Menace de grève générale : Le Premier ministre, Al Aminou Lô, face à la bombe à retardement
Le moratoire de trois mois, sollicité par le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, suffira-t-il à désamorcer la contestation sociale ? Au lendemain de la rencontre avec le gouvernement, le Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT) maintient son plan d'action et confirme sa marche nationale du 20 octobre, suivie d'une grève générale de 72 heures. La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), tout en appelant à préserver le dialogue, juge insuffisants les résultats du

Le moratoire de trois mois, sollicité par le Premier ministre, Ahmadou Al Aminou Lô, suffira-t-il à désamorcer la contestation sociale ? Au lendemain de la rencontre avec le gouvernement, le Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT) maintient son plan d'action et confirme sa marche nationale du 20 octobre, suivie d'une grève générale de 72 heures. La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES), tout en appelant à préserver le dialogue, juge insuffisants les résultats du Pacte national de stabilité sociale. Entre engagements non exécutés, revendications persistantes et inquiétudes du patronat, l'apaisement reste suspendu à des actes concrets. Le dialogue social traverse une nouvelle zone de turbulences. Jeudi 15 octobre, lors de la deuxième réunion du comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable, le chef du gouvernement a appelé les partenaires sociaux à observer un moratoire de trois mois sur les grèves annoncées. Signé le 1er mai 2025, le Pacte devait offrir un cadre de concertation entre l'État, les organisations syndicales et les employeurs. Dix-sept mois plus tard, sa mise en œuvre peine à dissiper les tensions. Le Premier ministre a assuré que les engagements de l'État seront respectés « à l'aune du rétablissement de nos moyens », selon les termes rapportés par la Primature. Il a également annoncé la création, à partir de décembre, de comités de dialogue social dans tous les ministères. L'objectif affiché est de prévenir les conflits et de faciliter le règlement des différends avant qu'ils ne débouchent sur des mouvements de grève. Mais ces assurances n'ont pas convaincu les organisations syndicales. Réunis en assemblée générale vendredi 16 octobre à la Bourse du travail de la CNTS, à Keur Madia, les responsables du FSDT ont confirmé leur détermination à poursuivre la mobilisation. Pour Mody Guiro, secrétaire général de la CNTS et coordonnateur du comité de pilotage du Front, les discussions ont permis d'exposer les revendications, sans modifier la position des travailleurs. « Lorsqu'on négocie, on ne se fie pas seulement aux paroles, il faut des actes écrits et consignés », a-t-il insisté. Le FSDT réclame la réintégration des travailleurs licenciés, l'application des accords conclus dans l'éducation, la santé, les collectivités territoriales, la justice et les transports, et le respect des engagements du Pacte social. Ses revendications portent aussi sur la généralisation de l'indemnité de logement de 100 000 francs CFA aux contractuels concernés, le recrutement de 3 700 agents de santé prévu en 2027 et la revalorisation des pensions de retraite. Le Front demande le maintien du contrat à durée déterminée à deux ans au maximum, renouvelable une seule fois, ainsi que la restauration du consensus obtenu sur les codes du travail et de la sécurité sociale.
Le patronat réclame des garanties
À ces exigences s'ajoutent la baisse des prix des denrées de grande consommation, des loyers et des transports. Autant de préoccupations qui dépassent les seuls rapports entre l'administration et les syndicats et renvoient au pouvoir d'achat des ménages, à la précarité de l'emploi et aux conditions de vie des travailleurs. La mobilisation s'organise déjà. Le FSDT maintient sa marche nationale du mardi 20 octobre, avec un rassemblement prévu à 15 heures à la FASTEF et une arrivée au rond-point Jet d'Eau. Le Front observera ensuite une grève générale de 72 heures, les 21, 22 et 23 octobre. Il appelle les travailleurs à tenir des assemblées générales sectorielles pour préparer ces actions. Tout en réaffirmant sa disponibilité à poursuivre les discussions, il refuse de suspendre son mouvement sans avancées tangibles. Le secteur de l'éducation est l'un des principaux foyers de tension. Le G7, qui regroupe sept syndicats de l'enseignement, a annoncé une grève totale les 21, 22 et 23 octobre pour dénoncer les retards dans l'application du protocole d'accord signé avec le gouvernement le 16 avril 2026. Les syndicats évoquent des indemnités impayées, des retards de salaire pour certains enseignants contractuels, des difficultés liées au calendrier de la FASTEF et le versement tardif des fonds destinés à la formation diplômante universitaire. Ils estiment que le faible niveau d'exécution des accords menace déjà la stabilité de l'année scolaire 2026-2027, alors que les élèves ont repris le chemin des classes le 12 octobre. Le malaise ne concerne pas uniquement les enseignants. Les revendications touchent les personnels de santé, les agents des collectivités territoriales, les retraités et les travailleurs confrontés aux licenciements ou à la dégradation de leurs conditions d'emploi. Le Front syndical déplore par ailleurs l'absence de négociations ouvertes sur les préavis de grève déposés. La défiance ne se limite pas aux organisations de travailleurs. Dans un communiqué publié vendredi 16 octobre, la Confédération nationale des employeurs du Sénégal, présidée par Abdel Kader Ndiaye, a salué « l'engagement personnel du Premier ministre, son ouverture au dialogue et son souci de sauvegarder le pacte de stabilité ». Elle considère cependant que les résultats obtenus demeurent « bien en deçà des attentes du secteur privé national ». La CNES dénonce des modifications unilatérales de certains arbitrages gouvernementaux relatifs à la réforme des codes du travail et de la sécurité sociale. Elle demande que l'évaluation du Pacte repose sur « le principe du contradictoire et une approche tripartite », afin de renforcer la transparence et la confiance entre les parties. Le patronat insiste sur l'apurement intégral et accéléré des créances dues aux entreprises, en particulier dans les secteurs des bâtiments et travaux publics, de l'énergie et des services. Il réclame un soutien aux entreprises fragilisées par les retards de paiement de l'État, ainsi qu'une lutte plus résolue contre la concurrence déloyale. À l'approche des mouvements annoncés, Abdel Kader Ndiaye lance « un appel pressant à la paix sociale et à la poursuite du dialogue ». Pour la CNES, « seules une méthode de suivi transparente et les garanties économiques apportées au secteur privé permettront de stabiliser durablement le pays ». Le constat est préoccupant pour l'avenir du Pacte national de stabilité sociale. Si le dispositif de suivi fait état de 71 % des engagements réalisés, les retards persistants alimentent la défiance. Le 1er octobre, le directeur général de la Fonction publique, Ibrahima Dieng, reconnaissait lui-même qu'« on ne peut pas dire qu'il y a un respect total des engagements ». Il citait le retard dans le partage de la réforme du système de rémunération des agents de l'État et les indemnités dues aux correcteurs des examens. Le
gouvernement
se trouve confronté à une double exigence. Il lui faut préserver le dialogue social tout en apportant des réponses concrètes aux revendications des travailleurs et aux difficultés des entreprises. Un moratoire de trois mois ne pourra produire d'effets que s'il s'accompagne d'un calendrier précis, d'engagements écrits et d'un suivi transparent. Le FSDT maintient la pression, tandis que la CNES réclame une évaluation plus rigoureuse du Pacte. Les deux organisations divergent dans leurs moyens d'action, mais leurs déclarations convergent sur un point : la nécessité de transformer les engagements en résultats vérifiables.
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- Length
- 1,148 words · 6 min read
- Published
- October 17, 2026
- Byline
- Diack Sall
- Source
- Senenews