France - DÉDICACE : DENISE NGUENE, LA MAGICIENNE DES MOTS, A OFFERT UNE MAGISTRALE SOIRÉE LITTÉRAIRE

Hier soir, nous avons célébré un livre dont la présentation s’est rapidement transformée en un véritable instant de communion intellectuelle, un moment privilégié où la pensée s’est élevée grâce à la puissance des mots, retrouvant ainsi toute sa profondeur et sa force originelle, tandis que la littérature s’affirmait, une fois encore, comme l’une des plus nobles expressions de l’esprit humain. Oui… il faut le clamer tout haut ; ce samedi 17 octobre 2026, à la Maison des jeunes de Corbeil-Essonnes, nous avons célébré la littérature avec un grand L. Nous avons surtout découvert, ou redécouvert, une femme dont la plume possède cette force pénétrante qui caractérise les écrivains habités par une véritable nécessité d’écrire.
Denise Nguene, connue également sous son nom de plume Histey, appartient à cette famille de poètes et de romancières qui ne se contentent pas de raconter le monde, mais qui cherchent à en pénétrer les profondeurs, à en dévoiler les contradictions et à faire surgir, derrière les apparences ordinaires de l’existence, les vérités que les hommes préfèrent parfois tenir à distance. Ce fut une journée de fête, une fête de l’intelligence, de la sensibilité et de la mémoire africaine, dans cette Europe où les communautés venues d’ailleurs éprouvent parfois le besoin de retrouver, à travers les livres, quelque chose de la terre qu’elles ont quittée. A l’origine de ce magnifique rassemblement se trouvait la présentation officielle de son nouveau roman, « La Lionne du Mboa n’a pas dit son dernier mot », une œuvre dont le titre, à lui seul, annonce déjà les audaces, les résistances et les interrogations qui traversent la pensée de son auteure. Denise Nguene avait convié ses lecteurs, ses amis, ses pairs et les amoureux de la culture à cette première rencontre-dédicace.
Mais ce qui aurait pu demeurer une cérémonie littéraire ordinaire s’est progressivement transformé en un véritable colloque intellectuel, tant les échanges furent riches, les interventions passionnées et les réflexions profondes. Le public, venu nombreux, ne s’était pas simplement déplacé pour obtenir une signature sur la première page d’un livre. Il était venu rencontrer une pensée, interroger une conscience, comprendre une écriture et découvrir ce qui se cache derrière cette voix féminine dont les mots ont parfois surgi comme des éclairs dans la nuit des certitudes humaines. Dès les premières interventions, une atmosphère particulière s’est installée dans la salle. Monsieur Fabrice, animateur et présentateur de cette rencontre, a conduit les échanges avec une attention qui a permis à l’auteure de développer librement sa pensée. Denise Nguene a répondu avec une remarquable aisance aux nombreuses questions qui lui furent adressées.
Il fallait la voir expliquer les ressorts de son imagination, défendre ses personnages, revenir sur les intentions de son écriture et éclairer les interrogations d’un public manifestement conquis. Il y avait chez elle cette intelligence tranquille des écrivains qui connaissent le poids de chaque mot, mais également cette vivacité propre aux poètes dont la pensée ne se laisse jamais enfermer dans les limites d’une réponse conventionnelle. Denise approfondissait les réponses, les prolongeait jusqu’à faire apparaître d’autres interrogations. A plusieurs reprises, ses réponses ont donné à la rencontre la dimension d’une véritable leçon de littérature, sans jamais perdre cette simplicité humaine qui permet aux grandes idées de rejoindre les préoccupations de chacun. Il faut dire que Denise Nguene n’est pas une romancière qui écrit pour remplir des pages ou simplement distraire ses lecteurs.
Elle écrit parce qu’elle a quelque chose à dire aux femmes âgés, parce qu’elle porte en elle des souvenirs, des blessures, des indignations et des espérances qui réclament leur place dans le monde. Sa littérature ne se satisfait ni des facilités du langage ni des complaisances de la pensée. Elle possède une écriture majuscule, au sens le plus noble du terme, une écriture qui dérange parfois, interroge souvent et refuse de laisser le lecteur dans le confort de ses préjugés. Il y a dans sa manière de raconter une puissance singulière, une façon de faire entrer les personnages dans notre conscience jusqu’à ce qu’ils deviennent presque des êtres familiers.
