Quand l’intelligence artificielle devient notre confidente
Substitut L’intelligence artificielle peut nous aider à travailler, à apprendre, à soigner, à créer et à résoudre certains problèmes. Elle peut devenir un formidable outil d’émancipation, à condition de rester un outil. Il fut un temps où nous craignions que les écrans nous éloignent les uns des autres. Nous découvrons aujourd’hui une étape supplémentaire : […]
** Substitut **
L’intelligence artificielle peut nous aider à travailler, à apprendre, à soigner, à créer et à résoudre certains problèmes. Elle peut devenir un formidable outil d’émancipation, à condition de rester un outil.
Il fut un temps où nous craignions que les écrans nous éloignent les uns des autres. Nous découvrons aujourd’hui une étape supplémentaire : des technologies capables non seulement de capter notre attention, mais de dialoguer avec nous, de nous écouter, de nous répondre et parfois de donner l’impression qu’elles nous comprennent. L’intelligence artificielle entre ainsi dans une zone jusque-là réservée à l’humain : celle de l’intime.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien de temps nous passons devant nos écrans. Elle devient plus profonde: à qui parlons-nous lorsque nous sommes seuls ?
L’intelligence artificielle s’installe à une vitesse vertigineuse dans notre quotidien. Elle accompagne les enfants dans leurs apprentissages, aide les étudiants à travailler, assiste les professionnels, produit des textes et des images, répond à des questions médicales ou psychologiques et, de plus en plus, prend place dans nos conversations personnelles.
Cette évolution est fascinante. Mais elle nous oblige à regarder une transformation beaucoup plus silencieuse : celle de notre rapport à l’autre.
La nouvelle solitude
Nous avons longtemps défini la solitude comme l’absence de relations. Notre époque nous oblige à revoir cette définition. On peut désormais être entouré, connecté, sollicité en permanence et pourtant profondément seul.
Nous vivons dans une société saturée de messages, de notifications, d’images et de conversations virtuelles. Mais être constamment connecté ne signifie pas nécessairement être relié.
C’est précisément ici que l’intelligence artificielle introduit une nouveauté majeure. Un être humain peut être absent, fatigué, impatient, indisponible ou en désaccord. Une machine, elle, peut être disponible à toute heure. Elle répond immédiatement. Elle ne manifeste pas d’agacement. Elle peut adapter son langage, son ton et ses réponses à ce que nous lui demandons.
Cette disponibilité permanente peut devenir séduisante, notamment pour les personnes isolées ou fragilisées.
Mais une relation humaine ne repose pas uniquement sur la satisfaction immédiate de nos besoins. Elle repose aussi sur la frustration, la contradiction, l’altérité, le compromis et la réciprocité.
L’autre nous résiste. Il ne pense pas toujours comme nous. Il peut nous décevoir. Il peut nous imposer ses propres limites. Et c’est précisément cette complexité qui participe à notre construction psychologique.
L’enfant face à la machine qui «comprend»
Cette question devient encore plus importante lorsqu’elle concerne les enfants et les adolescents.
Les nouvelles générations ne découvriront pas l’intelligence artificielle à l’âge adulte. Elles grandiront avec elle. Pour les générations précédentes, la technologie était un outil que l’on apprenait à utiliser. Pour les générations qui arrivent, elle risque de devenir un environnement permanent dans lequel on apprend à penser, à communiquer, à se divertir et parfois même à se construire.
La question éducative ne peut donc plus se limiter à : « Combien de temps mon enfant passe-t-il sur son téléphone ?»
Elle doit devenir : «Quelle place la technologie occupe-t-elle dans sa construction émotionnelle?»
Un enfant apprend la confiance à travers une relation réelle. Il découvre la frustration lorsqu’un parent lui dit non. Il développe l’empathie lorsqu’il comprend que l’autre possède des émotions différentes des siennes. Il apprend la responsabilité parce qu’une relation véritable exige de prendre en compte quelqu’un d’autre.
Une intelligence artificielle peut simuler une conversation. Elle peut expliquer, conseiller, rassurer et même donner l’impression d’une présence. Mais elle ne doit pas devenir le substitut de la relation humaine.
De l’économie de l’attention à l’économie de l’attachement
Nous avons beaucoup parlé de l’économie de l’attention. Les plateformes numériques ont appris à retenir notre regard, à anticiper nos préférences et à nous proposer continuellement de nouveaux contenus.
L’intelligence artificielle franchit une nouvelle frontière : celle de l’attachement.
