Programme international pour le suivi des acquis des élèves: Le Sénégal, hors classement, mais au cœur des questions
La publication de septembre 2026, de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa 2025), montrant une baisse du niveau de ces derniers en mathématiques et en lecture, a suscité moult commentaires, comparaisons et classements. À l’heure de la refondation, celle-ci mérite réflexion. Le Sénégal ne participe pas au Programme international […]
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**La publication de septembre 2026, de l’enquête du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa 2025), montrant une baisse du niveau de ces derniers en mathématiques et en lecture, a suscité moult commentaires, comparaisons et classements. À l’heure de la refondation, celle-ci mérite réflexion. **
Le Sénégal ne participe pas au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa). Mais son absence de ce classement ne remet pas en cause les questions de cette enquête étrangère sur son système éducatif. À l’heure de la refondation, elles méritent une discussion publique centrée sur une exigence essentielle : ce que les élèves comprennent et savent faire avec leurs connaissances. Les résultats Pisa 2025 suscitent, dans de nombreux pays, des analyses, des appréciations et des critiques de spécialistes de l’éducation et d’enseignants. Les performances observées, les méthodes et les limites de l’enquête sont discutées. Le Sénégal peut prendre part à cette réflexion sans transposer sur ses élèves des résultats qui ne les concernent pas directement. Pisa examine principalement la compréhension de l’écrit, la culture mathématique et la culture scientifique des élèves de quinze ans. Son intérêt tient à une exigence : apprécier leur capacité à mobiliser leurs acquis devant des situations qui demandent de comprendre, de raisonner et de justifier une réponse.
La refondation éducative appelle aussi un débat philosophique, sociologique, culturel, anthropologique et politique sur le modèle d’école que nous souhaitons construire et sur les citoyens qu’elle doit contribuer à former. Ce débat sur les finalités de l’éducation gagne, cependant, à s’articuler à une exigence fondamentale : assurer à chaque élève la compréhension de l’écrit, la maîtrise du raisonnement mathématique et l’initiation à la démarche scientifique. Ces apprentissages constituent des points d’appui indispensables pour accéder aux savoirs, exercer son jugement et participer de manière éclairée à la vie collective. L’orientation serait donc de penser ensemble les finalités de notre école et les apprentissages fondamentaux qui permettent de les réaliser.
Réfléchir sur les pratiques pédagogiques En compréhension de l’écrit, notre interrogation devrait dépasser la capacité à déchiffrer ou à restituer un passage. L’élève sait-il dégager l’idée principale d’un texte, relier plusieurs informations, comprendre ce qui demeure implicite et apprécier la solidité d’un argument ? Peut-il confronter deux documents qui présentent des versions différentes d’un même fait ? Ces capacités conditionnent également l’apprentissage des autres disciplines et l’exercice d’une citoyenneté éclairée. Pour le Sénégal, cela pose une question précise sur les langues d’enseignement. Une difficulté devant un problème mathématique ou scientifique peut provenir de la formulation de la consigne. Il faut donc distinguer ce qui relève de la compréhension linguistique de ce qui relève du raisonnement disciplinaire. L’articulation entre langues nationales et français devrait être appréciée aussi selon la capacité à faciliter la compréhension, l’explication et la progression des apprentissages.
En mathématiques, savoir appliquer une formule est nécessaire. Encore faut-il reconnaître quand et pourquoi l’utiliser. Un élève peut-il comparer deux prix, calculer une proportion, interpréter un graphique ou vérifier si un résultat est plausible ? Notre enseignement doit examiner le passage entre la maîtrise des procédures et la compréhension des situations auxquelles elles répondent. En sciences, la restitution des connaissances doit s’accompagner d’un apprentissage de la démarche. L’élève sait-il formuler une hypothèse, interpréter une observation, distinguer une preuve d’une opinion et expliquer les limites d’une conclusion ? Des questions liées à l’eau, à la santé ou à l’environnement peuvent fournir des situations concrètes pour exercer ce raisonnement. L’ambition d’une société éducative prend ici un sens précis : multiplier, autour de l’école, les occasions de développer ces capacités.
Les bibliothèques et les familles peuvent soutenir la lecture et la discussion des textes. Les activités quotidiennes peuvent donner du sens aux proportions, aux mesures et aux calculs. Les médias peuvent rendre accessibles les démarches scientifiques en expliquant comment une connaissance est établie et vérifiée. Cette responsabilité partagée doit renforcer des apprentissages identifiés, avec une attention particulière aux enfants disposant de moins de ressources. Le Sénégal dispose également d’évaluations du Programme d’analyse des systèmes éducatifs de la Confemen (Pasec), dont les résultats doivent nourrir ses choix.
Les populations et les méthodes diffèrent de celles de Pisa : leurs éclairages doivent être croisés avec rigueur, en tenant compte de nos réalités linguistiques, sociales et scolaires. Une initiative utile serait de réunir enseignants, chercheurs et responsables éducatifs autour de trois questions : quelles difficultés de compréhension, de raisonnement mathématique et de démarche scientifique nos évaluations révèlent-elles ? Quelles pratiques pédagogiques permettent d’y répondre ? Comment vérifier les progrès, notamment chez les élèves les moins favorisés ? La presse nationale pourrait ouvrir et suivre ce débat. La refondation engage une vision de la société et de son avenir. Sa réalisation suppose que chaque enfant acquière les moyens de comprendre, de raisonner et de juger par lui-même. Être hors classement ne signifie pas être hors des questions.
Par Lamine NIANG
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About this article
- Length
- 803 words · 4 min read
- Published
- September 18, 2026
- Byline
- Cheikh Gora DIOP
- Source
- Soleil