Ses phrases savent sourire, mais elles savent également gronder. Elles peuvent prendre la douceur d’une confidence avant de se transformer en une critique impitoyable. Voilà pourquoi je considère Denise Nguene comme une véritable magicienne des mots, une poète romancière capable de faire cohabiter la tendresse et la révolte, l’humour et la gravité, la nostalgie et l’espérance. Son roman nous transporte dans un village paisible où vit une veuve sexagénaire, une femme qui fait le bonheur de ses pensionnaires et contribue, à sa manière, à l’équilibre de la communauté qui l’entoure. Tout semble installé dans la tranquillité d’une existence que l’âge aurait définitivement organisée. Pourtant, au fond de cette femme, quelque chose demeure vivant, indocile et profondément humain.
Un jour, elle éprouve le désir de remettre son cœur en service, de retrouver les émotions que les conventions sociales voudraient réserver à la jeunesse et d’ajouter un peu de piment à une vie que certains imaginent déjà arrivée à son dernier chapitre. Dans ce pays tropical où le piment n’est pas seulement une épice, mais presque une philosophie de l’existence, cette aspiration devient le point de départ d’une aventure humaine aussi savoureuse que troublante. Entre l’arrivée de son fils venu d’Europe avec un projet susceptible de bouleverser les habitudes du village et l’apparition de mystérieux courriers qui réveillent les sentiments de la vieille lionne, le récit ouvre un espace romanesque où l’amour, le vieillissement, la solitude, la famille et les conventions sociales se rencontrent dans une succession de situations qui invitent autant au sourire qu’à la réflexion.
L’une des grandes originalités de Denise Nguene réside précisément dans cette audace de réintroduire la romance au troisième âge, dans un environnement social où la vieillesse féminine demeure trop souvent associée au renoncement affectif. Pourquoi une femme devrait-elle cesser d’aimer parce que ses cheveux ont blanchi ? Pourquoi faudrait-il considérer que les années écoulées ont définitivement refermé les portes du désir, de la tendresse et du bonheur ? Pourquoi la société accorde-t-elle si volontiers aux hommes vieillissants des libertés sentimentales qu’elle regarde avec suspicion lorsqu’elles concernent les femmes ? En plaçant une veuve sexagénaire au centre de son récit, Denise Nguene soulève des questions qui dépassent largement les frontières du Cameroun.
Elle rappelle que l’âge ne constitue pas une condamnation à l’effacement, que la vieillesse n’est pas une défaite de l’existence et que le cœur humain ne se soumet pas toujours aux calendriers établis par les conventions sociales. Son héroïne devient ainsi une figure de résistance contre les préjugés, une femme qui revendique le droit de continuer à vivre pleinement, à rire, à aimer et à espérer. Mais ce roman ne se réduit nullement à une histoire sentimentale. Il porte en lui une réflexion beaucoup plus vaste sur la société africaine contemporaine, ses mutations, ses contradictions et les transformations provoquées par les migrations.
Denise Nguene observe avec une remarquable finesse les comportements de certains Africains installés en Europe qui retournent périodiquement dans leur pays d’origine. A travers la figure du « Mbenguiste », elle introduit une satire sociale dont la portée mérite une attention particulière. Le retour au pays devient parfois une véritable représentation théâtrale où les vêtements, les parfums, les voitures louées, les dépenses ostentatoires et les récits embellis de la vie européenne servent à construire une image de réussite. Certains reviennent comme s’ils devaient absolument convaincre leur entourage que l’Europe les avait transformés en personnages exceptionnels. Ils oublient momentanément les difficultés de leur quotidien, les sacrifices consentis, la solitude des longues soirées d’hiver et les contraintes économiques qui accompagnent souvent l’existence des immigrés.
Dans cette mise en scène des apparences, Denise Nguene introduit une critique pénétrante de la vanité humaine. L’Europe devient moins un territoire géographique qu’un prestige social que l’on exhibe. Le voyageur, partagé entre deux mondes, se retrouve prisonnier du regard des autres et de cette étrange obligation de paraître heureux, même lorsque la réalité de son existence demeure marquée par les désillusions. À travers l’humour, les situations familières et les comportements parfois excessifs de ses personnages, la romancière dénonce cette comédie sociale sans perdre de vue la dimension profondément humaine de ceux qui la pratiquent.
Elle nous rappelle que l’immigration n’est pas seulement une traversée des frontières. Elle est également une épreuve intérieure, une confrontation permanente entre ce que l’on était, ce que l’on est devenu et ce que les autres attendent que l’on soit. Même les difficultés ordinaires du voyage, notamment les retards et les désagréments rencontrés auprès de certaines compagnies de transport, participent à cette peinture vivante des relations entre l’Afrique et sa diaspora. Le titre du roman mérite, à cet égard, une attention particulière. La lionne n’est pas un animal quelconque dans l’imaginaire. Elle est la marque de la puissance, du courage, de la protection et cette énergie instinctive qui pousse un être vivant à défendre les siens.
