LA MARCHE VERTE : QUAND L’HISTOIRE REND JUSTICE À LA PATIENCE DES NATIONS
De l’épopée de 1975 au tournant diplomatique de 2026 : cinquante et un ans de fidélité, de sagesse et de persévérance « En 1975, le Maroc a marché avec son peuple vers son rendez-vous avec l’Histoire. Cinquante et un ans plus tard, toute une nation contemple le chemin parcouru et voit dans les transformations du …
De l’épopée de 1975 au tournant diplomatique de 2026 : cinquante et un ans de fidélité, de sagesse et de persévérance
« En 1975, le Maroc a marché avec son peuple vers son rendez-vous avec l’Histoire. Cinquante et un ans plus tard, toute une nation contemple le chemin parcouru et voit dans les transformations du présent la confirmation de ses convictions. »
Il est des dates que les nations conservent dans leur mémoire. Et il en est d’autres où la mémoire semble soudain rejoindre le cours de l’Histoire, comme si le passé et le présent s’étaient donné rendez-vous pour éclairer ensemble l’avenir.
Ce 6 novembre 2026 appartient à ces moments singuliers.
Cinquante et un ans après la Marche Verte, le Maroc célèbre l’un des événements fondateurs de son histoire contemporaine dans un contexte diplomatique exceptionnel, marqué par les développements entourant la fin du mandat de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental, la MINURSO.
Au-delà des mécanismes institutionnels, c’est une interrogation fondamentale qui émerge : celle du passage d’une longue période de gestion du différend à une nouvelle phase de recherche d’une solution politique durable.
Ces évolutions ne signifient pas, à elles seules, que tous les aspects juridiques et politiques du dossier soient définitivement réglés. Elles témoignent néanmoins d’une transformation du contexte diplomatique dans lequel s’inscrit la question du Sahara.
La portée accordée à cette séquence par le Cabinet Royal traduit la lecture stratégique qu’en fait le Maroc : celle d’une étape importante dans un cheminement diplomatique de plusieurs décennies.
Il est une forme de grandeur propre aux États qui connaissent leur direction : ils n’éprouvent pas le besoin de proclamer chaque avancée comme une victoire définitive. Ils savent que l’Histoire exige davantage que des déclarations. Elle exige de la constance, de la lucidité et la capacité de transformer les acquis en réalités durables.
Et c’est peut-être là que réside toute la singularité de cet anniversaire.
Ce que nos parents ont commencé par leurs pas, notre génération poursuit par le travail, la diplomatie et la fidélité à une conviction transmise.
1975 : lorsque la paix devient une force historique
Le 6 novembre 1975, à l’appel de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II, 350 000 Marocaines et Marocains prennent la direction du Sud, portant le Coran et le drapeau national.
Le monde assiste alors à l’une des mobilisations populaires pacifiques les plus singulières de l’histoire contemporaine.
La Marche Verte ne fut pas simplement un mouvement de foule vers un territoire. Elle fut l’expression d’une rencontre entre la volonté d’un souverain et celle de son peuple, entre une revendication historique et une conception particulière de la puissance nationale.
À une époque où tant de différends territoriaux empruntaient les chemins de la confrontation armée, le Maroc choisissait de placer la mobilisation pacifique au cœur de sa démarche.
Il affirmait ainsi une conviction qui allait durablement marquer sa culture politique : la force d’une nation ne se mesure pas seulement à sa capacité de combattre, mais aussi à celle de défendre ce qu’elle considère comme ses droits sans renoncer à la paix.
Pourtant, rendre hommage à la Marche Verte ne saurait se limiter à l’évocation de cette journée fondatrice.
Derrière cinquante et un ans de fidélité à la cause nationale se trouve une histoire faite de sacrifices, de patience et de responsabilités assumées.
Celle des soldats qui ont servi leur pays dans des circonstances difficiles.
Celle des familles qui ont perdu un être cher.
