
Historiquement, le « Tourou Mbossé » a toujours été célébré un lundi après-midi, en plein hivernage. Le rituel est traditionnellement effectué à « Wakh Niominka », un lieu situé à proximité du port de Kaolack, près du marché au poisson. KAOLACK – Le « Bar Mbossé » compte plusieurs emplacements dans la ville de Kaolack. […]
Historiquement, le « Tourou Mbossé » a toujours été célébré un lundi après-midi, en plein hivernage. Le rituel est traditionnellement effectué à « Wakh Niominka », un lieu situé à proximité du port de Kaolack, près du marché au poisson.
KAOLACK – Le « Bar Mbossé » compte plusieurs emplacements dans la ville de Kaolack. On parle notamment de sites sacrés qui abritent aujourd’hui des services comme la Rts Kaolack, la Gouvernance, le Conseil départemental ou encore le Port.
Mais le rituel est traditionnellement effectué à « Wakh Niominka », un lieu situé à proximité du port de Kaolack, non loin du marché aux poissons. Le choix de l’eau n’est pas fortuit. Selon les descendants de « Mbossé », elle constitue l’un des éléments fondamentaux de la tradition.
Le cérémonial se déroule dans les eaux du Saloum et non simplement sur la terre ferme. Les femmes de la lignée familiale jouent également un rôle central dans son accomplissement.
C’est vers 18h passées que débute la cérémonie, pour se terminer au crépuscule, juste avant la tombée de la nuit.
« Ce lieu appelé ‘’Wakh Niominka’’ est un berceau du Saloum. C’est ici que le rituel a lieu chaque année et cela ne change pas. Chaque participant au rituel doit être vêtu de blanc. Les rites sont dirigés par une femme, épaulée dans les tâches par des cousins, cousines ou sœurs de la même famille », raconte un membre de la famille.
Les offrandes sont ainsi déposées dans les eaux du Saloum. Elles sont constituées notamment de galettes de riz et de lait caillé, auxquels s’ajoutent d’autres éléments dont seule la famille connaît la composition et la nature.
Le tout est accompagné de petites calebasses. Celles qui les portent doivent être de petites filles n’ayant pas encore atteint l’âge de la puberté.
Ainsi, la prêtresse s’engouffre dans l’eau, accompagnée de quelques membres de la famille chargés de l’épauler.
« Après les offrandes, une partie est versée dans la mer et commence la purification dans l’eau avec la prêtresse. Les vœux sont ensuite formulés, puis vient le bain rituel. C’est l’occasion de purifier certaines personnes malades qui viennent de très loin pour assister à cette cérémonie traditionnelle sérère », raconte notre interlocuteur.
Après un long rituel, la prêtresse prie pour un bon hivernage, mais aussi pour l’abondance et la prospérité.
Selon les témoignages recueillis, durant cet instant solennel, il est possible que le génie se manifeste et apparaît.
« Le génie peut apparaître, mais les autres ne le verront pas. Seuls quelques membres de la famille pourront le voir. Le génie est une femme, une présence physique ayant une forme humaine comme vous et moi. Elle n’est pas le varan que l’on voit, mais ce reptile la symbolise. Cette manifestation du génie est réelle, mais secrète », explique l’un des petits-fils de Mbossé.
Malgré l’usure du temps, Mbossé Coumba Djiguène continue de jouer un rôle dans la mémoire des Kaolackois.
Pour Cheikh Mbacké Sarr, membre de la famille de Mbossé, le « Tourou Mbossé » constitue un important patrimoine culturel de Kaolack. Au-delà de la cérémonie, il s’agit d’un moment de recueillement au cours duquel des prières sont formulées pour la paix, la concorde et la bonne marche du pays.
Interrogé sur ceux qui assimilent ce rituel à des pratiques animistes, M. Sarr rappelle que chacun est libre de s’interroger, mais que les personnes qui connaissent l’histoire et la tradition du ‘’Mbossé’’ y restent profondément attachées.
« Le Mbossé, c’est notre histoire », affirme-t-il, soulignant que de nombreux participants reviennent chaque année après avoir, selon eux, vu leurs vœux exaucés.
Concernant le choix du lundi après-midi pour la célébration, Cheikh Mbacké Sarr rappelle qu’il s’agit d’une tradition respectée depuis longtemps.
Toutefois, il estime qu’une évolution est désormais nécessaire. Face à l’ampleur croissante de l’évènement, il propose l’instauration d’une semaine culturelle du ‘’Mbossé’’.
Une telle initiative permettrait, selon lui, de mieux valoriser ce patrimoine, d’attirer davantage de visiteurs et de faire profiter toute la région des retombées culturelles et économiques de la manifestation.
Par Mamadou THIAM (Correspondant)
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