Origine, traditions, histoires des familles, organisation, transformations… La mémoire de Beyla racontée par Elhadj Louncenou Kourouma
Entre mémoire des premiers peuplements, héritage patriarcal et évolution administrative, Beyla porte une histoire façonnée par les familles fondatrices et les transformations de la société. Elhadj Louncenou Kourouma, instituteur à la retraite et ancien maire de la ville, est revenu sur les origines du nom de cette localié, le rôle de Diakolidou, les traditions ancestrales et les différentes étapes de son évolution administrative. Ce témoignage éclaire une partie de l’histoire de cette ville de la Guinée forestière.
L’histoire de Beyla est étroitement liée à celle des villages qui l’entourent et aux familles qui ont contribué à leur peuplement. Selon Elhadj Louncenou Kourouma, instituteur de profession à la retraite et ancien maire de Beyla, l’origine du nom de la ville remonte à l’époque de la pénétration coloniale. Il évoque notamment le village des Bérété, situé dans l’actuelle ville.
Selon son récit, le nom Beyla est issu d’une déformation du mot « Bérétéla », nom donné par les habitants de ce village lors du passage des colonisateurs.
« Quand le colon faisait sa pénétration vers notre zone, par coïncidence, il est passé par le petit village situé à côté, qui était occupé par les Bérété, les Candé, etc. Selon eux, les fondateurs de Beyla sont les Bérété. Quand on leur a posé la question : comment s’appelle votre village ? Ils répondaient : nous sommes à Bérétéla. Par déformation du mot Bérétéla, cela a donné le nom Beyla, qui s’est étendu à toute la région administrative de Beyla », a-t-il expliqué.
Pour l’ancien maire, cette explication doit toutefois être distinguée de l’histoire des différents villages qui composent aujourd’hui la préfecture. Il insiste sur le fait que chaque localité possède sa propre histoire et ses propres fondateurs.
« Chaque village a son fondateur. À quelque deux ou trois kilomètres d’ici, se trouve le village des Bérété. Mais la plus grande ville, le grand centre de l’époque, c’était Diakolidou, qui constituait la plus grande agglomération d’alors », a-t-il précisé.
Dans son témoignage, Elhadj Louncenou Kourouma accorde une place particulière à Diakolidou. Selon lui, cette localité occupait une position importante avant que Beyla ne prenne progressivement sa place dans l’organisation administrative.
« C’est là que le colon blanc a séjourné et habité. Le cercle se trouvait à Diakolidou. Les fondateurs de ce village sont bien les Kourouma. Ce sont eux qui ont fondé Diakolidou, qui était la plus grande agglomération par rapport aux localités environnantes », a-t-il dit.
Il a rappelé également que plusieurs familles vivaient autrefois à Moussadougou, avant que certaines ne décident de s’installer dans d’autres localités.
« Nous étions tous à Moussadougou. Mais certains ont pris l’initiative de quitter ce lieu pour aller s’installer ailleurs. Le premier village qui s’est détaché fut Gnèla, situé à environ cinq kilomètres d’ici. Après Gnèla, ce fut Beyla, en deuxième position. Après Beyla, ce fut Diakolidou », a-t-il raconté.
Ce doyen a apporté toutefois une précision sur l’ordre d’arrivée des différentes communautés dans la zone.
« Par ordre d’arrivée, les Bérété sont venus avant nous dans cette partie. Mais nous étions tous à Moussadougou », a-t-il souligné.
Pour lui, l’histoire de Beyla ne saurait donc être réduite à celle d’une seule famille ou d’un seul village.
« Quand vous dites Beyla, cela regroupe toute la préfecture. On ne peut pas attribuer la fondation d’une préfecture à un village. Chaque village a son fondateur. Quand nous allons d’un village à un autre, nous constatons que chaque localité a été fondée par une famille donnée. On ne peut pas généraliser cette appellation », a insisté l’ancien maire.
Au-delà des origines de la ville, Elhadj Louncenou Kourouma revenu sur l’organisation sociale qui prévalait autrefois dans les villages de la région. Il décrit une société structurée autour du patriarcat, dont l’autorité occupait une place centrale dans la gestion des affaires communautaires.
« La société était organisée selon le système patriarcal. Le patriarcat dominait et transcendait tous les problèmes de la société. Il était presque religieusement respecté par tous et par chacun. Personne ne défiait le patriarche. C’était presque lui le roi du village, et tout le monde obéissait à ses ordres », a-t-il expliqué.
Cette organisation a conservé son influence jusqu’à l’indépendance de la Guinée. Certaines de ses pratiques demeurent encore présentes dans plusieurs villages.
