
La communauté mouride est en deuil. Le décès de Serigne Mbaye Guèye Syll marque la disparition d’une figure connue pour son engagement constant dans la connaissance, la sauvegarde et la vulgarisation de l’histoire du mouridisme. Passionné d’histoire religieuse et particulièrement attaché à la mémoire de Cheikh Ahmadou Bamba, il avait consacré une grande partie de sa vie à la recherche et à la transmission du legs de Serigne Touba. Natif de Darou Mouhty, Serigne Mbaye Guèye Syll s’était progressivement imposé comme un chercheur et conférencier particulièrement actif sur les questions liées au mouridisme. Un portrait publié en 2021 le présentait comme un homme profondément attaché aux valeurs de Mame Thierno Birahim Mbacké, le frère cadet de Cheikh Ahmadou Bamba. Après plusieurs expériences à l’étranger, notamment en Italie, aux États-Unis et dans d’autres pays africains, il avait choisi de se consacrer davantage à la vulgarisation de l’histoire et de l’héritage de Borom Darou et de Cheikh Ahmadou Bamba.
Chez
Serigne Mbaye Guèye Syll
, l’histoire n’était pas seulement une matière à raconter. Elle constituait un véritable engagement. Ses recherches sur le mouridisme avaient commencé dès 1978, selon un entretien publié par SenePlus. Il s’était notamment intéressé aux archives coloniales afin de confronter les récits transmis oralement aux documents historiques. Ses recherches l’avaient conduit jusqu’en France, où il dit avoir consulté des archives relatives à la période coloniale et aux persécutions visant Cheikh Ahmadou Bamba et ses disciples. Cette démarche d’archiviste a nourri plusieurs ouvrages. Parmi ses publications figure notamment Cheikh Ahmadou Bamba, que sont devenues celles qui ont essayé d’entraver sa mission ?, consacré aux rapports entre le fondateur du mouridisme et l’administration coloniale. L’ouvrage entendait remettre en lumière le rôle des différents responsables coloniaux et de leurs relais dans les épreuves traversées par Serigne Touba. Son travail ne s’est toutefois pas limité aux relations entre Cheikh Ahmadou Bamba et le pouvoir colonial. Serigne Mbaye Guèye Syll s’était également intéressé aux débats historiques autour du mouridisme. Avec Seydina Omar Bâ, il avait notamment publié un ouvrage consacré aux « erreurs et inexactitudes » relevées dans la thèse de Rawane Mbaye sur Cheikh Ahmadou Bamba. Il plaidait pour que les Mourides investissent davantage l’écriture et la recherche afin de préserver leur histoire et de la transmettre aux générations futures.
Au-delà de ses livres, Serigne Mbaye Guèye Syll était aussi connu pour ses nombreuses conférences et interventions publiques. Il s’exprimait aussi bien au Sénégal qu’au sein de la diaspora. En 2025 encore, il intervenait dans des rencontres consacrées à l’histoire et à la mémoire mourides, preuve d’une activité intellectuelle restée soutenue jusqu’à une période récente. Son discours était marqué par une volonté de défendre ce qu’il considérait comme l’authenticité du récit mouride, tout en encourageant les fidèles à retourner aux sources. Pour lui, la connaissance constituait un moyen essentiel de préserver le patrimoine spirituel et historique légué par Cheikh Ahmadou Bamba. Avec sa disparition, le mouridisme perd ainsi un homme de recherche, de mémoire et de transmission. Ses livres, ses conférences et ses travaux consacrés à l’histoire de Serigne Touba constituent désormais une partie de l’héritage qu’il laisse derrière lui. Pour de nombreux disciples, son décès ouvre surtout une nouvelle responsabilité : poursuivre le travail de documentation et de transmission auquel il avait consacré plusieurs décennies de sa vie.