Lorsqu’une femme est comparée à une lionne, on lui reconnaît implicitement une force de caractère, une capacité de résistance et une détermination qui la rendent difficile à soumettre. Mais Denise Nguene ajoute à cette image une dimension culturelle essentielle en introduisant le mot « Mboa », qui renvoie, en langue douala, à l’idée de chez soi, de chez nous, du pays auquel on appartient. La lionne devient ainsi une femme enracinée dans une mémoire, une communauté et un univers culturel qui donnent un sens particulier à ses combats. Quant à l’expression « n’a pas dit son dernier mot », elle contient toute la promesse du roman. Elle signifie que rien n’est définitivement terminé, qu’une blessure ne constitue pas nécessairement une défaite et qu’une existence peut toujours connaître un nouveau commencement.
Le dernier mot devient alors celui de la dignité retrouvée, de la liberté reconquise et de cette parole féminine que les habitudes sociales ont parfois cherché à étouffer. C’est précisément cette dimension philosophique et sociale que j’ai voulu mettre en lumière au cours de mon intervention. Invité à présenter une note de lecture accompagnée d’une étude critique de l’œuvre, j’ai souhaité conduire le public au-delà de la seule intrigue romanesque afin de faire découvrir la quintessence de la pensée de Denise Nguene. Il ne s’agissait pas de raconter l’histoire d’une veuve désireuse de retrouver l’amour, mais de montrer comment une romancière parvient, à partir d’une situation apparemment ordinaire, à interroger les fondements d’une société. Nous avons évoqué la solidarité africaine, l’amour, le veuvage, l’immigration, les déceptions humaines, l’abandon des personnes âgées, la pauvreté, les aspirations de la jeunesse et cette nécessité de préserver les valeurs qui constituent l’âme des communautés.
J’ai également insisté sur la liberté du lecteur, car un roman ne se réduit jamais à la seule intention de celui qui l’a écrit. Une fois publié, il entre dans la conscience des autres, suscite des jugements, provoque des interprétations et poursuit une existence que son auteur ne maîtrise plus entièrement. C’est dans cette rencontre entre la pensée de l’écrivain et la sensibilité du lecteur que la littérature révèle l’une de ses plus grandes richesses. Pour comprendre pleinement la démarche de Denise Nguene, il faut également considérer l’espace culturel dans lequel son œuvre prend naissance. Originaire du Cameroun et vivant aujourd’hui en France, elle appartient à cette génération d’écrivains africains dont l’imaginaire se construit à la rencontre de deux univers.
D’un côté se trouve l’Afrique des origines, celle des traditions, des souvenirs familiaux, des langues, des coutumes et des valeurs transmises par les générations précédentes. De l’autre se présente l’Europe du quotidien, avec ses exigences, ses transformations sociales et ses nouvelles manières de penser le monde. Entre ces deux espaces, Denise Nguene ne choisit pas l’effacement de l’un au profit de l’autre. Elle cherche au contraire à établir un dialogue, à préserver ce qui mérite de l’être et à interroger ce qui doit évoluer. Son écriture devient ainsi un instrument de transmission, notamment à destination des enfants de la diaspora qui grandissent parfois loin des réalités culturelles de leurs parents.
À travers les traditions, les habitudes culinaires, les souvenirs et les comportements de ses personnages, elle rappelle que l’identité ne se résume pas à un passeport et que l’éloignement géographique ne devrait jamais conduire à l’amnésie culturelle. Cette préoccupation éducative traverse profondément son œuvre. Lorsque Denise Nguene évoque la nécessité d’éduquer la jeunesse, elle ne formule pas simplement un souhait moral. Elle exprime une responsabilité collective. Une société qui néglige la transmission de ses valeurs finit par fragiliser les fondements de sa propre continuité. La solidarité, l’attention portée aux anciens, le respect de la dignité humaine et la fidélité aux liens familiaux ne sont pas des vestiges d’un passé qu’il faudrait abandonner au nom de la modernité.
Ce sont des ressources morales capables d’accompagner les transformations du monde contemporain. Denise rappelle également, à travers les situations qu’elle met en scène, qu’il ne suffit pas d’exalter les talents de la jeunesse africaine. Encore faut-il lui offrir les moyens de les développer, construire des infrastructures, aménager des espaces d’épanouissement et créer les conditions dans lesquelles les nouvelles générations pourront exprimer pleinement leurs capacités. La littérature devient alors une invitation à regarder au-delà des destins individuels pour interroger les responsabilités de toute une communauté. La rencontre de Corbeil-Essonnes a également offert au public de beaux instants de lecture. Deux lecteurs ont prêté leur voix à des passages choisis du roman, permettant à l’assistance de découvrir autrement la musicalité de cette écriture. Car un texte littéraire possède une vie silencieuse lorsqu’il est parcouru des yeux, mais il acquiert une autre dimension lorsqu’une voix humaine lui restitue son souffle, son rythme et ses inflexions.
