour Ndiaye, du mouvement Jeunesse Engagée (MJE). À Guet-Ndar, les premières tentatives de sensibilisation se heurtaient à la méfiance des travailleurs. Aborder les infections sexuellement transmissibles (IST), les grossesses non désirées ou l’utilisation des préservatifs suffisait à fermer la discussion. Les jeunes évitaient les intervenants ou refusaient de leur parler. Le mouvement a alors changé d’approche.
« Déjà, Guet-Ndar est un quartier avec ses réalités socioculturelles. Donc, venir dans cette localité pour parler de sexualité à des jeunes de moins de 20 ans et, de surcroît, originaires majoritairement de lointains villages du Sénégal, c’est à la limite marcher sur des braises. C’est pourquoi nous avons initié des causeries de minuit », explique Mamour Ndiaye. Ces rencontres se tiennent dans les chambres des saisonniers, après leur journée de travail. Le cadre offre davantage de discrétion et les jeunes ont plus de temps à consacrer aux échanges. L’enjeu est d’abord de leur permettre de poser des questions qu’ils n’oseraient pas aborder sur les quais.
Expliquer plutôt que juger
Au fil des discussions, les membres du mouvement mesurent les lacunes en matière d’information. Selon Mamour Ndiaye, beaucoup de jeunes rencontrés connaissent mal les IST et le VIH, leurs modes de transmission ou leurs symptômes. Les rumeurs et la confiance accordée aux remèdes présentés comme miraculeux compliquent également la prévention. « Notre plus grande satisfaction, c’est de parvenir à faire parler ces jeunes et à les aider à prendre leur santé sexuelle en main.
Dans notre stratégie, nous nous sommes entendus pour ne pas leur dire ce qui est bien ou mal pour eux, mais plutôt leur expliquer leur corps, leur santé et leur avenir économique », souligne-t-il. Pour rendre les messages plus concrets, les intervenants abordent aussi les conséquences possibles des problèmes de santé sur le travail et les revenus. Ils évoquent notamment les difficultés qu’une grossesse non désirée peut entraîner pour une travailleuse saisonnière et pour sa famille restée au village, souvent dépendante de l’argent qu’elle lui envoie.
Des travailleuses exposées aux pressions sexuelles
Sur les quais comme dans les domiciles, d’autres acteurs communautaires interviennent auprès des jeunes. Parmi leurs préoccupations figure la vulnérabilité des femmes qui arrivent dans la Langue de Barbarie sans ressources ni réseau de connaissances. Tapha Niang, relais communautaire, rapporte que certaines cherchent auprès de mareyeurs, d’intermédiaires ou de pêcheurs une aide pour démarrer leur activité. Cette dépendance peut, selon lui, les exposer à des pressions sexuelles en contrepartie de poisson à revendre ou à transformer.
« Il se passe des choses louches sur les quais de pêche, mais personne ne veut en parler de vive voix », déplore-t-il. Il décrit des situations dans lesquelles l’accès à la marchandise devient un moyen de pression sur des travailleuses disposant de peu de possibilités pour se soustraire à ces exigences. Face à ces situations, les acteurs communautaires assurent une veille et s’appuient sur les badiénou-gox pour faciliter l’accès aux soins. Lorsqu’une femme rencontre un problème de santé ou découvre une grossesse, elle peut ainsi être accompagnée auprès d’une sage-femme.
« Elle s’occupe d’elle en l’accompagnant chez la sage-femme en toute discrétion pour sa prise en charge. Elle la conseille pour qu’elle ne tombe pas dans le piège des charlatans ou de l’avortement clandestin », explique Tapha Niang. Des chambres des saisonniers au poste de santé, la discrétion reste au cœur de cet accompagnement. Après avoir ouvert la discussion, les relais cherchent à faire en sorte que la peur du jugement n’empêche plus les jeunes de consulter.
*** PAR IBRAHIMA BOCAR SÈNE, SAINT-LOUIS***
Section:
profondeur
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- Length
- 657 words · 3 min read
- Published
- November 7, 2026
- Byline
- joe.waly
- Source
- Enqueteplus