Elle ne cherche plus seulement à ce que nous regardions quelque chose. Elle peut nous donner envie de revenir lui parler.
Cette différence est considérable.
Une technologie qui connaît nos habitudes, nos préférences, nos inquiétudes et nos moments de vulnérabilité peut devenir extrêmement persuasive. Le risque n’est pas que la machine devienne humaine. Le risque est que nous commencions à lui attribuer des qualités humaines qu’elle ne possède pas.
Nous pouvons avoir le sentiment d’être compris sans être réellement compris. Nous pouvons avoir l’impression d’être écoutés sans qu’aucune véritable réciprocité n’existe. Nous pouvons même confondre la disponibilité permanente d’un système avec la présence d’une personne.
C’est ici que la vigilance devient nécessaire.
Le risque d’une société qui ne supporterait plus la frustration
Notre époque est déjà marquée par une recherche croissante de l’immédiateté : réponse immédiate, information immédiate, livraison immédiate, gratification immédiate.
L’intelligence artificielle peut renforcer cette culture de l’instantané.
Or, la construction psychique suppose aussi d’apprendre à attendre.
Attendre une réponse. Supporter un silence. Accepter un désaccord. Traverser une déception. Faire l’effort d’expliquer ce que l’on ressent. Réparer une relation après un conflit.
Ces expériences ordinaires constituent une véritable éducation émotionnelle.
À force de vouloir rendre notre environnement toujours plus confortable, nous risquons paradoxalement de rendre les individus moins tolérants à l’inconfort.
Le problème n’est donc pas que l’intelligence artificielle devienne intelligente. Le véritable enjeu est de savoir si l’être humain continuera à développer son intelligence émotionnelle au même rythme.
Le Maroc face à cette nouvelle étape
Le Maroc entre pleinement dans cette transformation numérique. Notre jeunesse est connectée, entreprenante, curieuse et ouverte aux nouvelles technologies. Cette évolution représente une formidable opportunité pour l’éducation, la santé, l’innovation et l’économie.
Mais notre ambition numérique doit être accompagnée d’une ambition humaine.
Nous devons apprendre à nos enfants à utiliser l’intelligence artificielle sans lui confier leur construction personnelle.
L’école de demain devra enseigner le numérique, mais également l’esprit critique. Elle devra apprendre à distinguer une information d’une manipulation, une réponse plausible d’une réponse fiable, une conversation avec une machine d’une véritable relation humaine.
Les familles auront également un rôle essentiel.
Le contrôle parental ne peut pas être la seule réponse. Interdire ne suffit pas. Il faut expliquer, accompagner, dialoguer et surtout réinvestir les espaces de relation réelle.
Un dîner sans téléphone. Une conversation sans écran. Une activité sportive. Un livre. Une promenade. Un débat familial. Une rencontre intergénérationnelle.
Ces gestes simples deviennent aujourd’hui des actes de résistance culturelle.
Le véritable progrès sera-t-il de nous rendre plus humains ?
Nous avons longtemps imaginé que le progrès technologique nous libérerait du temps. Nous découvrons peut-être que le véritable luxe du XXIe siècle sera autre chose : disposer de temps pour les autres.
L’intelligence artificielle peut nous aider à travailler, à apprendre, à soigner, à créer et à résoudre certains problèmes. Elle peut devenir un formidable outil d’émancipation, à condition de rester un outil.
Car une société technologiquement avancée mais humainement isolée ne serait pas nécessairement une société plus moderne.
Le véritable progrès ne sera pas de remplacer la relation humaine par une relation artificielle. Il sera de permettre à la technologie de nous rendre davantage disponibles pour l’humain.
Nous ne devons donc pas seulement apprendre à nos enfants à utiliser l’intelligence artificielle. Nous devons leur apprendre quelque chose de plus difficile : savoir quand ne pas l’utiliser.
Savoir fermer son écran pour regarder quelqu’un dans les yeux.
Savoir attendre une réponse.
Savoir écouter un silence.
Savoir accepter un désaccord.
Savoir aimer quelqu’un qui n’est pas programmé pour nous comprendre.
Parce qu’au fond, l’intelligence artificielle pourra peut-être apprendre à parler comme nous.
Mais notre responsabilité collective est de faire en sorte que nous n’oubliions jamais comment parler les uns aux autres.
Recevez les dernières actualités d’Aujourd’hui Le Maroc directement sur WhatsApp
Follow the story
About this article
- Length
- 1,248 words · 6 min read
- Published
- October 22, 2026
- Byline
- Imane Kendili
- Source
- Aujourd'hui