- Église MFD : Deborah Valetudie déchue de toutes ses fonctions

L'Église MFD destitue la prophétesse Deborah de Montréal pour « faits très graves ». Après Axel Levi, un nouveau scandale ébranle l'institution.
En moins de 48 heures, l'Église Mission Faiseur de Disciples a destitué deux figures majeures de son leadership. La prophétesse Deborah en est la dernière victime. Mais personne ne sait pourquoi.
L'Église Mission Faiseur de Disciples (MFD) a destitué la prophétesse Deborah Valetudie, responsable de l'antenne de Montréal, de toutes ses fonctions ministérielles avec effet immédiat. La décision a été annoncée le 29 septembre 2026 par le Conseil d'administration de l'Église, dans un communiqué évoquant des « faits très graves ». La nature exacte de ces faits n'a pas été précisée.
Cette décision intervient moins de 48 heures après la destitution de l'Apôtre Axel Levi et de son épouse Laurine, cofondateurs de l'Église. Un double séisme qui laisse la communauté évangélique francophone sans voix.
Une sanction d'une sévérité inédite
Le communiqué de la MFD, publié le 29 septembre 2026, ne mâche pas ses mots. « Suite à de très graves fautes, une mesure disciplinaire a été prise », peut-on lire. La prophétesse Deborah est « destituée de toutes ses fonctions ministérielles au sein de l'Église MFD Montréal avec effet immédiat ».
L'Église y affirme « se désolidariser de toutes formes d'abus de tout genre » et promet de ne « cautionner », « minimiser » ni « tolérer aucun comportement portant atteinte à l'intégrité, à la dignité ou à la sécurité des personnes, quels que soient le statut ou les responsabilités de la personne concernée ».
Un ton d'une fermeté que le même Conseil n'avait pas employé pour Axel Levi. Pour l'Apôtre et son épouse, le communiqué avait été plus pudique. Là, la MFD a choisi l'artillerie lourde. Elle a même ouvert une adresse dédiée (eglise.mfd@gmail.com) pour recueillir les signalements d'abus spirituels.
Le mystère des « faits très graves »
C'est la question que tout le monde se pose. Qu'a fait la prophétesse Deborah ?
Nous avons épluché les communiqués, les articles, les posts sur les réseaux sociaux. Aucune source officielle ne donne la nature des faits reprochés. Le communiqué parle de « fautes très graves ». Pas un mot de plus. Ni abus sexuel, ni abus spirituel, ni détournement. Rien.
Le contraste avec l'affaire Axel Levi est frappant. Pour le pasteur et chantre ivoirien, les accusations ont circulé avant même la sanction : des fidèles l'auraient accusé, lors du culte du dimanche 27 septembre, d'avoir eu des relations avec plusieurs femmes de l'assemblée. Lui-même a publié une lettre ouverte le 27 septembre 2026, reconnaissant des relations sexuelles consenties avec certaines femmes de l'Église et avec des femmes extérieures. Il a demandé pardon, assumé ses actes, et annoncé son intention de poursuivre en justice ceux qu'il accuse de diffamation.
Pour Deborah, rien. Pas de mise en cause publique avant la sanction. Pas de lettre ouverte. Pas de témoignage. Juste un communiqué de deux paragraphes qui la jette aux oubliettes.
Une source proche du dossier, qui a requis l'anonymat, évoque « un dossier sensible, différent de l'affaire Axel Levi ». Elle refuse d'en dire plus. « Ce n'est pas à moi de communiquer là-dessus. »
Ce que l'on sait de la prophétesse Deborah
Le site officiel de la MFD la présente comme « prophétesse et responsable de l'antenne montréalaise aux côtés de l'évangéliste Romain ». Elle était l'une des figures montantes de l'institution au Canada.
La communauté MFD de Montréal rassemble une part importante de la diaspora francophone d'Afrique subsaharienne. Le lundi 29 septembre, la nouvelle de sa destitution s'est répandue comme une traînée de poudre dans les groupes WhatsApp et les fils Facebook. « On ne sait même pas ce qu'elle a fait. C'est ça le pire », confie une fidèle montréalaise jointe par téléphone. Elle n'a pas souhaité donner son nom.
Un timing qui interroge
La sanction tombe à un moment charnière. En l'espace d'une semaine, l'Église MFD est passée de mouvement charismatique en pleine croissance à institution sous le feu des projecteurs pour des raisons qui n'ont rien de spirituel.
Le 27 septembre, culte à vif. Des accusations fusent. Axel Levi est suspendu de toutes ses fonctions. Son épouse Laurine l'est également. Le 28 septembre, les communiqués officiels tombent. Le 29 septembre, Deborah est destituée à son tour.
Trois jours. Deux figures majeures de la MFD, dont le cofondateur, mis à l'écart. Pour une institution qui prêche la sainteté et la transformation, le contraste est brutal.
Certains y voient une purge. D'autres, une réaction à la hauteur d'une crise de confiance. Une fidèle de longue date, jointe par messagerie, résume : « On nous parle de transparence et de responsabilité. Mais on ne nous dit rien. »
La stratégie de communication qui fait débat
Pourquoi communiquer publiquement sur des faits que l'on refuse de nommer ?