Les mots de Denise Nguene semblaient alors quitter les pages pour circuler librement dans la salle. Certaines phrases prenaient une gravité nouvelle, d’autres révélaient une ironie délicieuse, tandis que les images poétiques faisaient apparaître toute la sensibilité de leur créatrice. Ce fut l’un des moments les plus émouvants de cette rencontre, parce qu’il rappelait que la littérature demeure avant tout un art de la parole, une manière de donner une forme sensible aux mouvements les plus secrets de l’âme humaine. La participation de Fédé Madé, coach d’expérience, a également contribué à enrichir cette soirée. Son intervention a apporté un éclairage supplémentaire aux échanges, confirmant que la littérature peut réunir des sensibilités et des parcours différents autour d’une même interrogation sur l’existence humaine. Les nombreuses questions du public ont prolongé cette dynamique. Certains souhaitaient comprendre les motivations profondes de l’auteure, d’autres s’interrogeaient sur les choix de ses personnages ou sur la portée sociale de son récit. Denise Nguene a accueilli ces interrogations avec une disponibilité remarquable, répondant sans détour, parfois avec humour, toujours avec cette conviction qui donne à sa parole une force particulière. À mesure que les discussions progressaient, la rencontre prenait les allures d’une véritable assemblée de la pensée, où chacun pouvait confronter son expérience personnelle à l’univers imaginé par la romancière. En écoutant Denise Nguene et en observant l’intérêt suscité par son œuvre, ma mémoire s’est naturellement tournée vers les grandes figures qui ont donné à la littérature africaine ses lettres de noblesse.
J’ai pensé à Ferdinand Oyono, à Mongo Beti, à Henri Lopes et à tous ces écrivains qui ont compris que la plume pouvait devenir un instrument de connaissance, de liberté et de transformation sociale. J’ai également retrouvé, dans cette atmosphère de ferveur intellectuelle, quelque chose des émotions éprouvées durant ma jeunesse lorsque je découvrais les grandes œuvres de la littérature africaine, notamment celles qui donnaient à nos sociétés une profondeur historique et humaine. Ces écrivains appartiennent à des générations et à des sensibilités différentes, mais ils nous ont transmis une conviction essentielle. La littérature africaine ne saurait se réduire à un simple divertissement. Elle constitue une mémoire vivante, un espace de résistance et un lieu privilégié où les peuples interrogent leur passé pour mieux comprendre leur présent. Denise Nguene s’inscrit, à sa manière, dans cette continuité. Elle ne cherche pas à reproduire les modèles de ses prédécesseurs. Je n’y pense pas, elle apporte sa propre voix, ses propres préoccupations et cette sensibilité féminine qui renouvelle le regard porté sur les réalités africaines. Là où certains écrivains choisissent la dénonciation frontale, elle sait emprunter les chemins de l’humour, de la tendresse et de l’ironie.
Là où d’autres privilégient les grands événements historiques, elle explore les drames de la vie quotidienne, les attentes d’une veuve, les illusions d’un immigré, les blessures d’une famille et les espoirs d’une jeunesse. Elle possède cette faculté rare de faire surgir l’universel à partir du particulier. Une histoire située dans un village camerounais peut ainsi devenir le miroir des préoccupations d’une femme vivant à Paris, à Dakar, à Bruxelles ou ailleurs dans le monde. C’est à cette capacité de franchir les frontières de l’expérience individuelle que l’on reconnaît la portée d’une véritable œuvre littéraire. Il y a surtout chez Denise Nguene une poète qui ne disparaît jamais derrière la romancière. Lorsqu’elle parle on peut écouter la musique intérieure des mots et lorsqu’elle critique, elle conserve le souci de l’image et du rythme.
