Emprunt obligataire 2026 : Karamo Kaba explique pourquoi la Guinée emprunte en francs guinéens
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À l’occasion d’une conférence de presse organisée ce vendredi 30 octobre 2026, la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, et l’administrateur-directeur général d’Afriland First Bank Guinée, Guy Laurent Fondjo, ont fait le point sur l’emprunt obligataire lancé avec un objectif initial de 2 500 milliards de francs guinéens, à un taux d’intérêt annuel de 11 %.
Pourquoi emprunter en francs guinéens ? Le gouverneur de la Banque centrale, Karamo Kaba, a expliqué les différents risques liés aux emprunts obligataires. Il a notamment souligné que le recours à un emprunt en francs guinéens permet de réduire le risque de change et de contribuer au développement du marché financier local.
« En fait, lorsqu’on réalise un emprunt obligataire, il s’agit d’une relation de confiance entre un prêteur, c’est-à-dire une personne qui dispose de capacités de financement, et un emprunteur, qui a besoin de financement. Comme dans toute relation contractuelle ou humaine, il existe des risques. Au niveau des emprunts obligataires, le premier est le risque de crédit, également appelé risque de défaut. Autrement dit, est-ce que je serai remboursé ou non ? Ensuite, il y a le risque de liquidité, le risque lié à l’inflation et différentes autres formes de risques, notamment le risque de change. En choisissant d’emprunter en francs guinéens, nous éliminons le risque de change, puisque nous remboursons dans une monnaie que nous maîtrisons. Les intérêts restent également en Guinée. Cela permet aussi de développer le marché des titres », a-t-il dit.
La Guinée a mobilisé 4 579,145 milliards de francs guinéens, dépassant largement l’objectif initial. Face aux inquiétudes suscitées par le montant mobilisé dans le cadre de l’emprunt obligataire, Karamo Kaba a invité à relativiser ce chiffre. Selon lui, cette somme ne représente qu’une faible partie des ressources financières disponibles dans les banques et le secteur informel en Guinée.
« Lorsqu’on entend parler d’une levée de 4 573 milliards de francs guinéens, cela peut paraître énorme et même susciter certaines inquiétudes. Mais il faut toujours remettre les chiffres dans leur contexte et faire des comparaisons. Tout à l’heure, l’administrateur-directeur général d’Afriland First Bank le disait : aujourd’hui, les ressources des banques en Guinée s’élèvent à environ 93 000 milliards de francs guinéens. Si l’on prend également en compte le secteur informel, on arrive à un montant à peu près équivalent. Ainsi, lorsqu’on compare les 4 500 milliards mobilisés à ces ressources, on constate que cela représente à peine 2 à 3 %. C’est donc une part relativement faible », a dit le gouverneur de la BCRG.
En réponse aux inquiétudes des journalistes concernant une éventuelle crise de liquidité liée à l’emprunt obligataire de l’État, le gouverneur de la Banque centrale a tenu à établir une différence entre une pénurie de billets de banque et une véritable crise de liquidité. Il a ensuite expliqué les causes de cette pénurie.
« Il faut faire attention aux mots que l’on emploie. Nous n’avons jamais connu de crise de liquidité en Guinée. Nous avons connu une crise de cash. Mais à quoi cela est-il dû ? À un retard dans les commandes de billets. Nous l’avons expliqué à plusieurs reprises. Cela n’a rien à voir avec une quelconque levée obligataire. Il faut qu’on arrête de faire cet amalgame. Nous l’avons dit et répété. Nous avons mis du temps à valider les commandes. Or, entre le moment où vous passez une commande et celui où vous recevez les billets, il faut compter sept à huit mois. Voilà, en réalité, ce qui s’est passé. Cela n’a absolument rien à voir avec une levée obligataire. Il n’y a jamais eu de crise de liquidité en Guinée. Il y a eu une pénurie de cash. Et pendant cette période, tous les moyens de paiement digitalisés ont continué de fonctionner. Les paiements par chèque ont également fonctionné, tout comme les paiements électroniques. La liquidité englobe tous ces moyens de paiement. Le fait de manquer de billets de banque ne signifie donc pas qu’il y a une pénurie de liquidité. C’est complètement faux. Pour répondre à votre question, l’État a levé à peu près 2,5 % de l’ensemble des ressources existantes », a-t-il expliqué.
Concernant le taux d’intérêt de 11 % appliqué à l’emprunt obligataire de l’État guinéen, Karamo Kaba estime que ce taux est raisonnable au regard des risques financiers et des taux pratiqués dans d’autres pays. Il a souligné qu’il permet aux investisseurs locaux de préserver leur capital face aux effets de l’inflation.
« Très sincèrement, ce n’est pas cela qui va provoquer une crise de liquidité. Je voudrais vous rassurer sur ce point. Que rémunère un taux de 11 % ? Je vous l’ai expliqué tout à l’heure : lorsqu’on réalise un emprunt obligataire, on rémunère plusieurs risques, notamment le risque de défaut, c’est-à-dire le risque de ne pas être remboursé, le risque d’inflation et le risque de contrepartie. Il y a donc tout un ensemble de risques qui doivent être pris en compte dans la rémunération des investisseurs. Alors, 11 %, est-ce cher ? Cher par rapport à quoi et à qui ? Aujourd’hui, au moment où je vous parle, l’État brésilien emprunte à cinq ans à un taux de 15,37 %. En Russie, l’État emprunte également à cinq ans à un taux de 16 %. Alors, 11 %, est-ce vraiment trop cher comparativement à ces taux ? Si vous remontez deux ou trois ans en arrière, vous constaterez que les taux d’intérêt étaient encore plus élevés lors des premières émissions. Rappelez-moi, docteur : la première émission était à 14 % en 2023, puis le taux est passé à environ 12,5 % en 2024. En 2026, nous sommes à 11 %. Ainsi, ce taux de 11 % reste intéressant. Il permet également aux investisseurs de protéger leur placement contre les effets de l’inflation. L’objectif est donc d’élargir la base des investisseurs. Aujourd’hui, le taux de bancarisation en Guinée est d’environ 30 à 35 % si l’on inclut la monnaie mobile », a-t-il souligné.
Moussa Konaté pour Guineematin.com
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- November 1, 2026
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