Cameroun - QR code obligatoire : Yaoundé ne trouve plus ses taxis

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Depuis le 6 octobre, les taxis sans QR code et numéro unique sont mis en fourrière à Yaoundé. 3 000 véhicules immobilisés, les usagers attendent jusqu'à 3 heures.
Trois mille taxis en fourrière, vingt mille enregistrés sur trente-cinq mille attendus, et une ville qui tourne au ralenti : l'identification numérique des taxis à Yaoundé tourne au casse-tête pour les usagers comme pour les chauffeurs.
Il est 7 heures à Yaoundé. Au carrefour Mvan, une centaine de personnes attendent. Un taxi s'arrête. Cinq personnes se précipitent. Il en faut trois de plus pour partir. Le suivant arrive vingt minutes plus tard. Depuis le 6 octobre, c'est le quotidien des Yaoundéens.
La raison ? La Communauté urbaine de Yaoundé a lancé la phase répressive de son opération d'identification numérique des taxis. Depuis lundi, les policiers municipaux arrêtent tous les véhicules qui n'ont pas de QR code sur le pare-brise ni de numéro unique peint sur la portière. Résultat : plus de 3 000 taxis en fourrière. Et une ville de 2,5 millions d'habitants qui ne trouve plus de quoi se déplacer.
Une opération lancée en juillet, une répression en octobre
Tout a commencé le 3 juillet 2026. Ce jour-là, la Communauté urbaine de Yaoundé, sous l'impulsion du maire Luc Messi Atangana, a ouvert une plateforme d'enrôlement sur le site « Taxi-Yaoundé.com ». Objectif : recenser tous les taxis de la capitale, leurs propriétaires et leurs chauffeurs. Chaque véhicule enregistré recevait un QR code et un numéro de portière unique. Les anciens numéros, jugés obsolètes et facilement falsifiables, devaient disparaître.
Le dispositif, soutenu par la GIZ allemande dans le cadre du projet Mobilité Verte Yaoundé (MoVe), devait à terme s'étendre aux motos-taxis et aux minibus. « La plateforme va permettre à la ville de Yaoundé d'avoir une base de données et pouvoir sécuriser ce domaine de transport urbain », expliquait Catherine Kalisa, conseillère technique au projet, en juillet dernier.
La période d'enrôlement devait durer trois mois. Elle a été prolongée jusqu'au 5 octobre. Le 6 octobre, la phase de contrôle a commencé. Et avec elle, la répression.
3 000 taxis en fourrière, des usagers qui attendent trois heures
Depuis le 6 octobre, les policiers municipaux arrêtent tous les taxis qui n'ont pas le QR code sur le pare-brise et le numéro unique sur la portière. Pas de vignette ? Le véhicule est immobilisé et conduit à la fourrière.
Le bilan, six jours après le début des contrôles, est lourd. Selon RFI, plus de 3 000 taxis ont été mis en fourrière. Sur un parc estimé à plus de 35 000 véhicules, seuls 20 000 environ ont été enregistrés. Il manque donc près de 15 000 taxis. Soit presque un sur deux qui roule encore sans être en règle.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Les taxis ont disparu des rues. « Les usagers attendent parfois jusqu'à 3 heures ». Aux carrefours Mvan, Etoudi, Emana, Poste Centrale, Rond-Point Nlongkak, Dispensaire Messassi, les files d'attente s'allongent. Les bousculades pour monter dans les rares taxis encore en circulation sont devenues la norme. Et les tarifs ont flambé.
Pourquoi tant de retard ?
La question taraude tout le monde. Pourquoi 15 000 taxis n'ont-ils pas été enregistrés ? La mairie pointe le laxisme des chauffeurs. « Vous comprenez que ceux-ci, ce sont des retardataires et ils n'ont qu'à prendre leur mal en patience », a déclaré Patrick Mfoulou, chef de la cellule des transports publics à la mairie, à RFI.
Mais sur le terrain, les explications sont plus complexes. Trois blocages reviennent. D'abord, la carte grise. Plusieurs chauffeurs expliquent ne pas avoir pu finaliser leur inscription parce que le véhicule n'est pas à leur nom. Ils le conduisent sans en être propriétaires. Ensuite, le coût indirect. L'enrôlement est gratuit, mais pour l'obtenir, il faut avoir l'assurance, la visite technique et la patente à jour. Pour beaucoup de « verseurs », ces démarches sont impossibles à boucler en une semaine. Enfin, le badge professionnel.
« On nous demande le badge professionnel d'identification, on fait comment ? » s'interroge Kevin A., un chauffeur croisé devant l'Hôtel de Ville.
