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Le football ivoirien avait-il vraiment besoin de changer de sélectionneur après une CAN remportée et une qualification historique pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde ?
La décision de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF) de remplacer Emerse Faé par Hervé Renard pose une question que l’on ne peut éluder : pourquoi changer une dynamique qui, malgré ses imperfections, produisait des résultats ?
Soyons clairs : Hervé Renard est un entraîneur de qualité. Son palmarès africain est remarquable. Champion d’Afrique avec la Zambie en 2012 et la Côte d’Ivoire en 2015, il connaît les exigences du football africain et la pression qui accompagne la direction des Éléphants.
Mais précisément parce que son arrivée est prestigieuse, il faut poser la question essentielle : constitue-t-elle réellement une progression sportive par rapport à Emerse Faé ?
Faé n’avait-il pas gagné le droit de continuer ?
Emerse Faé a pris les commandes des Éléphants dans un contexte particulièrement difficile. Il a réussi là où beaucoup auraient pu échouer : remettre l’équipe sur les rails et conduire la Côte d’Ivoire au sacre continental.
Il a ensuite participé à la qualification pour la Coupe du monde 2026 et permis aux Éléphants de franchir pour la première fois la phase de groupes d’un Mondial.
Un tel bilan ne signifie évidemment pas que Faé était intouchable.
Un sélectionneur doit être évalué en permanence. Il faut analyser ses choix tactiques, la gestion du groupe, les résultats, la progression des joueurs et la capacité à préparer l’avenir.
Mais lorsqu’un entraîneur obtient des résultats aussi importants, la logique sportive commande généralement de lui donner la possibilité de poursuivre son travail, sauf raisons sérieuses et clairement établies.
C’est précisément là que le bât blesse.
Pourquoi cette rupture ?
La FIF doit répondre clairement à cette interrogation.
Pourquoi ne pas avoir reconduit Faé ?
La réponse ne peut pas se limiter à dire qu’Hervé Renard possède davantage d’expérience.
L’expérience est un atout, certes. Mais le football n’est pas une addition de palmarès.
Un entraîneur qui connaît parfaitement son groupe, qui a gagné avec lui et qui possède déjà une relation de confiance avec les joueurs possède lui aussi un capital extrêmement précieux.
Changer d’entraîneur, c’est prendre le risque de détruire une partie de ce capital.
Et ce risque est d’autant plus important pour une équipe nationale que les joueurs ne se retrouvent que quelques jours ou quelques semaines par an.
Renard devra faire mieux que Faé
Hervé Renard arrive donc avec une obligation implicite : justifier le changement.
Il ne lui suffira pas d’obtenir des résultats corrects.
Il devra démontrer que la Côte d’Ivoire peut franchir un nouveau palier sous sa direction.
Cela signifie être compétitif à la CAN, progresser dans les grandes compétitions internationales, renouveler intelligemment l’effectif et maintenir les Éléphants parmi les meilleures nations africaines.
S’il y parvient, la décision de la FIF sera légitimée par les résultats.
Dans le cas contraire, les interrogations seront inévitables.
Et elles seront d’autant plus fortes que Faé aura laissé derrière lui un bilan difficile à contester.
Le danger d’un retour en arrière
Le plus grand risque n’est pas nécessairement Renard lui-même.
Il serait plutôt dans la tentation de faire table rase du travail de Faé.
Le nouvel entraîneur devra résister à cette tentation.
Pourquoi modifier systématiquement ce qui fonctionne ?
Pourquoi bouleverser l’équilibre d’un groupe qui a déjà démontré ses capacités ?
La meilleure stratégie pourrait être de conserver les acquis de Faé tout en y ajoutant l’expérience et la rigueur de Renard.
Renard ne doit pas chercher à effacer Faé. Il doit chercher à faire mieux que lui.
Cette nuance est fondamentale.
Le football ivoirien mérite mieux qu’une succession de cycles
Cette affaire révèle surtout un problème plus profond : la Côte d’Ivoire doit-elle construire son football autour des entraîneurs successifs ou autour d’une véritable politique sportive ?
Un grand pays de football ne peut pas recommencer son projet à chaque changement de sélectionneur.
Il faut une vision à moyen et long terme.
La formation des jeunes, le championnat national, la détection, la préparation physique, la médecine sportive, les infrastructures, la formation des entraîneurs et la relation entre clubs et sélections doivent faire partie d’une stratégie cohérente.
Le sélectionneur doit être le pilote d’un projet, et non le projet lui-même.
La FIF joue désormais gros
En faisant le choix d’Hervé Renard, la FIF a placé la barre très haut.
Elle doit maintenant assumer ce choix.
Si les Éléphants gagnent et progressent, personne ne contestera la décision.
Mais si les résultats se dégradent, une question reviendra avec insistance :
Fallait-il vraiment se séparer d’Emerse Faé ?
Cette question ne doit pas être considérée comme une attaque contre la FIF.
Au contraire, elle relève du débat normal sur la gouvernance du football ivoirien.
Les dirigeants d’une fédération ont le droit de prendre des décisions difficiles. Mais ils ont également le devoir de les expliquer et de démontrer qu’elles répondent à un véritable projet sportif.
Notre conviction
Nous ne devons donc pas condamner Hervé Renard avant même qu’il ait commencé son travail.
Mais nous ne devons pas non plus considérer sa nomination comme automatiquement synonyme de progrès.
Le palmarès de Renard appartient au passé. Le défi ivoirien appartient au présent et à l’avenir.
Emerse Faé avait construit une dynamique.
Hervé Renard doit maintenant démontrer qu’il peut la prolonger, l’améliorer et lui donner une nouvelle dimension.
La FIF a choisi la rupture plutôt que la continuité.
C’est son droit. Mais c’est désormais sa responsabilité.
Et le meilleur arbitre de cette décision ne sera ni la FIF, ni les supporters, ni les journalistes.
Ce sera le terrain.
Car au bout du compte, une seule question permettra de juger cette décision :
Les Éléphants seront-ils réellement meilleurs avec Hervé Renard qu’ils ne l’auraient été avec Emerse Faé ?
Rendez-vous sur le terrain.
Par notre chroniqueur Antoine Kemonsei
akemonsei1@ yahoo. fr
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