Le mot « terrorisme » accolé à Maurice : quelle image à l’international ?
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En poursuivant des émeutiers sous la Prevention of Terrorism Act, l’État a sans doute voulu montrer sa fermeté. Il a aussi, sans peut-être le mesurer, accolé à Maurice un mot que le pays n’avait jamais associé à son nom : terrorisme. Et ce mot, une fois posé dans des accusations officielles, ne reste pas entre les murs d’un tribunal. Il voyage, bien plus loin et bien plus vite que les images de pneus brûlés.
La différence est d’abord juridique : la loi antiterroriste est l’arme la plus lourde de l’arsenal, et l’appliquer à des jeunes pris avec une bouteille ou un sabre pose une question de proportion que les tribunaux trancheront. Mais il existe une seconde conséquence, moins commentée et peut-être plus durable : l’effet du label sur l’image du pays. Car la planète ne lira pas le détail des charges mauriciennes. Elle retiendra un titre, une dépêche, une ligne : « Maurice poursuit des suspects pour terrorisme. »
Or ce mot est précisément celui que surveillent les chancelleries, les assureurs et les voyagistes. Les avis aux voyageurs des grandes capitales, ceux-là mêmes qui orientent des millions de réservations, se construisent sur des signaux officiels. Des émeutes sont un trouble passager ; une procédure antiterroriste est un classement. Le premier se referme avec le retour au calme ; le second laisse une trace dans les bases de données consulaires, dans les clauses d’assurance voyage, dans les grilles de risque pays. La fermeté affichée à usage interne devient, vue de l’extérieur, un signal d’alerte.
Ce risque, une voix de poids l’a pointé ce dimanche. Face à la presse, le leader du Fron Militan Progresis, Paul Bérenger, a dressé un constat sévère : « Le pays va très mal. » Passant en revue les incidents de la semaine, l’ancien adjoint de Navin Ramgoolam juge la situation du « law and order » grave, et plus préoccupant encore le fait que les émeutiers soient poursuivis au titre de la loi antiterroriste. S’appuyant sur l’analyse de l’ancien Attorney General Rama Valayden, il souligne qu’une telle décision envoie « un mauvais signal au monde », et invite le Premier ministre à réfléchir avant de décider. Son avertissement rejoint le cœur du problème : le danger ne vient pas seulement de ce qui s’est passé dans les rues, mais du mot que l’État a choisi pour le qualifier.
Le paradoxe est cruel pour une destination comme la nôtre. Maurice ne vend pas seulement le soleil ; elle vend la tranquillité, cette promesse d’une île sûre où il ne se passe rien de grave. C’est ce capital-là que la qualification de terrorisme vient entamer, non pas parce que des actes de terreur auraient eu lieu, mais parce que l’État lui-même a choisi d’employer le mot. En voulant frapper fort les auteurs des violences, les autorités ont pris le risque de frapper, du même coup, la réputation qu’elles sont censées protéger.
Il y avait, pourtant, d’autres chemins. Les infractions de droit commun — désordre public, dégradation, attroupement illégal — permettaient de sanctionner les faits sans leur coller une étiquette de portée mondiale. Choisir la POTA, c’est préférer le symbole de la sévérité à la discrétion de l’efficacité. À court terme, cela rassure peut-être une partie de l’opinion. À moyen terme, cela nourrit un récit, à l’étranger, où Maurice cesse d’être l’exception paisible de l’océan Indien pour rejoindre la liste des pays où l’on parle de terrorisme.
Dans le même échange avec la presse, Paul Bérenger a également salué la démission du député Sydney Pierre du Parti travailliste, qu’il a qualifiée de courageuse. Il a rappelé que ce dernier avait été révoqué de son poste de ministre délégué au Tourisme — alors qu’il connaissait le secteur mieux que son titulaire, selon lui — pour n’avoir pas voté la réforme des pensions. Deux dossiers distincts, une même grille de lecture dans la bouche du leader du FMP : celle d’un pouvoir qui sanctionne la dissidence et manie des instruments disproportionnés. Les vitres brisées se remplacent en une semaine. Le mot « terrorisme », une fois prononcé par l’État et relayé dans le monde, met beaucoup plus de temps à s’effacer.
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- October 18, 2026
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- IONNEWS