Celle des générations qui ont porté, chacune à sa manière, le poids d’une question demeurée centrale dans la conscience nationale.
À tous ceux-là, l’Histoire doit une place.
Car les grandes épopées ne sont pas seulement écrites par ceux que l’on voit marcher au premier rang. Elles le sont aussi par ceux qui, dans la discrétion du devoir, permettent à leurs idéaux de traverser le temps.
De Hassan II à Mohammed VI : la continuité d’une vision d’État
La grandeur des nations ne tient pas uniquement à leur capacité de prendre des décisions historiques. Elle réside aussi dans leur aptitude à préserver le sens de ces décisions lorsque les circonstances changent, que les générations se succèdent et que les équilibres internationaux se recomposent.
Feu Hassan II a donné à la Marche Verte sa dimension fondatrice et l’a inscrite au cœur de la mémoire collective marocaine.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI en a prolongé l’esprit à travers une stratégie diplomatique fondée sur la constance des principes, le réalisme des moyens et la recherche de solutions politiques.
Sous Son règne, la diplomatie marocaine a progressivement dépassé la seule défense d’une position pour s’attacher à construire les conditions de son acceptation internationale.
L’Initiative marocaine d’autonomie, présentée en 2007, a incarné cette évolution en proposant une large autonomie des provinces du Sud dans le cadre de la souveraineté marocaine.
Au fil des années, cette proposition a recueilli un soutien international croissant et acquis une place centrale dans les discussions consacrées au règlement politique du différend.
La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025, a constitué une étape importante dans cette évolution, en renforçant la place de l’initiative marocaine dans la recherche d’une solution politique.
Mais au-delà des textes et des résolutions, cette trajectoire révèle une véritable philosophie de l’action diplomatique.
Celle d’un État qui a compris que le temps pouvait devenir un instrument de persuasion.
Que la constance ne signifiait pas l’immobilisme.
Et qu’une conviction nationale pouvait gagner en portée internationale lorsqu’elle s’accompagnait d’une proposition politique crédible.
La diplomatie, dans sa plus haute expression, ne consiste pas seulement à défendre une position. Elle consiste à transformer les conditions dans lesquelles cette position peut devenir une perspective d’avenir.
2026 : après la MINURSO, la responsabilité d’une nouvelle étape
Les développements intervenus à la fin du mois d’octobre 2026 ouvrent une séquence diplomatique dont la portée dépasse la seule question du mandat d’une mission internationale.
Après trente-cinq années de présence de la MINURSO, les évolutions entourant son mandat invitent à reconsidérer les perspectives de règlement d’un différend longtemps marqué par l’enlisement.
La mission avait été instituée dans un contexte politique précis, autour d’un mécanisme de règlement dont la mise en œuvre s’est heurtée, au fil des décennies, à des difficultés persistantes.
La question fondamentale est désormais de savoir comment dépasser les limites de cette période pour construire les conditions d’une solution politique durable.
La fin d’un mandat ne saurait, à elle seule, produire une conclusion juridique définitive. Les responsabilités internationales et les exigences d’une solution négociée demeurent des éléments essentiels de toute perspective de règlement.
Mais il serait tout aussi réducteur de ne voir dans cette évolution qu’un simple épisode administratif.
Car certaines transformations institutionnelles révèlent des déplacements politiques plus profonds.
Dans ce contexte, la position exprimée par le Cabinet Royal revêt une importance particulière.
Elle s’inscrit dans une tradition institutionnelle où les mots sont pesés à l’aune des responsabilités de l’État, et où les avancées diplomatiques sont appréciées à la lumière de leurs conséquences stratégiques.
La véritable question n’est donc pas seulement de savoir quelle page se tourne.
Elle est de déterminer quelle page doit désormais s’écrire.
Car une victoire diplomatique ne trouve son véritable accomplissement que lorsqu’elle devient une solution politique, une stabilité durable et une perspective de paix.
