Côte d’Ivoire-AIP/Éducation de base : le PATEB face au défi de transformer ses acquis en progrès scolaires d’ici à 2028 (Feature)
Abidjan, 25 oct 2026 (AIP) – Des salles préscolaires encore à construire, une expérimentation pédagogique suspendue et des dispositifs de remédiation dont les effets restent à mesurer. Deux ans après son lancement, le Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base (PATEB) a engagé plusieurs interventions pour améliorer l’accès à l’école et les apprentissages. [...] The post Côte d’Ivoire-AIP/Éducation de base : le PATEB face au défi de transformer ses acquis en progrès scolaires d’
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Abidjan, 25 oct 2026 (AIP) – Des salles préscolaires encore à construire, une expérimentation pédagogique suspendue et des dispositifs de remédiation dont les effets restent à mesurer. Deux ans après son lancement, le Programme d’appui à la transformation de l’éducation de base (PATEB) a engagé plusieurs interventions pour améliorer l’accès à l’école et les apprentissages. Mais à mi-parcours, le défi consiste désormais à transformer ces activités en progrès scolaires tangibles avant l’échéance de septembre 2028.
Réunis du 21 au 23 octobre 2026 à Grand-Bassam, les responsables du programme et leurs partenaires ont passé en revue les réalisations, les difficultés d’exécution et les ajustements nécessaires pour les deux dernières années. Au-delà du bilan des activités, cette évaluation met en évidence une exigence, celle de vérifier dans quelle mesure les moyens mobilisés et les dispositifs mis en place améliorent effectivement les conditions d’apprentissage des élèves.
Financé par le Partenariat mondial pour l’éducation (PME), piloté par le ministère de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique (MENAET), avec l’UNESCO comme agent partenaire, le PATEB dispose d’une enveloppe de 44,91 millions de dollars, soit plus de 26,315 milliards de FCFA. Ce montant comprend une allocation initiale de 35,928 millions de dollars et un financement complémentaire de 8,982 millions de dollars, conditionné à des résultats vérifiés.
Inscrit dans le prolongement des États généraux de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (EGENA) et du Pacte de partenariat, le programme vise à réduire les inégalités d’accès à l’école, à améliorer la qualité des services éducatifs, à mieux prendre en compte le genre et à renforcer la gestion du système éducatif.
L’accès à l’école, premier défi à consolider
L’un des enjeux du PATEB concerne l’accès à l’éducation préscolaire, qui demeure limité en Côte d’Ivoire. Seuls 18,5 % des enfants entrant au primaire ont fréquenté une structure préscolaire, contre 28,8 % au Sénégal et 44,9 % au Togo.
Pour élargir cette offre, le programme prévoit la construction de 440 salles préprimaires dans 14 régions, au bénéfice de plus de 15 000 élèves, dont la moitié de filles. Toutefois, à mi-parcours, les interventions n’en étaient pas encore au stade des réalisations physiques : 386 sites avaient fait l’objet d’analyses environnementales et sociales, mais les salles de classe n’étaient pas encore construites.
Des clubs des mères d’élèves filles et des acteurs du projet bénéficient d’un engin remis dans le cadre du soutien des activités génératrices de revenus (AGR).
Une stratégie nationale destinée au préscolaire des enfants de trois à cinq ans a également été élaborée, sans avoir encore été adoptée.
Ces éléments illustrent l’écart qui peut subsister entre la préparation d’une intervention et sa concrétisation. Pour les deux dernières années du programme, l’enjeu sera donc de traduire les étapes préparatoires en infrastructures effectivement disponibles et en possibilités d’apprentissage supplémentaires pour les enfants concernés.
La prévention du décrochage scolaire constitue un autre volet de cette ambition. Les Clubs des mères d’élèves filles (CMEF) visent à rapprocher les familles des établissements afin de prévenir les abandons et d’identifier les élèves en difficulté. Le dispositif compte 120 clubs répartis dans 90 écoles primaires et 30 collèges.
Selon la représentante adjointe de l’UNICEF, Mariana Stirbu, un outil numérique a permis d’identifier 1 354 élèves menacés d’interruption scolaire. L’organisation indique également que plus de 113 000 élèves ont bénéficié de visites médicales et que 348 276 doses de déparasitage ont été distribuées.
Ces données rendent compte de l’ampleur des interventions engagées dans le domaine de la santé scolaire et de la prévention du décrochage. Elles ne suffisent cependant pas à établir que les élèves concernés fréquentent plus régulièrement les établissements ou obtiennent de meilleurs résultats. L’UNICEF recommande ainsi de mesurer les effets de ces actions sur la fréquentation scolaire et les performances des élèves.
Des innovations pédagogiques encore à éprouver
L’amélioration des apprentissages constitue un autre test important pour le PATEB. Durant l’année scolaire 2025-2026, de nouveaux programmes de sixième ont été expérimentés dans 54 établissements relevant des 41 Directions régionales de l’éducation nationale, de l’alphabétisation et de l’enseignement technique (DRENAET).
Cette expérimentation a concerné 15 914 élèves, dont 9 115 filles, ainsi que 1 124 enseignants et 556 encadreurs. Plus de 295 000 manuels et livrets ont par ailleurs été distribués gratuitement.
