
Deux bancs de sable ont été transformés, en quelques mois par la Chine dans les îles Paracels, en îles artificielles à l'apparence de bases militaires. Après avoir construit depuis 2013 une vingtaine d'avant-postes en mer de Chine méridionale, Pékin reprend ses travaux dans un territoire maritime contesté par plusieurs voisins, notamment le Vietnam.
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Une mystérieuse structure triangulaire en béton, un port et une longue étendue évoquant une piste d'atterrissage : depuis décembre 2025, les opérations de dragage et de construction menées par la Chine aux îles Paracels avancent à grand pas. Les analyses satellitaires (images Vantor) montrent la transformation éclair de deux bancs de sable jusqu'ici inutilisés par Pékin. « Nous n'avons pas encore de certitude, mais tout porte à croire que la Chine est en train de construire une très grande base militaire sur le récif d'Antelope », assure Harrison Prétat, directeur adjoint et chercheur au sein de l'Asia Maritime Transparency Initiative, projet du CSIS (Center for Strategic and International Studies) de Washington.
Sur ces six km² en plein cœur de la mer de Chine méridionale, le sable a été recouvert de béton, et le récif corallien semble avoir été ouvert pour laisser place aux incessants allers-retours de navires. Si les observateurs militaires suivent de près les dernières constructions chinoises, il reste difficile de se prononcer sur leur nature exacte. « Sur l'île de Yagong, à 14 kilomètres du récif Antelope, cela ressemble à des installations de soutien à la base militaire, estime Harrison Prétat. Le plus probable serait de bâtir des équipements de détection et de radar qui soutiendraient la base à Antelope. » Au cœur des spéculations sur cette petite île, une large structure triangulaire en béton pourrait potentiellement héberger des équipements de surveillance.
Une théorie cohérente, dans la droite ligne des autres édifices « point stratégique » bâtis par Pékin. L'idée est d'ajouter une nouvelle place forte sur les grandes routes commerciales et militaires stratégiques. « C'est comme une forteresse dans le désert. Elle fournie un emplacement permanent pour surveiller les mouvements, un port pour des navires, de quoi faire décoller des avions, et le tout surveillé par des radars », explique Hugo Tierny, docteur en histoire militaire de l'École pratique des hautes études (EPHE) et chercheur à l'Institut de recherche stratégique de l'École militaire (Irsem).
Entre 2013 et 2017, Pékin a multiplié les avant-postes pour asseoir son autorité sur la mer de Chine méridionale, dont elle revendique 90% de la souveraineté. Vingt îles militarisées sont déjà présentes aux Paracels, revendiquées par le Vietnam, contre sept seulement dans les Spratleys, proches des côtes philippines, selon le décompte de l'Asia Maritime Transparency Initiative. « Jusqu'ici, la Chine procédait à une sorte de copier-coller des installations sur les différents avant-postes, mais ce que l'on voit sur l'île de Yagong ne ressemble pas précisément à un type de structure déjà connu en mer de Chine méridionale », analyse le chercheur américain, habitué à la lecture d'images satellites dans la zone.
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Si le rythme des travaux se poursuit, l'utilité de cette structure sera rapidement dévoilée, même si son emplacement est déjà révélateur. À environ 400 kilomètres des côtes vietnamiennes, à mi-chemin entre le détroit de Taïwan et celui de Malacca, deux goulots d'étranglement extrêmement sensibles, Pékin a bâti un nouveau « point stratégique », deuxième plus grande île artificielle du chapelet des Paracels, dont la souveraineté est contestée par le Vietnam.
Hanoï, habituellement moins vocal que Manille pour dénoncer l'autorité imposée par Pékin dans la zone, a tout de même réagi en exigeant « la cessation immédiate des constructions » chinoises, jugées « illégales » par le gouvernement. Si les Philippines misent sur la communication, les autorités vietnamiennes, tout en préservant leurs relations avec Pékin, se sont montrées plus actives, avec la construction d'une vingtaine d'îles artificielles, des investissements dans la défense et une diversification des partenariats militaires (Russie, États-Unis, France).
« L'utilité principale de nouveaux équipements de détection à cet endroit est d'avoir plus de capteurs orientés directement vers le Vietnam, suppose Harrison Prétat. Rien ne bloque les équipements pour balayer la zone maritime jusqu'aux côtes vietnamiennes : cela présente une ligne de visée dégagée et légèrement différente de celles dont ils disposent déjà. » Cette base arrière est également précieuse pour asseoir l'autorité de Pékin dans la zone, offrir des ravitaillements aux garde-côtes omniprésents et rappeler notamment aux pêcheurs ou marins vietnamiens que la Chine considère ce chapelet d'îles comme sien.
Mais l'emplacement est aussi stratégique vis-à-vis du principal point de tension régional et du bras de fer à distance avec Washington. « Les Chinois poursuivent leur politique d’aménagement d’une profondeur stratégique au sud de leurs côtes, répond Hugo Tierny. En cas d’escalade régionale, ils considèrent notamment que cela gênera les accès à la marine américaine à partir du Sud et de densifier leur périmètre défensif. » Chaque base supplémentaire offre aussi un point de repli essentiel. Bien qu'à plus de 1 000 kilomètres de Taïwan, disposer d'un appui dans la zone reste un atout précieux si le rêve de Xi Jinping d'une « réunification » se transforme en offensive de grande ampleur.
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