NCA : le meilleur candidat, ou le candidat voulu ?
NCA : le meilleur candidat, ou le candidat voulu ? Le Premier ministre Navin Ramgoolam l’a confirmé lui-même : il mène personnellement les entretiens des candidats au poste de directeur général de la future National Crime Agency (NCA). « Nou p fer ban interview. Nou’nn deza fer 1 interview. Mo pu zouene ankor a Londres », a-t-il déclaré, évoquant des profils issus de Scotland Yard. La franchise est réelle. Mais elle laisse une question sans réponse : pour un poste appelé à devenir l’un des plus
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NCA : le meilleur candidat, ou le candidat voulu ?
Le Premier ministre Navin Ramgoolam l’a confirmé lui-même : il mène personnellement les entretiens des candidats au poste de directeur général de la future National Crime Agency (NCA). « Nou p fer ban interview. Nou’nn deza fer 1 interview. Mo pu zouene ankor a Londres », a-t-il déclaré, évoquant des profils issus de Scotland Yard. La franchise est réelle. Mais elle laisse une question sans réponse : pour un poste appelé à devenir l’un des plus puissants de l’État, où est l’appel à candidatures ?
Un recrutement sans trace publique
À ce jour, et selon nos vérifications, aucun avis de recrutement, appel à manifestation d’intérêt ou appel d’offres international pour ce poste n’a été rendu public, ni sur les portails de recrutement de l’État, ni sur celui des marchés publics. Le processus, tel qu’il apparaît, repose sur des candidats identifiés puis reçus en entretien par le chef du gouvernement, et non sur une compétition ouverte à laquelle des candidats qualifiés pourraient postuler. Si un tel processus existe, le bureau du Premier ministre est en mesure d’en apporter la preuve ; à défaut, c’est l’absence même de mise en concurrence qui interpelle.
Ce que la loi permet — et n’exige pas
Cette absence n’est pas un oubli : elle est permise par les textes. Le National Crime (Interim) Agency Bill prévoit que le directeur général de l’agence intérimaire est nommé par le président sur l’avis du Premier ministre, à des conditions que « the Prime Minister may determine » (article 4(3)). Aucune obligation de recrutement ouvert n’y figure. Et comme ce directeur intérimaire devient automatiquement le premier directeur général permanent de la NCA, c’est bien la nomination la plus importante, la fondatrice, qui peut se faire sans appel à candidatures. Le silence des textes sur la mise en concurrence n’est donc pas un vide : c’est une autorisation.
Les garde-fous habituels écartés
Le contraste est d’autant plus net que Maurice dispose déjà des instances chargées de conduire des recrutements ouverts et transparents. La Public Service Commission et la Disciplined Forces Service Commission recrutent par voie de concours, via un portail dédié. Or, pour la NCA, ces commissions sont mises à l’écart : le leader de l’opposition, Chetan Baboolall, a relevé lors de la conférence de presse du Front Militant Progressiste (FMP) que ce ne sera plus la Disciplinary Forces Service Commission qui recrutera les agents de la NCA. Les organes qui garantissent d’ordinaire l’ouverture d’un recrutement se trouvent ainsi contournés, du sommet de l’agence jusqu’à ses divisions.
Ce que dit le FMP sur la nomination
L’opposition a fait de ce mode de désignation le cœur de sa contestation. Paul Bérenger a rappelé que le directeur intérimaire nommé par le Premier ministre deviendra automatiquement le premier directeur général, avec la possibilité de rempiler, soit, selon lui, une longévité pouvant approcher la décennie. Il a d’ailleurs relevé que l’actuel directeur général de la FCC, Sanjay Dawoodarry, était passé par le même intérim.
Rama Valayden, lui, a insisté sur la formule « on such terms and conditions as the Prime Minister may determine », soulignant que ce même directeur choisira les responsables des neuf divisions de la NCA et en contrôlera les finances. « Il pourra donc les manipuler », a-t-il averti. Le FMP promet, sur cette base, de saisir la justice si le gouvernement ne revoit pas sa copie.
La question de fond
Nul ne conteste que la sécurité de l’État requiert des compétences de premier plan, y compris venues de l’étranger, les textes eux-mêmes le prévoient. Mais recruter par entretiens personnels du Premier ministre, sans appel à candidatures visible et en écartant les commissions de recrutement, pose une question simple pour une institution présentée comme indépendante : comment garantir que le meilleur candidat a été choisi, plutôt que le candidat voulu ?
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- Published
- September 21, 2026
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- IONNEWS