Forêt communautaire d’EKOREDO : Steeven Békale interpelle le ministre des Eaux et Forêts
La gestion de la forêt communautaire d’EKOREDO, située dans les environs d’Ebel-Abanga, suscite de vives inquiétudes au sein de cette localité. Dans une lettre ouverte adressée au ministre des Eaux… L’article Forêt communautaire d’EKOREDO : Steeven Békale interpelle le ministre des Eaux et Forêts est apparu en premier sur Gabon Info .
La gestion de la forêt communautaire d’EKOREDO, située dans les environs d’Ebel-Abanga, suscite de vives inquiétudes au sein de cette localité. Dans une lettre ouverte adressée au ministre des Eaux et Forêts, datée du 19 octobre 2026, Steeven Békale, ressortissant et fils du village, dénonce un manque de transparence dans la gestion des ressources forestières et appelle à une intervention des autorités pour apaiser les tensions.
« Notre village est au bord de l’implosion », alerte-t-il dès les premières lignes de son courrier. À travers cette interpellation, il met en cause les méthodes d’accompagnement de l’administration forestière et demande que les populations soient davantage associées aux décisions concernant leur patrimoine collectif.
Au cœur de ses préoccupations figurent notamment l’absence prolongée d’assemblées générales ordinaires, le manque d’accès aux documents financiers et les interrogations sur l’utilisation des revenus issus de l’exploitation forestière.
Selon Steeven Békale, l’association chargée de gérer la forêt communautaire aurait traversé une période de trois ans sans assemblée générale, avant de connaître une nouvelle interruption de plus d’un an. Une situation qu’il juge préoccupante, alors que les statuts de l’association prévoiraient la tenue de ces réunions tous les deux mois.
Il affirme également que les services des Eaux et Forêts de Ndjolé recevraient régulièrement des comptes rendus d’activités et des bilans financiers, tandis que les membres de l’association peineraient à obtenir les mêmes informations. Des procès-verbaux de réunions ne seraient pas systématiquement communiqués aux participants, selon ses déclarations.
Des revenus importants, mais peu de réalisations visibles
L’autre point de crispation concerne les retombées économiques de l’exploitation forestière. D’après les estimations avancées par l’auteur de la lettre, la forêt communautaire aurait généré environ 200 millions de francs CFA de bénéfices nets depuis sa création, il y a près de cinq ans.
Un montant qui, selon lui, contraste avec les conditions de vie des habitants. Le village manquerait toujours d’eau potable et connaîtrait un approvisionnement électrique précaire. L’acquisition d’un groupe électrogène constituerait, à ses yeux, le principal investissement visible réalisé au bénéfice de la communauté.
Steeven Békale réclame donc un bilan financier détaillé, accompagné des justificatifs de dépenses, afin de permettre aux habitants de vérifier les recettes effectivement encaissées et leur utilisation. Les chiffres avancés dans son courrier restent toutefois à vérifier auprès des instances concernées.
Il évoque également des sorties de grumiers dont les chargements n’auraient pas été préalablement cubés. Ces allégations, si elles étaient confirmées, soulèveraient des questions sur la traçabilité des volumes exploités et sur le contrôle des recettes correspondantes.
Le sciage en planches soulève de nouvelles interrogations
La récente autorisation d’activités de sciage constitue une autre source d’inquiétude. Alors que l’association commercialisait principalement du bois sous forme de grumes, de nouveaux contrats permettraient désormais de transformer le bois en planches avant sa vente.
Si cette évolution peut favoriser une meilleure valorisation de la ressource forestière, Steeven Békale estime que ses modalités n’auraient pas été suffisamment expliquées aux populations. Il s’interroge notamment sur les conditions d’attribution des contrats, les volumes concernés, les revenus attendus et les mécanismes de contrôle des paiements.
Il affirme par ailleurs que certains membres du bureau et le chef du village feraient travailler des scieurs pour leur propre compte. Des éléments qui nécessitent, selon lui, des vérifications afin d’éviter toute confusion entre intérêts personnels et gestion du patrimoine collectif.
Au-delà des questions financières, l’auteur de la lettre décrit un climat social de plus en plus tendu. Les habitants qui demanderaient des comptes seraient, selon lui, parfois stigmatisés ou accusés de ***« sorcellerie » ***et de vol. Il affirme également que la menace d’une fermeture de la forêt communautaire serait brandie lorsque des demandes de transparence sont formulées.
Un appel à revoir l’accompagnement des forêts communautaires
Steeven Békale ne limite pas ses critiques au fonctionnement de l’association d’EKOREDO. Il estime que les difficultés rencontrées pourraient également révéler des insuffisances dans les méthodes d’encadrement et de contrôle de l’administration forestière.
Il rapporte notamment qu’une délégation des Eaux et Forêts aurait récemment présenté un projet de guide prévoyant, selon les explications reçues, des orientations communes pour les villages. Il dit craindre que ce dispositif ne réduise davantage la participation des communautés aux décisions concernant leurs propres ressources.
Pour lui, les difficultés de gestion ne peuvent être systématiquement imputées à un manque de compétences des populations sans examiner également le rôle des services chargés de les accompagner. Il plaide ainsi pour une approche fondée sur la transparence, la responsabilité partagée et la participation effective des habitants.
Dans sa lettre, il sollicite du ministre plusieurs mesures : la tenue régulière des assemblées générales, la communication des comptes et des procès-verbaux, l’accès aux contrats et aux devis, ainsi que le renforcement du suivi des volumes de bois exploités et des recettes générées. Il demande également que les éventuels conflits d’intérêts et les pressions exercées sur les personnes réclamant des comptes soient examinés.
Privilégier le dialogue pour éviter l’implosion du village
Fort de son expérience professionnelle dans l’accompagnement des organisations, Steeven Békale dit vouloir contribuer à la recherche de solutions durables. Il établit un parallèle entre le dialogue social en entreprise et le fonctionnement des associations communautaires, notamment en matière de circulation de l’information, de répartition des responsabilités et de concertation.
Auteur de l’ouvrage Nous nous sommes trompés sur le dialogue social en Afrique, il souhaite pouvoir présenter ses propositions au ministre ou aux services que celui-ci désignera.
Il précise enfin que sa démarche ne vise pas à tenir personnellement pour responsable le responsable local des Eaux et Forêts de Ndjolé, mais à attirer l’attention sur des pratiques administratives qu’il estime devoir être réexaminées.
À EKOREDO, l’enjeu dépasse désormais la seule gestion des revenus forestiers. Il touche à la confiance entre les habitants, leurs représentants et l’administration. Pour Steeven Békale, une intervention des autorités apparaît nécessaire afin de prévenir une aggravation des tensions et de redonner à la forêt communautaire sa vocation première : contribuer au développement collectif du village.
Les accusations et estimations contenues dans cette lettre constituent les déclarations de son auteur et appellent, le cas échéant, des vérifications ainsi que les éclaircissements des responsables de l’association et de l’administration concernée.
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About this article
- Length
- 1,035 words · 5 min read
- Published
- October 20, 2026
- Byline
- Franck Charly Mandoukou
- Source
- Gabon Infos