Sa prose possède cette respiration particulière qui permet à la pensée de circuler entre les émotions et les idées. Elle sait que les mots ne sont pas des instruments destinés à transmettre des informations. Ils peuvent consoler, éveiller, troubler, réconcilier et parfois transformer durablement le regard que nous portons sur le monde. La poésie, chez elle, ne se limite donc pas à la composition de vers. Elle devient une manière d’habiter la langue, de percevoir les réalités humaines et de restituer à l’existence une part de sa profondeur mystérieuse. Voilà pourquoi ses textes continuent de résonner longtemps après leur lecture. Ils demeurent en nous comme certaines mélodies dont on croyait avoir oublié les notes et qui reviennent soudain, au détour d’un souvenir, d’un voyage ou d’une rencontre. Au fil de cette journée, j’ai également pensé à nos amis d’AMACAD et à tous ceux qui, dans la diaspora africaine, s’efforcent de maintenir vivants les espaces de création, de dialogue et de transmission culturelle.
Car une rencontre littéraire comme celle de Corbeil-Essonnes possède une large idée de la promotion d’un ouvrage. Nous sommes des acteurs de la création de la pensée, des passeurs de mémoire et des artisans de cette culture universelle qui se construit par la rencontre entre amis littéraire. Dans une époque où les débats publics semblent parfois dominés par les tensions, les incompréhensions et les affrontements identitaires, voir des femmes et des hommes se réunir autour d’un roman constitue déjà une victoire de l’intelligence sur l’indifférence. Un livre peut encore rassembler ce que les distances géographiques ont séparé. Il peut faire dialoguer les générations, rapprocher les sensibilités et rappeler que les êtres humains possèdent, au-delà de leurs différences, une même capacité d’émotion et de réflexion.
La séance de dédicaces a donné à cette communion sa dimension la plus chaleureuse. Après les analyses, les lectures et les échanges, les lecteurs ont pu retrouver l’auteure dans cette proximité particulière qui fait tout le charme des rencontres littéraires. Un livre tendu, quelques mots échangés, une signature déposée sur une page, et voilà qu’une relation nouvelle se noue entre celui qui écrit et celui qui lit. La dédicace n’est jamais un geste insignifiant. Elle transforme un exemplaire parmi d’autres en un objet singulier, porteur du souvenir d’une rencontre et d’un instant partagé. Ce samedi, les signatures de Denise Nguene ont prolongé la conversation commencée dans la salle. Elles ont permis à chacun d’emporter non seulement un roman, mais aussi quelque chose de cette journée où la littérature avait retrouvé sa fonction première, celle de rapprocher les consciences. En quittant cette rencontre, j’ai éprouvé le sentiment d’avoir assisté à ma toute première belle rencontre littéraire.
Merci, Denise, pour ce livre, pour cette journée et pour cette belle démonstration de la puissance rassembleuse de la littérature. Merci de nous rappeler que l’on peut vieillir sans renoncer à aimer, quitter son pays sans abandonner sa mémoire, traverser les épreuves sans perdre son humour et dénoncer les travers d’une société sans cesser de croire en l’humanité. Par ta plume, le Cameroun parle au monde avec ses blessures, sa tendresse, ses contradictions et sa lumière. Tu nous rappelles également qu’un écrivain ne devient pas grand uniquement parce qu’il maîtrise la langue, mais parce qu’il parvient à donner aux préoccupations humaines une expression qui résiste au temps. Les livres véritablement importants sont ceux qui continuent de nous interroger lorsque nous les avons refermés. Ce samedi 17 octobre 2026 restera, pour moi, l’un de ces moments où la littérature africaine a montré qu’elle possédait encore de magnifiques raisons d’espérer.
À Corbeil-Essonnes, une femme a fait entendre sa voix, une poète a donné de la profondeur aux mots et une romancière a rappelé que les histoires les plus simples peuvent contenir les vérités les plus essentielles. Denise Nguene a présenté un roman. Elle a défendu une certaine idée de la femme, de la vieillesse, de l’amour, de la culture et de la liberté humaine. Elle a montré que la plume pouvait être à la fois une caresse et une révolte, une confidence et une interpellation, un refuge pour la mémoire et une fenêtre ouverte sur l’avenir. Et si sa lionne n’a pas dit son dernier mot, c’est peut-être parce que son auteure elle-même possède encore tant de choses à nous révéler. Car les véritables écrivains ne terminent jamais tout à fait leur conversation avec le monde. Ils la prolongent de livre en livre, de génération en génération, jusqu’à ce que leurs mots deviennent une part de la mémoire des hommes. Denise Nguene, continue d’écrire. La littérature africaine a besoin de ces voix qui osent, de ces plumes qui éveillent et de ces consciences qui refusent de se taire. La lionne du Mboa n’a pas dit son dernier mot, et nous avons désormais de belles raisons d’attendre la suite de son rugissement littéraire
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- Length
- 3,620 words · 18 min read
- Published
- October 18, 2026
- Byline
- Calvin Djouari
- Source
- Camer.be