Man, 30 août 2026 (AIP)-Le directeur régional des Eaux et Forêts du Tonkpi, le colonel Djan Yapo Evariste, alerte sur les risques environnementaux, sécuritaires et humains liés à l’occupation des flancs de montagnes dans la ville de Man, où la dégradation du couvert végétal et la multiplication des constructions anarchiques fragilisent des zones écologiquement sensibles [...]
Man, 30 août 2026 (AIP)-Le directeur régional des Eaux et Forêts du Tonkpi, le colonel Djan Yapo Evariste, alerte sur les risques environnementaux, sécuritaires et humains liés à l’occupation des flancs de montagnes dans la ville de Man, où la dégradation du couvert végétal et la multiplication des constructions anarchiques fragilisent des zones écologiquement sensibles et exposent les populations à divers dangers. Au cours d’un entretien, accordé, jeudi 23 avril 2026 à l’AIP, il évoque l’état actuel des montagnes de Man, les menaces qui pèsent sur ces espaces protégés, les difficultés d’application de la réglementation ainsi que les solutions envisagées pour freiner leur dégradation.
1/ Comment décririez-vous aujourd’hui l’état des montagnes et des flancs de montagnes de la ville de Man ?
Nous sommes dans l’Ouest montagneux qui se caractérise par un relief accidenté, et ce relief accident généralement quand vous le constatez, est spectaculaire mais malheureusement qui est très fragile. Il y a quelques montagnes qui ont, quand même, des vues en panoramique qu’il est important de signaler, notamment le mont Tonkpi qui est beau à voir, la dent de Man qui est également un relief qui cumule une altitude qui est très beau à voir. Malheureusement ces flancs de montagnes sont aujourd’hui un peu dégradés et il est bon de le signaler, puisque la forêt qui autrefois donnait cette belle vue se retrouve un peu dénudée (parlant des montagnes) et donc il est important que nous puissions mener des actions pour pouvoir les restaurer. A des périodes de saison pluvieuse, ces montagnes-là sont verdoyant et cela parait très beaux à voir. Malheureusement il y a des endroits sur ces flancs de montagnes qui sont occupés de façon anarchique et qui laissent transparaitre des risques énormes.
2/** Avez-vous constaté une augmentation de l’abattage de bois et des constructions sur ces zones ces dernières années ?**
La tendance dépend de là où nous nous situons. En fonction des actions que nous menons, nous pouvons dire que cette tendance est en baisse vue la sensibilisation que nous portons. Malheureusement sur le terrain, il y a des endroits auxquels nous n’avons pas accès, où, le phénomène de sciage à façon ou sciage clandestin continu et cela fait en sorte que toutes ces zones-là se retrouvent un peu déforestées, mais nous faisons des actions pour que nous puissions atténuer ce phénomène de sciage à façon. Mais il n’y a pas que ça. Vous savez, il y a des occupations agricoles sur les flancs des montagnes qui en réalité se font au détriment de la forêt. Si des parties sont donc déboisées pour faire de l’agriculture cela constitue un recul de la végétation, un recul de la forêt sur ces flancs des montagnes. Mais cela va de pair parce que nous sommes dans une zone où véritablement la terre se fait rare et donc les gens s’installent comme ils peuvent et de façon pas régulée (…). L’exploitation illégale, anarchique contribuent à la déforestation au niveau du domaine rural. Au niveau du domaine urbain (commune de Man) à l’intérieur de la ville nous avons des flancs des montagnes des montagnes et des flancs de montagnes qui sont également dénudés, qui sont occupés par des installations anarchiques qui malheureusement endommages nos flancs de montagnes. Mais le constat il clair, les gens continuent de s’installer qu’en bien même que nous sommes en train de les sensibiliser, et nous sommes en train de prendre des mesures idoines avec les autorités locales, notamment, la mairie pour que nous puissions freiner l’avancée de ces installations anarchiques sur ces flancs de montagnes où les populations en cours grands risques.
3**/ Quels sont les principaux risques environnementaux liés à la destruction du couvert végétal sur les montagnes de Man ?**
Les risques environnementaux sont énormes. Vous savez, comme je l’ai dit d’abord, se sont des zones écologiquement sensibles. Quand on dit zone écologiquement sensible, ce sont des zones de protection, ce sont des zones qui contribuent à stabiliser les sols. La forêt contribue à stabiliser les sols qui sont sur les flancs des montagnes. Dès lors que la forêt est dégradée, les sols sont exposés à tous les risques d’érosion. Or lorsqu’il y a érosion, vous allez voir qu’il y a le sol qui est lessivé donc pour l’agriculture ça devient difficile. L’eau qui ruisselle en cas de pluie va se retrouver totalement en bas et va contribuer à ce qu’on appelle des inondations du fait des installations anarchiques sur les flancs des montagnes, et c’est n’est pas bon pour les populations puisqu’il y a de ces populations qui sont bien installées en amont ou en aval.