Malgré l’ampleur de ce déploiement, l’expérimentation est suspendue depuis le 18 septembre 2026, a indiqué la conseillère technique Marie Christ Allou, représentant le ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation et de l’Enseignement technique. Cette pause doit permettre d’améliorer la méthode avant une éventuelle généralisation, une « indispensable mesure de prudence et de responsabilité », a-t-elle estimé.
Cette suspension souligne l’importance de l’évaluation dans la conduite des réformes éducatives. Le nombre d’établissements concernés, les effectifs d’élèves et les ressources pédagogiques distribuées renseignent sur l’ampleur de l’expérimentation, mais ne permettent pas, à eux seuls, de conclure à son efficacité. L’amélioration de la méthode devra donc s’accompagner d’une appréciation rigoureuse des acquis des élèves avant toute décision de généralisation.
Une séance d’échanges et de travail des enseignants avec les représentants de l’UNESCO, dans le cadre du PATEB.
Le PATEB soutient également des séances de remédiation en français, mathématiques, physique-chimie et sciences de la vie et de la Terre, destinées à renforcer les apprentissages.
Dans les régions du Kabadougou et du Folon, l’organisation AVSI accompagne 32 collèges. Son représentant pays, Dr Bamba Lassiné, fait état de 409 enseignants formés et de 554 séances organisées en deux mois dans 29 établissements, au profit de 4 135 élèves, dont 2 001 filles.
Ces résultats restent préliminaires. AVSI recommande de démarrer les séances plus tôt, de mieux prendre en compte la mobilité des enseignants et de renforcer la supervision de proximité.
De son côté, Save the Children a contribué à la conception d’outils pédagogiques dans 30 collèges, formé plus de 200 enseignants et fourni 1 080 ouvrages.
La poursuite de ces interventions pose ainsi la question de leur efficacité pédagogique. Au-delà des formations dispensées, des séances organisées et des ouvrages distribués, l’évaluation devra permettre de déterminer dans quelle mesure les élèves progressent dans les disciplines concernées et quelles méthodes méritent d’être renforcées ou adaptées.
La gouvernance, un levier pour améliorer les résultats
La capacité du système éducatif à transformer les interventions en progrès durables dépend également de la gestion des ressources humaines, de la planification et du suivi des engagements.
Dans ce domaine, le PATEB a formé 51 responsables des ressources humaines et 18 nouveaux directeurs régionaux, dont cinq femmes. Il a également actualisé le référentiel de compétences des chefs d’établissement, élaboré 47 modules de formation et modernisé la plateforme de formation en ligne.
Parallèlement, les 41 directions régionales ont collecté, pendant trois trimestres, des données sur la présence des enseignants grâce à l’outil CODIPOST. Le programme accompagne également 41 contrats d’objectifs et de performance destinés à améliorer la planification et le suivi des engagements.
Plus de 350 directrices, cheffes d’établissement et adjointes ont en outre été formées au leadership et au management d’équipe.
Ces initiatives visent à renforcer les capacités des responsables éducatifs et à améliorer le pilotage des établissements et des services déconcentrés. Leur portée devra toutefois être appréciée à l’aune des changements observés dans la gestion quotidienne, le suivi des enseignants et les conditions d’apprentissage.
Remise d’attestations aux responsables d’établissement au leadership, dans le cadre du PATEB.
L’enjeu est de faire de la formation des responsables et des outils de suivi des instruments d’amélioration effective du fonctionnement des établissements, plutôt que de limiter l’évaluation au nombre de personnes formées ou de dispositifs déployés.
Deux années pour mesurer les effets et consolider les acquis
La seconde moitié du PATEB s’annonce ainsi déterminante pour hiérarchiser les interventions, corriger les insuffisances et concentrer les ressources sur les actions susceptibles de produire des résultats durables.
Le Partenariat mondial pour l’éducation souhaite que les demandes de restructuration du programme et d’utilisation de l’allocation complémentaire soient soumises d’ici à décembre 2026, afin de disposer du temps nécessaire à leur mise en œuvre.
« L’enjeu n’est pas simplement d’ajouter de nouvelles activités, mais de concentrer les ressources sur les interventions qui pourront être mises à l’échelle et produire des résultats dans les deux années restantes », a souligné Charlotte Lebas, coordonnatrice des programmes du PME.
Cette orientation implique de distinguer les activités réalisées des effets effectivement obtenus. Les interventions dans le préscolaire, la prévention du décrochage, la remédiation scolaire et la gouvernance ont permis d’engager des actions dans plusieurs composantes du système éducatif. Mais les données présentées à mi-parcours ne suffisent pas encore à établir une amélioration durable des apprentissages ni une réduction effective des abandons scolaires.
D’ici à septembre 2028, la capacité du programme à mesurer les progrès des élèves, à corriger les dispositifs insuffisamment efficaces et à consolider les interventions pertinentes sera donc déterminante. La pérennisation des acquis dépendra aussi de leur appropriation par les structures nationales et locales, afin que les efforts engagés puissent se poursuivre au-delà de la période de financement.
Pour le PATEB, la réussite ne se mesurera finalement pas seulement au nombre de salles prévues, d’enseignants formés ou d’élèves touchés, mais à la capacité du système éducatif à convertir ces moyens en améliorations vérifiables de l’accès à l’école et des apprentissages.
(AIP)
Msl/kp
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- 1,548 words · 8 min read
- Published
- October 25, 2026
- Byline
- Loua Michel SOUMAHARO