« C'est vrai que la date butoir, c'était le 5, mais pourquoi lancer le contrôle pendant que les gens sont en train de s'enregistrer ? Qu'est-ce qu'on veut finalement ? » s'indigne Ondoua Thomas, président du Syndicat national des conducteurs des transports urbains et interurbains (SYNATURCAM). Il dénonce une « gouvernance par embuscade ».
Le QR code ne suffira pas
La mairie présente le dispositif comme un outil de sécurisation. En scannant le QR code, l'usager peut vérifier si le taxi est enregistré et conforme. Mais les syndicalistes sont sceptiques.
Roger Nzodom, président du Syndicat national des conducteurs professionnels de transport, reconnaît que « cela ne peut pas sortir définitivement l'insécurité des taxis ». Le système permet surtout d'identifier un véhicule après un incident, sans empêcher l'agression.
Patrice Samen, président de la Fédération nationale des syndicats des chauffeurs professionnels, est plus direct. « Ce Code QR n'est pas là pour lutter contre les agressions ou l'insécurité », affirme-t-il.
La limite principale, selon lui, réside dans l'identification des personnes. Le dispositif retrace le propriétaire et le chauffeur principal. Mais rarement le chauffeur d'appoint, souvent appelé « mercenaire ». Or, dans de nombreux cas, l'agresseur n'est pas le conducteur mais un faux passager monté en cours de trajet, échappant ainsi à toute traçabilité.
Jean Collins Ndefossokeng, président du Syndicat national des employés du secteur des transports terrestres, résume : « Ce n'est pas la voiture qui agresse, c'est l'homme qui agresse ».
Des chauffeurs coincés, des recettes perdues
Derrière les chiffres, il y a des hommes. Passy Bissiongol est arrivé à 5 heures du matin devant l'Hôtel de Ville. Il craint de perdre « même 10 000 F » de recettes dans la journée. Son taxi est en règle. Mais il attend son tour pour finaliser l'enregistrement. Alain Bertin, lui, a déjà son véhicule en fourrière. « Quand vous payez, il n'y a aucun reçu. On peut attendre encore une semaine, les voitures seront toujours garées », témoigne-t-il à RFI.
Les propriétaires de taxis mis en fourrière s'exposent à des amendes, aux frais de séjour, et, en cas de non-réclamation dans un délai de trois mois, à une mise aux enchères du véhicule. Une menace qui pèse lourd dans un secteur où beaucoup de chauffeurs roulent à crédit ou louent leur véhicule à la journée.
Une grève silencieuse ?
Depuis plusieurs jours, les rues de Yaoundé offrent un visage inhabituel. Les taxis se font rares. « Les rues sont quasiment désertes depuis quelques jours. On a le sentiment, ce n'est pas officiel, mais on a le sentiment d'une grève des taxis dans la ville de Yaoundé », explique le journaliste Norbert Olivier Ebodé sur Vision 4.
Aucun mot d'ordre officiel n'a été lancé. Mais la raréfaction des taxis s'apparente, pour plusieurs observateurs, à un mouvement de protestation de fait contre une réforme que certains conducteurs tardent encore à accepter. D'autres chauffeurs préfèrent se rabattre dans les périphéries de la ville pour exercer. Et la situation profite aux clandestins et aux mototaxis qui sillonnent les quartiers.
Qu'est-ce que l'identification numérique des taxis à Yaoundé ?
C'est un dispositif lancé par la Communauté urbaine de Yaoundé en juillet 2026. Chaque taxi doit avoir un QR code et un numéro unique sur sa portière. En scannant le code, l'usager peut vérifier si le taxi est enregistré et conforme.
Pourquoi plus de 3 000 taxis ont-ils été mis en fourrière ?
Parce qu'ils n'avaient pas le QR code ni le numéro unique obligatoires depuis le 6 octobre. Le délai d'enregistrement était fixé au 5 octobre.
Pourquoi certains chauffeurs n'ont-ils pas pu s'enregistrer ?
Ils invoquent des difficultés administratives : carte grise au nom d'un autre propriétaire, assurance ou visite technique non à jour, ou manque d'informations sur la procédure.
Les taxis vont-ils revenir dans les rues ?
La mairie assure que les chauffeurs en attente seront enregistrés. Mais le temps que la situation se débloque, les usagers devront s'organiser autrement.
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About this article
- Length
- 1,334 words · 7 min read
- Published
- October 16, 2026
- Byline
- Onana Nestor
- Source
- Camer.be