
140 millions de dollars, c’est le montant de la facilité de crédit qui vacille aujourd’hui autour du projet Minim Martap. Dans l’Adamaoua, l’exploitation de la bauxite censée faire entrer le Cameroun dans le cercle restreint des exportateurs africains vient de perdre son calendrier. Et avec lui, une partie des recettes fiscales que l’État attendait déjà.
Canyon Resources a annoncé lundi 24 août le retrait pur et simple du calendrier de développement de Minim Martap, y compris l’objectif d’expédier une première cargaison au quatrième trimestre 2026. Aucune nouvelle date n’a été fournie. AFG Bank Cameroon, filiale du groupe ivoirien AFG Holding, a suspendu tout nouveau décaissement sur la facilité syndiquée de 140 millions de dollars accordée en mai 2025 à Camalco, filiale locale de Canyon.
Au 31 juillet 2026, environ 75 millions de dollars avaient déjà été tirés sur cette enveloppe. La banque exige désormais une revue complète du modèle financier, du calendrier et une visite du site. Canyon dispose de quinze jours pour transmettre les documents demandés, trente jours pour la visite.
Le chiffre fait mal quand on sait que cette dette devait financer une partie des infrastructures d’exportation.
Difficile de ne pas y voir la confirmation de ce que redoutaient certains observateurs depuis fin juillet. A2MP, actionnaire majoritaire de Canyon, avait déjà estimé que les flux de trésorerie du projet pourraient ne pas suffire à assurer le service de cette dette, les conditions de marché et les coûts logistiques s’avérant moins favorables que prévu dans l’étude de faisabilité initiale.
Sur le terrain, pourtant, les travaux continuent. Les 60 premiers wagons d’une commande de 160 doivent arriver à Douala dans les prochaines semaines, et des essais avec sept locomotives sont prévus au quatrième trimestre. Mais un chantier qui avance sans financement bouclé reste un chantier fragile.
Canyon cherche désormais des solutions avec la banque Jefferies, entre prépaiements, partenaires stratégiques ou levées de capitaux. Rien n’est garanti à ce stade. L’issue de l’offre de rachat d’A2MP, sur laquelle les actionnaires doivent se prononcer avant le 21 septembre, pèsera lourd sur la suite. A2MP a déjà prévenu qu’elle ne garantissait aucun financement nouveau en cas d’échec de l’opération.