« Le patriarcat a duré jusqu’à l’indépendance. Même maintenant, ce phénomène existe dans beaucoup de villages, parce que c’est une organisation multiséculaire. S’en débarrasser en un clin d’œil n’est pas possible. Mais il y a une évolution et des changements qui interviennent dans le mode de vie des villages », a-t-il indiqué.
L’ancien maire estime ainsi que les traditions ne disparaissent pas brutalement. Elles évoluent au fil du temps, sous l’effet des transformations sociales et des nouvelles pratiques.
Parmi les pratiques traditionnelles qu’il évoque, la présentation des noix de cola lors des démarches matrimoniales occupe une place importante. Selon lui, cette étape ne constituait pas une simple formalité. Elle permettait d’informer les membres de la famille et de préparer leur implication dans la vie future du couple.
« Quand un prétendant venait présenter les noix de cola, celles-ci étaient soumises à l’examen de toute la famille. Le prétendant était alors tenu de passer de clan en clan. Tous ceux qui étaient, par exemple, des Kourouma devaient être rencontrés pour une reconnaissance », a-t-il dit.
Cette démarche avait une signification sociale précise. Elle permettait à chaque membre de la famille de connaître l’union projetée et de reconnaître les liens de responsabilité qui en découlaient.
« Cela avait une signification, parce qu’il pouvait arriver qu’il y ait des problèmes entre le mari et sa femme. Il pouvait également se trouver qu’un membre de la famille réside dans une localité éloignée. Puisque tout le monde avait pris connaissance de l’union, chacun devait intervenir en responsable, comme le père de la fille, et agir en son lieu et place », a-t-il indiqué.
Elhadj Louncenou Kourouma insiste sur la portée de cette pratique, qui permettait de préserver les liens familiaux et de faciliter la résolution d’éventuels différends conjugaux.
« C’est pour cela qu’on présentait les noix de cola à chaque groupe. Un jour, si vous avez des problèmes avec votre femme et qu’un membre de sa famille se trouve sur place, il peut prendre ses responsabilités et trancher entre vous. Ce n’était pas une question de mesquinerie, mais une question de responsabilité. En l’absence du père, un autre pouvait se substituer à lui. C’est le but de cette présentation sous plusieurs toits », a-t-il précisé.
À travers cette explication, il met en lumière une conception du mariage qui dépassait le cadre du couple. L’union engageait les familles et s’accompagnait d’un mécanisme traditionnel de médiation et de responsabilité collective.
L’histoire de Beyla est également marquée par plusieurs transformations administratives. Elhadj Louncenou Kourouma situe les premières étapes de cette évolution à l’époque coloniale, lorsque la ville avait le statut de cercle.
« Beyla était d’abord un cercle colonial vers les années 1890. Après le départ des colons, Beyla a conservé son statut administratif. À l’indépendance, les préfectures d’alors étaient appelées régions administratives. Après le cercle, Beyla est donc devenue une région administrative », a-t-il expliqué.
L’ancien maire a rappelé ensuite les changements intervenus sous le premier président de la Guinée indépendante, Ahmed Sékou Touré, qui ont modifié l’organisation territoriale du pays.
« Après les changements intervenus sous le gouvernement du premier président Ahmed Sékou Touré, les régions ont été érigées en préfectures. Ce que nous appelons aujourd’hui les sous-préfectures était auparavant appelé arrondissements. Il y a eu cette évolution », a-t-il conclu.
De l’époque des premiers peuplements aux mutations de l’administration territoriale, en passant par les règles qui encadraient la vie familiale, le témoignage d’Elhadj Louncenou Kourouma retrace plusieurs dimensions de l’histoire de Beyla. Il rappelle surtout que la mémoire de cette ville ne se limite pas à son nom ou à son statut administratif. Elle repose aussi sur l’histoire de ses villages, de ses familles fondatrices et des traditions qui ont longtemps organisé la vie de ses habitants.
Érigée en région administrative en août 2026, la ville de Beyla, située au sud-est de la Guinée, est composée de quatre préfectures : Beyla, qui en est le chef-lieu, Sinko, Kouankan et Karala. Selon les données récentes du Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH-4), la préfecture de Beyla compte environ 511 095 habitants. L’économie locale repose principalement sur l’agriculture et l’élevage, auxquels s’ajoute l’exploitation minière, notamment dans la zone du mont Simandou, qui abrite d’importantes ressources minérales.
De Beyla, Kaïn Naboun Traoré envoyé spécial de Guineematin.com
Tél : (+224) 621144891
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- 1,443 words · 7 min read
- Published
- October 31, 2026
- Byline
- Mamadou Yaya Diallo
- Source
- Guineematin.com