Et ici à Man vous avez constaté avec nous plusieurs cas d’inondations dans les quartiers dues à la déforestation sur les flancs des montagnes. Il n’y a pas que ça hein, vous savez que tout ce qui ruisselle vient encore dans le lit des cours d’eau et cela vient polluer les cours d’eau. Vous savez tous ceux qui font l’agriculture sur les flancs des montagnes utilisent les produits phytosanitaires et autres. Alors s’il n’y a plus de végétation pour pouvoir freiner ou bloquer l’érosion, vous allez vous rendre compte que tout ce qui est produit, avec les eaux de ruissellement va se retrouver dans les lits des cours d’eau et entrainer la pollution du milieu aquatique, j’allais dire du milieu marin.
4/ Peut-on parler aujourd’hui d’un risque réel de glissements de terrain ou d’éboulements dans certaines zones habitées ?
Oui, je crois qu’il y a de cela quelques mois, on a entendu une grande détonation qui a défrayé la chronique même si c’est vrai que par la suite, on n’a pas eu grand écho mais cela a occasionné tout même quelques dégâts dans des maisons (…). Je voulais tout simplement dire que lorsque vous exploitez des flancs des montagnes, lorsque vous concassez les granites qui sont en bas, vous dénaturez la structure de la roche. Vous exposez le sol aux aléas climatiques avec tout ce que nous avons comme les effets néfastes du changement climatique. Actuellement on le constate hein, il fait terriblement chaud à Man alors qu’avant en réalité ce n’était pas le cas, parce que nous avons dégradé nos forêts et nous avons exposés nos montagnes aux aléas du climat, au point où, il peut s’avérer qu’en fonction de certains paramètres, il peut avoir des glissements de terrains, des éboulements de blocs rocheux qui sont suspendus au sommet de ces roches. Vous savez, avec ce que nous appelons la dilation thermique. Quand il pleut l’eau ruisselle et s’infiltre dans les fissures qui sont laissées par les roches. Lorsque ces fissures-là reçoivent l’eau, avec les changements de températures cela crée ce qu’on appelle la dilatation thermique qui provoque un élargissement des fissures, qui arrive à dénaturer des blocs rocheux qui sont suspendus et les faire dégringoler. Et c’est le cas ici où nous avons eu quelques éboulements de blocs rocheux qui ont occasionné quelques dégâts. C’est vrai, on peut se réjouit qu’il n’ait pas eu de dégâts en termes de perte en vie humaine, mais il y a eu des dégâts matériels importants. Donc il est important que nous puissions prendre toutes les dispositions à l’effet de pouvoir stabiliser ces blocs rocheux à travers des opérations de reboisements et de restauration des flancs des montagnes.
5/ Les populations qui habitent sur ces flancs mesurent-elles réellement les dangers auxquels elles s’exposent ?
C’est justement notre rôle. Les populations ne savent pas les dangers encourus. Elles sont simplement à la recherche de terrain pour pouvoir s’installer, donc elles le font de façon anarchique. Mais nous, notre rôle en tant qu’environnementaliste, forestier, c’est de les sensibiliser, les informer des risques. C’est pourquoi nous faisons des séances de sensibilisations, nous faisons des conférences et nous associons à ces conférences, les autorités. Tant que nous n’avons pas l’appui des autorités locales, notamment, le maire, le conseil régional et même le roi, nous ne pouvons pas agir seul.
C’est pourquoi nous faisons en sorte de pouvoir fédérer nos efforts à l’effet, non seulement de sensibiliser les populations sur les risques encourus en s’installant sur les flancs des montagnes, mais en même temps, faire en sorte que nous puissions poser des actions concrètes c’est-à-dire faire une démarcation entre la limite habitable et la limite qui est au-delà des flancs des montagnes.
Tous ceux qui seront installés au-delà de la limite il est question de pouvoir les déguerpir. Mais vous savez dans le cas des droits de l’homme lorsque vous déguerpissez des populations, il est important de pouvoir les reloger, les recaser. Donc c’est pourquoi nous sommes en train de concevoir un projet que nous avons appelé le projet de reboisement des flancs de montagnes à l’effet de pouvoir déguerpir non seulement ceux qui au-delà de la ligne de démarcation, mais en même temps poser des actions de reboisement. La nature ayant horreur du vide, si nous déguerpissons des populations, il est important que nous puissions reboiser.
