Morissanda Kouyaté : « si c’est le chromosome Y du Monsieur qui manque, c’est lui qui est responsable du fait qu’il n’y ait pas de garçon, mais c’est la femme qui ramasse le pot cassé »

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À l’occasion de la table ronde de haut niveau consacrée à la ratification, à la domestication et à la mise en œuvre du Protocole de Maputo dans les pays d’Afrique francophone, tenue mercredi 7 octobre à Conakry, le ministre guinéen des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Guinéens établis à l’étranger, Morissanda Kouyaté, a livré un plaidoyer en faveur des droits des filles et des femmes. Il a notamment dénoncé les discriminations qui commencent, selon lui, avant même la naissance d’une fille.
La question des droits des femmes et des filles ne peut pas être abordée uniquement à travers les textes de loi ou les débats académiques. Pour Morissanda Kouyaté, elle doit également être appréhendée à partir des réalités quotidiennes auxquelles sont confrontées les femmes et les filles africaines.
Prenant la parole lors de cette rencontre de haut niveau, le chef de la diplomatie guinéenne a appelé à sortir des débats théoriques pour regarder en face la condition des femmes et des filles sur le continent.
« En sortant des livres, en sortant des discussions d’amphithéâtre, en se projetant terre à terre, en regardant en face la condition ou la situation des filles et des femmes en Afrique, avant même qu’elles ne viennent au monde, elles sont déjà ségrégées », a-t-il déclaré.
Pour illustrer son propos, Morissanda Kouyaté s’est appuyé sur une pratique culturelle qu’il considère révélatrice de la préférence accordée aux garçons dans certaines sociétés africaines. Il évoque notamment les bénédictions adressées aux nouveaux couples.
« Nous le savons ici en Afrique, peut-être aussi ailleurs, les premières bénédictions pour le couple commencent par ces mots : « Que Dieu vous donne un gros garçon. » « Que Dieu vous donne un gros garçon. » « Que Dieu vous donne un gros garçon. » Et après, « Que Dieu vous donne une belle fille » », a-t-il expliqué.
Selon le ministre, cette répétition symbolique traduit une préférence qui s’installe avant même la naissance de l’enfant.
« Trois fois, on désire avoir un garçon que d’avoir une fille. La fille, avant sa naissance, ses droits sont violés », a-t-il poursuivi.
**« À la deuxième fille, l’inquiétude s’installe **»
Dans son intervention, Morissanda Kouyaté a ensuite décrit la pression exercée sur les femmes lorsqu’elles donnent naissance à plusieurs filles successivement.
« Lorsqu’une femme, pourtant au cœur de la procréation humaine, donne naissance à une fille, le couple et la belle famille froncent les sourcils. À la deuxième fille, l’inquiétude s’installe. À la troisième, la femme doit s’expliquer. On la rend responsable de ne pas donner naissance à des garçons », a-t-il dénoncé.
Pour le ministre, cette situation peut aller jusqu’à fragiliser durablement les couples et les familles.
« Certains mariages ont été disloqués parce que simplement il n’y a pas eu de garçon mis au monde par la femme », a-t-il affirmé.
Une situation qu’il relie directement à une méconnaissance des mécanismes biologiques de la reproduction et à une responsabilité injustement imputée à la femme.
« Les droits de l’homme, oui, mais les responsabilités de l’homme sont tronquées. On pense que c’est la femme qui a un défaut et que ce défaut fait en sorte qu’elle n’a que des filles », a-t-il regretté.
Une explication biologique pour déconstruire les préjugés
Pour rendre son argument accessible, le ministre des Affaires étrangères a choisi de quitter momentanément le registre institutionnel pour adopter celui de l’« activiste », comme il l’a lui-même précisé.
« Personne ne pense à un fait très simple : pour faire un enfant, il y a un homme et une femme. Je vais faire terre à terre, je ne parle pas en médecin, je parle en activiste maintenant, pas en ministre », a-t-il déclaré.
Il s’est ensuite appuyé sur la détermination biologique du sexe chromosomique de l’enfant pour déconstruire l’idée selon laquelle une femme serait responsable de ne donner naissance qu’à des filles.
« Pour faire un enfant, il faut quelque chose de la femme et quelque chose de l’homme qu’on appelle chromosome. Ces chromosomes sont de deux sortes : X et Y. La femme a des chromosomes X X, elle n’a pas de Y. L’homme a les chromosomes X et Y », a-t-il expliqué.
Poursuivant son raisonnement, Morissanda Kouyaté a indiqué : « Lorsque la femme reçoit un chromosome X de l’homme, elle fait une fille. Lorsqu’elle reçoit un chromosome Y de l’homme, elle fait un garçon »
Cette démonstration lui permet de revenir sur ce qu’il considère comme l’un des préjugés les plus persistants à l’égard des femmes.
« Donc, s’il n’y a pas de fille, c’est parce que Monsieur n’a pas envoyé un chromosome Y. Et si c’est son Y qui manque, c’est lui qui est responsable du fait qu’il n’y ait pas de garçon. Mais c’est la femme qui ramasse le pot cassé », a conclu le ministre.
À travers cette intervention, Morissanda Kouyaté a ainsi replacé la question de l’égalité entre les filles et les garçons au cœur des réalités sociales et familiales, estimant que la protection des droits des femmes et des filles passe également par la remise en cause des préjugés et pratiques qui les défavorisent dès le début de leur existence.
Sadjo Bah
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- 905 words · 5 min read
- Published
- October 8, 2026
- Byline
- Mamadou Ba
- Source
- Mediaguinee