C'est la question qui divise au sein de la communauté évangélique. D'un côté, la MFD affiche sa fermeté. Elle se dit intraitable face aux abus. Elle ouvre une cellule d'écoute. Elle invite les victimes à se signaler. Des gestes forts, dans un contexte où les Églises évangéliques sont régulièrement accusées d'étouffer les affaires internes.
De l'autre, l'institution communique sans dire. Elle jette le nom d'une responsable en pâture publique, en refusant de préciser ce qu'on lui reproche. Pour une prophétesse, dans une communauté où le nom est un capital spirituel, c'est une mise à mort professionnelle.
Nous avons tenté de joindre le Conseil d'administration de la MFD pour obtenir des précisions. Sans succès. Une demande envoyée par courriel à l'adresse indiquée dans le communiqué n'avait pas reçu de réponse au moment de publier cet article.
L'affaire Axel Levi, en toile de fond
Pour comprendre la portée de la sanction contre Deborah, il faut mesurer celle qui a visé Axel Levi.
Le pasteur ivoirien, cofondateur de la MFD, est une figure de proue de l'évangélisme francophone. Sa lettre ouverte du 27 septembre 2026 a sidéré ses fidèles. « Je reconnais avoir eu des relations sexuelles consenties avec certaines femmes de l'église, mais également avec des femmes extérieures à l'église. Je n'ai jamais agressé, violé ou exercé de pression sur aucune des personnes concernées », écrit-il.
Il demande pardon, dit assumer ses actes, annonce des poursuites judiciaires contre ceux qu'il accuse de diffamation. Il précise que le prophète Jonathan Gambela n'a aucun lien avec les faits qu'il reconnaît.
L'artiste gospel KS Bloom a réagi publiquement, adressant un message de soutien à Axel Levi : « Je condamne ton acte mais le fait d'avoir posé la mauvaise action ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais. » Une prise de parole qui a elle-même fait débat.
Ce que cela dit de la MFD
Au-delà des personnes, c'est le modèle de gouvernance de la MFD qui est aujourd'hui sur la sellette.
Fondée sur les versets de Matthieu 28:19-20 et la mission de « faire des disciples », l'Église s'est développée comme un réseau décentralisé, avec des antennes en Europe, en Afrique et au Canada. Son succès repose largement sur la personnalité de ses fondateurs et sur une communication digitale très active.
Mais ce modèle a une faille : il concentre le pouvoir et l'exemplarité sur quelques figures. Quand l'une d'elles tombe, l'onde de choc est proportionnelle à son exposition.
La double crise actuelle met en lumière une question que les Églises évangéliques françaises et canadiennes évitent soigneusement : comment sanctionner des responsables tout en respectant la dignité des personnes mises en cause ? Comment communiquer sur des abus sans tomber dans le tribunal public ?
Pour la MFD, la réponse se joue en ce moment. Elle pourrait se relever. Elle pourrait aussi se fracturer.
À l'heure où nous écrivons ces lignes, la MFD n'a publié aucun communiqué supplémentaire. L'antenne de Montréal fonctionne, selon plusieurs fidèles, « au ralenti ». Deborah Valetudie n'a pas pris la parole publiquement.
Une chose est sûre : le silence de l'Église sur les faits reprochés à la prophétesse Deborah pèse plus lourd que n'importe quel communiqué. Dans une institution qui prêche la vérité, le vide laisse place à toutes les spéculations. Et les spéculations, sur les réseaux sociaux, ne pardonnent pas.
Pourquoi la prophétesse Deborah a-t-elle été destituée ?
L'Église MFD évoque des « faits très graves » sans en préciser la nature. Aucune information officielle n'a filtré sur ce qu'on lui reproche. Son cas semble distinct de l'affaire Axel Levi, mais l'institution n'a pas confirmé de lien entre les deux dossiers.
Qui est la prophétesse Deborah ?
Deborah Valetudie était responsable de l'antenne MFD de Montréal, présentée sur le site officiel de l'Église comme prophétesse, aux côtés de l'évangéliste Romain. Elle a été destituée de toutes ses fonctions ministérielles le 29 septembre 2026.
Qu'est-ce que l'Église MFD ?
La Mission Faiseur de Disciples est une Église évangélique fondée par Axel Levi et son épouse Laurine. Elle est présente en France, en Afrique et au Canada. Son nom vient de la mission de « faire des disciples » inspirée de Matthieu 28:19-20. Elle est très active sur les réseaux sociaux.
Le sacre du pasteur Axel Levi a-t-il été confirmé ?
Axel Levi a reconnu dans une lettre ouverte du 27 septembre 2026 avoir eu des relations sexuelles consenties avec plusieurs femmes de son Église et extérieures à celle-ci. Il a été suspendu de toutes ses fonctions pour une durée indéterminée, tout comme son épouse Laurine.
About this article
- Length
- 1,556 words · 8 min read
- Published
- September 30, 2026
- Byline
- Onana Nestor
- Source
- Camer.be