Le Maroc et l’Algérie : lorsque l’avenir doit dépasser le différend
Il serait impossible d’analyser la question du Sahara sans évoquer les relations entre le Maroc et l’Algérie.
Les divergences politiques et stratégiques entre les deux États ont profondément marqué l’évolution de ce dossier et pesé sur les perspectives d’intégration régionale.
Mais l’Histoire ne saurait être réduite à la seule mémoire des désaccords.
Entre les peuples marocain et algérien existent des liens familiaux, culturels, historiques et humains qui précèdent les tensions contemporaines et leur survivront probablement.
Les frontières politiques peuvent séparer les États. Elles n’effacent pas nécessairement ce qui unit les sociétés.
C’est pourquoi la politique de la main tendue, réaffirmée à plusieurs reprises par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, mérite d’être considérée dans toute sa portée stratégique.
Elle repose sur une idée simple, mais exigeante : la stabilité du Maghreb ne pourra durablement se construire sur la perpétuation des antagonismes.
Le développement économique, la sécurité régionale, les défis environnementaux et les aspirations des nouvelles générations appellent une autre ambition.
Celle d’un espace maghrébin capable de dépasser les blessures du passé pour retrouver les voies de la coopération.
Il ne s’agit ni d’effacer les divergences ni de nier les responsabilités politiques.
Il s’agit de reconnaître qu’aucun peuple ne devrait être condamné à hériter indéfiniment des impasses de ses prédécesseurs.
La véritable sagesse politique ne consiste pas à savoir entretenir un différend pendant des générations, mais à posséder, lorsque les circonstances le permettent, le courage de le dépasser.
Consolider les acquis à l’extérieur, approfondir la démocratie à l’intérieur
Les succès diplomatiques peuvent renforcer la position internationale d’un État. Mais leur solidité dépend également de la qualité des institutions, de la confiance des citoyens et de la vitalité du projet national.
La nouvelle phase qui s’ouvre pour le Maroc appelle ainsi une responsabilité qui dépasse le seul champ diplomatique.
Celle de poursuivre l’approfondissement démocratique, de consolider la régionalisation avancée, de renforcer la gouvernance territoriale et de faire progresser l’État de droit.
L’autonomie, envisagée comme un projet politique et institutionnel, ne peut tirer sa force du seul soutien international.
Sa crédibilité dépend également de la capacité du modèle marocain à garantir la représentation, la participation citoyenne, la responsabilité des institutions et la justice territoriale.
L’élargissement des libertés, le respect des droits humains, l’égalité devant la loi et le renforcement de la confiance entre l’État et les citoyens constituent, à cet égard, des exigences essentielles.
Car la souveraineté ne se résume pas à l’autorité exercée sur un territoire.
Elle engage aussi une responsabilité envers celles et ceux qui y vivent.
Une nation ne se construit pas uniquement par la solidité de ses frontières, mais également par la confiance qui unit ses citoyens à leurs institutions.
La plus haute expression de la souveraineté n’est pas seulement qu’un État possède sa terre. C’est que chaque citoyen, où qu’il vive sur cette terre, puisse y trouver sa pleine part de dignité, de droits et d’avenir.
Le Sahara marocain : lorsque le développement devient un langage politique
Le Maroc n’a pas attendu les transformations diplomatiques pour engager le développement de ses provinces du Sud.
Depuis plusieurs décennies, ces territoires connaissent d’importants investissements dans les infrastructures, les transports, la santé, l’éducation et les énergies renouvelables.
Aujourd’hui, cette dynamique s’inscrit dans une ambition stratégique plus large.
Le port de Dakhla Atlantique et l’Initiative Royale visant à faciliter l’accès des États du Sahel à l’océan Atlantique témoignent d’une volonté de faire du Sud marocain un espace de connexion entre l’Afrique, l’Europe et les routes commerciales atlantiques.
