Pastef : Quelques minutes avant la prise de parole, du lourd se prépare contre Al Aminou Lo

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a occupé le terrain ce dimanche. Face à la presse, il a défendu la loi de finances rectificative (LFR) 2026, dénoncé une obstruction de la majorité et refusé le débat télévisé proposé par Ousmane Sonko. Le président de l'Assemblée nationale et de Pastef, qui dispose pourtant de la majorité parlementaire, se retrouve sur la défensive. À deux jours de la plénière du mardi 27 octobre, il doit retrouver l'initiative sans se mettre en faute. Voici les voies qui s'offrent à lui.
Un rapport de force qui reste favorable
Le rejet du texte en commission, vendredi, montre que le pouvoir de blocage est dans le camp de Pastef. Le gouvernement ne peut pas faire adopter sa LFR sans les voix de la majorité, ce qui oblige l'exécutif à négocier ou à s'exposer. La difficulté pour M. Sonko tient à la lecture que le Premier ministre impose depuis dimanche : celle d'un Parlement qui bloque sans rien proposer. Reprendre la main suppose de renverser ce récit, donc de passer d'un « non » à un « oui, mais ».
Passer du refus à la contre-proposition
Le chef du gouvernement a invité les députés à déposer des amendements écrits et précis, en invoquant l'article 82 de la Constitution. L'argument est habile, parce qu'il est difficile à contourner. Si Pastef dépose un jeu d'amendements chiffrés et lisibles, sur les subventions, l'investissement, les dépenses sociales et l'encadrement des fonds spéciaux, que M. Sonko a lui-même mis en avant lundi dernier, la discussion se déplace sur le fond. Le texte du gouvernement devient alors un projet à corriger, et plus un budget que l'on rejette en bloc. Chaque amendement adopté serait une victoire visible. Chaque amendement refusé obligerait l'exécutif à justifier ses choix devant l'opinion. M. Sonko a averti que certaines réductions de subventions pourraient faire grimper le prix du diesel, aujourd'hui à 755 francs CFA le litre. C'est le terrain le plus sensible pour les ménages, et celui où le gouvernement est le plus exposé. S'il parvient à démontrer, chiffres à l'appui, l'effet de la LFR sur le coût de la vie, il déplace le débat de la technique budgétaire vers le quotidien des Sénégalais. Le Premier ministre répond que le budget initial reposait sur un baril à 61 dollars, alors que le cours dépasse aujourd'hui les 100 dollars, et que 540 milliards ont déjà été mobilisés. Le président de Pastef doit donc contester ces hypothèses avec des données aussi solides que les siennes. Le Premier ministre a rappelé que la loi de finances initiale 2026 avait été présentée à l'Assemblée par M. Sonko lui-même, alors chef du gouvernement, et votée à une très large majorité. L'attaque est directe, et l'ancien Premier ministre ne peut pas l'ignorer. Il lui faut expliquer ce qui a changé depuis, flambée de l'énergie, nouvelles contraintes liées aux discussions avec le FMI ou choix de l'actuel exécutif, et dire ce qu'il aurait fait autrement. Une réponse claire sur ce point couperait court à l'accusation d'incohérence.
Occuper la scène médiatique sur le terrain choisi par l'adversaire
M. Lo a demandé à
Pastef
de transformer ses points de presse en conférences ouvertes aux questions des journalistes. L'invitation est un piège autant qu'une provocation, car un refus nourrirait le reproche de communication à sens unique. M. Sonko peut la retourner en acceptant le principe d'un échange avec la presse, sur un format qu'il maîtrise. Il pourrait aussi relancer son offre de débat public, que le Premier ministre a écartée en la renvoyant au cadre parlementaire. En maintenant cette proposition, il garde l'image de celui qui cherche le dialogue, tandis que son adversaire apparaît comme celui qui l'évite. La marge de manœuvre reste étroite. Un blocage prolongé du budget rectificatif exposerait Pastef au reproche de sacrifier les besoins de l'État à une querelle interne, d'autant que le chef de l'État avait demandé un examen prioritaire du texte. L'évocation d'une motion de censure, lancée à Touba, ouvrirait une crise institutionnelle dont personne ne maîtrise l'issue, et le Premier ministre y a déjà répondu en dénonçant toute appropriation du patriotisme par un seul camp. Enfin, le moindre dérapage verbal ou militant ferait oublier le fond du dossier. Pour M. Sonko, la force du nombre ne suffit pas, il lui faut une ligne lisible et tenue jusqu'au bout. La séance plénière du 27 octobre à 10 heures dira si Pastef a choisi la négociation ou l'épreuve de force. Un compromis amendé, présenté comme la preuve que la majorité a infléchi le texte, permettrait à M. Sonko de se poser en artisan d'un budget plus juste. Un rejet pur et simple lui conserverait sa cohérence, mais le laisserait seul face à la responsabilité de la paralysie. Dans les deux cas, c'est la clarté de son message qui décidera de qui, du Premier ministre ou du président de l'Assemblée, aura la main.
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About this article
- Length
- 810 words · 4 min read
- Published
- October 25, 2026
- Byline
- Thierno Gueye
- Source
- Senenews