Collusion dangereuse entre Rabat et Tel-Aviv : la bombe à retardement dans le Maghreb
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Dans le sillage de la normalisation diplomatique initiée par les accords d’Abraham en décembre 2020, le Maroc et Israël ont opéré une transition inquiétante vers un partenariat militaire et technologique d’envergure. En l’espace de trois années seulement, Rabat s’est engouffré dans une course effrénée à l’armement, important environ le quart de ses équipements militaires de l’État hébreu, tandis que les États-Unis en fournissent 60 % et que la part de la France se réduit à 10 %. Cette mutation stratégique s’est concrétisée dès la fin de l’année 2021 par la signature d’un mémorandum d’entente et de coopération lors de la visite historique du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz.
Soutenu par des financements, des dons et des prêts émiratis ainsi que par des rallonges budgétaires substantielles, le royaume chérifien poursuit un double objectif. Il cherche à redéfinir l’équilibre stratégique militaire face à l’Espagne et l’Algérie et à s’imposer comme un verrou géopolitique incontournable sur l’axe vital reliant la mer Méditerranée à l’océan Atlantique.
Cette ambition s’accompagne d’une militarisation outrancière et accélérée du territoire du Sahara occidental occupé. Les experts signalent un déploiement massif de forces et d’infrastructures de surveillance tout au long de la bande frontalière, s’étendant du nord de Smara jusqu’à la localité de Guerguerat à l’extrême sud, en passant par le célèbre mur des sables érigé dès les années 1980 et modernisé avec un appui technique israélien.
Selon les analyses publiées par le média spécialisé espagnol Escudo Digital, le protocole d’accord de 2021 a jeté les bases d’une architecture sécuritaire globale englobant le renseignement, le partage d’informations sensibles, la formation militaire et le soutien logistique mutuel. Ce cadre juridique a rapidement ouvert la voie à des acquisitions technologiques d’une grande sophistication. Parmi les bénéficiaires de premier plan de ces contrats figurent les Forces terrestres royales marocaines, dont l’équipement a été modernisé par l’intégration du système de défense aérienne multicouche Barak MX, acquis en 2022 auprès d’Israel Aerospace Industries pour un montant avoisinant les 500 millions de dollars.
Une militarisation de tout le territoire
D’après les données fournies par la publication spécialisée, le système antimissile et antiaérien Barak MX déploie une portée opérationnelle comprise entre 35 et 150 kilomètres. Son centre de commandement névralgique a été implanté sur la nouvelle base militaire de Sidi Yahya El-Gharb, située à environ 200 kilomètres de l’enclave de Ceuta. Conçue pour faire face à des menaces complexes, cette infrastructure permet d’intercepter des aéronefs, des drones kamikazes, des missiles de croisière ainsi que des vecteurs balistiques tactiques, en s’appuyant sur des intercepteurs de types MRAD, LRAD et ER, couplés au radar multifonction ELM-2084 MMR.
Dans le secteur de l’artillerie lourde, l’année 2025 a marqué un tournant avec l’acquisition par le Maroc de 36 obusiers automoteurs Atmos 2000 de calibre 155 mm, conçus par la firme israélienne Elbit Systems et capables de neutraliser des cibles à plus de 40 kilomètres de distance. Concernant l’artillerie roquette, Rabat a également jeté son dévolu sur le système PULS, obtenant entre 8 et 12 unités à travers un contrat estimé à environ 150 millions de dollars.
Le volet aérien non piloté occupe une place centrale dans cette stratégie d’acquisition. Le royaume a considérablement étoffé son parc de drones tactiques avec des modèles tels que le WanderB et le ThunderB de BlueBird Aero Systems, ainsi que l’Hermes 450 d’Elbit Systems. Ces appareils viennent compléter les flottes de drones de classe MALE déjà opérationnelles, à savoir l’Hermes 900 d’Elbit Systems et le Heron 1 d’Israel Aerospace Industries. Ces vecteurs aériens sont stratégiquement basés sur des sites clés dédiés à la surveillance de la façade atlantique et des zones désertiques intérieures, notamment sur les plateformes de Ben Guerir, de Dakhla et de l’aéroport de Mahbes, situé à proximité immédiate de la frontière algérienne.
Le partenariat technologique s’étend également aux domaines sensibles de la cybersécurité et du renseignement électronique. Avec le concours d’experts israéliens, le Maroc s’est doté de logiciels hautement controversés, à l’instar du redoutable spyware Pegasus développé par le Groupe NSO, dont l’utilisation a été documentée dans des opérations de piratage téléphonique ciblant des milliers de personnalités tant marocaines qu’internationales, aux côtés des solutions NightHawk d’Interionet Systems et UFED de la société Cellebrite.
Dans une perspective de suprématie informationnelle à long terme, le rapport indique que Rabat a formalisé l’achat de deux satellites d’observation et de reconnaissance Ofek 13 auprès d’Israel Aerospace Industries. Estimé à près d’un milliard de dollars, ce contrat prévoit des livraisons échelonnées jusqu’à la fin de la décennie en cours, au détriment des offres traditionnelles formulées par les industriels européens Airbus et Thales.
Au-delà des simples transactions commerciales et des contrats d’armement, cette alliance s’est profondément institutionnalisée à travers des instances de concertation pérennes. Le Comité militaire conjoint bilatéral maroco-israélien institutionnalise des réunions annuelles régulières depuis 2020 afin de maintenir un dialogue stratégique permanent entre les états-majors des deux pays.
Le site d’information espagnol a révélé qu’à l’issue de la dernière session de ce comité, qui s’est tenue à Tel-Aviv en janvier 2026, les deux parties ont formellement structuré leur coopération sectorielle autour de quatre piliers fondamentaux : l’innovation technologique et industrielle, la préparation opérationnelle des troupes, le renseignement couplé à la cyberdéfense, ainsi que le développement capacitaire à long terme des forces armées.
Cette mutation structurelle démontre que le partenariat a définitivement rompu avec la logique des achats ponctuels pour s’inscrire dans une alliance militaire institutionnalisée et durable. Plusieurs observateurs avertis avaient déjà souligné que cette interconnexion sécuritaire s’accompagnait de la construction d’infrastructures militaires spécialisées sur le sol marocain, allant de stations d’interception et de renseignement électromagnétique jusqu’à des sites industriels destinés à l’assemblage et à la fabrication de drones militaires.
Cette alliance marocaine avec l’entité sioniste a également pour ambition de s’en prendre au voisin de l’Est qu’Israël et les Emirats considèrent comme l’ennemi à abattre.
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- 985 words · 5 min read
- Published
- September 20, 2026
- Byline
- Kamel Mansari
- Source
- Le Jeune Indépendant