Vous allez constater dans la ville de Man qu’il y a des endroits qui ont été reboisés dans le cadre du projet reboisement des flancs de montagnes dans sa phase pilote qui a été effectuée de 2015 à 2020, et ces zones ont été stabilisées. Malheureusement depuis que, le projet a pris fin, nous n’avons pas les moyens pour pouvoir atteindre notre objectif c’est pourquoi, nous avons redimensionné ce projet et grâce à la convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie, nous avons élaboré un autre projet qui concerne ne serait-ce que la commune de Man pour pouvoir restaurer les flancs des montagnes. Et là nous sommes à la phase de recherche de financements pour pouvoir opérationnaliser ce projet qui va nous permettre de stabiliser nos flancs de montagnes, nos zones écologiquement sensibles, parce qu’il n’est pas question d’attendre à ce qu’il y ait mort d’homme avant d’agir. J’ai parlé des éboulements mais en plus de ça il y a tout ce qui est risque sécuritaire je veux parler des branchements anarchiques d’électricité, des vols et tout ça. Donc il est important d’agir au plus tôt.
6/ Que prévoit la réglementation ivoirienne en matière de protection des montagnes et des zones à forte pente ?
Il y a une loi qui protège les flancs des montagnes. Vous avez le décret 2021-583 du 6 octobre 2021 fixant les modalités de gestion et d’usage des zones écologiquement sensibles, qui interdit la construction formellement la construction sur les flancs des montagnes. Il y a des pénalités et sanctions qui sont prévues à cet effet, à l’instar de l’article 99 alinéa 2 qui stipule que, quiconque déboise les mangroves, les zones humides, les flancs de montagnes, ou toutes autres zones écologiquement sensibles, est puni d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amande cinq millions à cinquante millions de franc CFA ou une de ces deux peines.
7/ Pourquoi, malgré l’existence des textes, ces pratiques persistent-elles à Man ?
Vous êtes d’accord avec moi qu’il y a la loi, mais il y a l’application de cette loi. Les textes existent mais c’est l’applicabilité qui pose problème dans la mesure où, ces populations qui sont installées sur ces flancs de montagnes, ce sont des hommes, des femmes, des familles. Alors dès lors que nous avons affaire à des hommes, parce que la politique nous menons comme je l’ai dit, est faite pour les hommes, le développement est fait pour les familles, les populations. Donc il n’est pas question de vouloir déguerpir des familles sans toutefois trouver des voies et moyens de recasement.
C’est pourquoi dans le cadre ce projet que nous avons initié, nous avons mis en avant le fait de pouvoir reloger tous ceux qui seront déguerpis.
Mais ce qu’il faut retenir comme je l’ai dit, ce sont des familles qui sont installées. Or vous savez que nous, nous ne sommes pas politiques, nous sommes des techniciens. On peut vouloir appliquer la loi coûte que coûte, mais cela impacte la population et bien entendu les activités des hommes politiques notamment les élus qui ne nous facilitent pas souvent la tâche.
Maintenant il est important que nous puissions avoir l’adhésion totale de toutes ces autorités locales, pour qu’ensemble nous puissions parler d’une même voix. Et là, je peux vous rassurer que nous sommes dans cette logique. Aujourd’hui, avec toute la sensibilisation que nous avons menée, en tout cas les autorités sont d’accord avec nous qu’il faille quelque chose pour pouvoir adresse cette question d’occupation anarchique des flancs des montagnes, qui continue malheureusement à notre corps défendant.
8/ Quel message souhaitez-vous adresser aux populations qui continuent de construire sur les flancs de montagnes ?
Le message c’est celui que nous avons toujours donné. Il faut que les populations sachent qu’il n’est pas question d’agresser les flancs des montagnes, que ce soit pour les cultures, que ce soit pour les habitations. Les flancs des montagnes sont des zones de protection, je le dis et je répète, ce sont des zones écologiquement sensibles. Aujourd’hui il ne faudrait pas que nous perdions de vue que le changement climatique est une réalité qui est dû aux actions anthropiques que nous menons, aux actions des hommes. Donc il est important que nous puissions nous remettre en cause pour que véritablement nous puissions prendre des décisions idoines pour freiner les effets néfastes et pervers du changement climatique. Et parmi ces actions, d’abord c’est la prise de conscience individuelle et collective. Il faudrait que chacun comprenne la nécessité de se remettre en cause pour adopter un comportement écocitoyen, un comportement respectueux de la nature. L’environnement doit être respecté. Il faudrait que chacun puisse comprendre cela et une fois qu’individuellement cela est compris, collectivement nous pouvons mener des actions. La forêt étant dynamique, la forêt étant une ressource renouvelable, même si elle est dégradée on peut la restaurer, la reconstituer. Si donc chacun est conscient de cette nécessité de reboiser à son humble niveau, vous allez voir qu’à grande échelle nous pouvons atteindre l’objectif. Donc je voudrais lancer encore un appel à la population de façon globale et à la population de Man singulièrement, pour que les flancs des montagnes soient préservés, restaurés et il y va de leur sécurité, de leur survie.
(AIP)
Réalisée par Delphin EHUI, AIP Man
ebd/cmas