Interdiction des sachets plastiques : à Conakry, l’eau potable devient un luxe
Depuis l'interdiction des sachets plastiques en Guinée, le sachet d'eau double de prix, les bouteilles s'arrachent et les ménages de Conakry trinquent.

Depuis le 20 septembre, les sachets plastiques à usage unique sont interdits en Guinée. Dans les quartiers de Conakry, la mesure a brutalement bouleversé le commerce de l’eau : les producteurs d’eau en sachet ont cessé leur activité, les vendeurs de bouteilles écoulent leurs stocks en quelques jours et les prix grimpent. Pour les ménages modestes, privés d’eau du robinet depuis des années, la facture s’alourdit.
Dans une rue fraîchement goudronnée de la commune de Matoto, une douzaine de tricycles motorisés sont alignés de part et d’autre de la chaussée, moteurs éteints. D’ordinaire, à cette heure de la matinée, ils sillonnent déjà la ville chargés de paquets d’eau. « Là, nous ne produisons plus. Tout est arrêté », lâche un jeune employé, désœuvré devant l’usine de conditionnement d’eau en sachet qui l’emploie.
Ce silence est la conséquence directe de l’interdiction des sachets plastiques à usage unique, entrée en vigueur le 20 septembre. Le sachet d’eau de 40 cl, boisson la plus accessible de la capitale, a presque disparu des étals officiels.
Ruée sur l’eau minérale en bouteille
À l’autre bout de la ville, à Kenien, dans la commune de Dixinn, le changement profite à d’autres. Sur la ruelle animée qui mène au centre commercial Laye Kébé, Diallo, vendeur d’eau minérale, a vu sa clientèle exploser. Ses bouteilles, longtemps boudées, s’arrachent : quelques jours après l’entrée en vigueur de la mesure, il ne lui reste que quelques paquets.
« Depuis l’annonce de la mesure, les ventes ont doublé. Avant, seuls quelques clients achetaient des bouteilles pour les bureaux. Maintenant, tout le monde en achète. Hier, j’ai presque épuisé mon stock », se réjouit-il.
Le commerçant reste pourtant prudent. Il redoute une flambée des prix : « En Guinée, dès qu’une marchandise est très demandée, les prix augmentent. »
Le prix du sachet d’eau double sur le marché parallèle
La hausse a déjà commencé pour le sachet d’eau. À quelques mètres de là, une vendeuse continue d’en proposer, discrètement. Le sachet de 40 cl, vendu 500 francs guinéens (GNF) il y a encore quelques jours, s’échange désormais à 1 000 GNF.
« On ne le dit pas. Je ne veux pas que les gens sachent que j’en ai, au risque d’avoir des problèmes », confie-t-elle.
Les commerçants d’emballages plastiques pris à la gorge
Amadou, grossiste en emballages et sacs plastiques, subit lui aussi le renchérissement. « Hier, on m’a vendu le ballot de sachets à 500 000 GNF, alors que je le payais 400 000 auparavant », explique-t-il. Il a dû répercuter la hausse : les deux sachets qu’il cédait à 500 GNF sont désormais vendus 1 000 GNF.
Sans autre source de revenus, il ne voit pas d’issue. « C’est le seul commerce que je fais. Je ne sais plus quoi faire avec cette interdiction. Qu’est-ce que je vais vendre ? »
Pour les ménages modestes, boire coûte désormais plus cher
Côté consommateurs, l’addition s’alourdit. Un conducteur de taxi-moto résume l’équation : « Avant, après un plat de riz, un ou deux sachets d’eau suffisaient. Maintenant, il faut acheter une bouteille de 50 cl à 3 000 francs. Et même ça, ça ne suffit pas. »
Petits formats et eau de forage : les solutions de repli
Pour limiter la dépense, certains se rabattent sur les bouteilles de 33 cl. Mohamed, croisé un paquet sous le bras, l’a payé 15 000 GNF ; l’unité se revend 2 000 GNF. « Il n’y a pas le choix », ironise-t-il.
Dans les concessions, d’autres puisent l’eau de forage, le plus souvent chez un voisin mieux loti.
L’eau du robinet, grande absente à Conakry
L’interdiction met en lumière une défaillance plus ancienne : l’accès à l’eau courante. À Kenien, comme dans la plupart des quartiers de Conakry, la Société des eaux de Guinée (SEG) est quasiment absente. Les robinets sont à sec depuis des années.
« Nous avons de l’eau au robinet à tour de rôle, mais elle est impropre à la consommation. Par moments, c’est une eau boueuse et nauséabonde qui coule », témoigne un habitant de Yimbaya.
En août, un reportage de la Radiodiffusion Télévision Guinéenne (RTG) a révélé une pénurie de pompes doseuses nécessaires au traitement de l’eau distribuée par la SEG depuis Yessoulou. « Sur six pompes, une seule fonctionne depuis près d’un an », y déplorait une technicienne.
Privés d’un réseau public fiable, et désormais du sachet bon marché, les Conakrykas n’ont jamais aussi bien compris pourquoi l’on surnomme l’eau potable « l’or bleu ».
Ibrahima Sory Diallo pour guinee7.com
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- 774 words · 4 min read
- Published
- September 30, 2026
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- Guinee7.com
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- Guinee7