Mais la grandeur d’un projet de développement ne se mesure pas uniquement à l’ampleur de ses infrastructures.
Elle se mesure à ce qu’il change dans la vie des populations.
Dans l’école qui ouvre un avenir à un enfant.
Dans l’hôpital qui préserve la dignité d’un malade.
Dans l’emploi qui permet à un jeune de construire son indépendance.
Dans l’institution qui garantit au citoyen que sa voix compte et que ses droits sont respectés.
Les femmes et les hommes du Sahara doivent demeurer les premiers acteurs de cette transformation, non comme de simples bénéficiaires, mais comme des partenaires à part entière dans la conception et la conduite de leur avenir.
Car le développement n’acquiert sa véritable dimension politique que lorsqu’il devient une promesse tenue envers les populations.
La fierté sans arrogance, la victoire sans revanche
Le Maroc peut regarder le chemin parcouru avec fierté.
Fierté envers les marcheurs de 1975.
Envers les Forces Armées Royales.
Envers les diplomates, les institutions et les générations qui ont contribué à défendre et à faire avancer la cause nationale.
Mais la grandeur d’une nation se mesure aussi à la manière dont elle accueille ses victoires.
La fierté n’exige pas l’humiliation d’autrui.
La confiance n’a pas besoin de mépris.
Et la force véritable n’est jamais incompatible avec la retenue.
La nouvelle phase diplomatique doit également permettre de replacer au centre des préoccupations la situation humanitaire des populations vivant dans les camps de Tindouf, dans le respect de leur dignité, de leurs droits et de leurs aspirations.
Elle doit surtout nourrir l’espoir d’un Maghreb capable de renouer avec les possibilités de coopération que les décennies de tension ont trop longtemps différées.
Car une paix véritable ne consiste pas seulement à faire taire les antagonismes.
Elle consiste à créer les conditions dans lesquelles ils peuvent être durablement dépassés.
La plus grande victoire d’une diplomatie n’est pas de voir les autres vaincus. C’est d’ouvrir la voie à une paix dans laquelle la dignité de personne n’est sacrifiée.
La Marche Verte : lorsque la mémoire devient une responsabilité
Cinquante et un ans après, la Marche Verte demeure bien davantage qu’un événement historique.
Elle est une mémoire vivante.
Une fidélité à la terre, au Trône et à un destin collectif.
Mais elle est surtout une responsabilité transmise d’une génération à l’autre.
Ceux qui ont marché en 1975 ne pouvaient connaître les transformations du monde qui allaient suivre.
Ils ignoraient combien de décennies seraient nécessaires, combien de négociations seraient engagées et combien d’équilibres internationaux seraient bouleversés.
Mais ils savaient qu’ils participaient à une page majeure de l’histoire de leur pays.
Ils nous ont légué davantage qu’un souvenir.
Ils nous ont transmis le sens de la constance.
Le sens du sacrifice.
Et cette conviction que l’appartenance à une nation est une responsabilité avant d’être un sentiment.
La Marche Verte fut d’abord celle d’un peuple.
Elle est devenue, au fil des décennies, une marche diplomatique, institutionnelle et humaine.
Et si l’Histoire offre aujourd’hui au Maroc de nouvelles raisons d’avoir confiance dans son cheminement, elle lui impose également une responsabilité nouvelle : transformer les acquis en paix, la souveraineté en développement et l’unité nationale en un projet de dignité et de justice pour tous.
En 1975, le peuple marocain a marché à l’appel de son Roi. Cinquante et un ans plus tard, le Royaume poursuit cette marche par la diplomatie, la construction institutionnelle et le développement humain.
Car l’Histoire ne récompense pas la patience pour la seule vertu d’avoir attendu.
Elle récompense parfois la patience lorsqu’elle s’accompagne de sagesse, lorsque la fidélité se traduit en action et lorsque les convictions deviennent capables de construire l’avenir.
Certaines victoires ne naissent pas dans le fracas des armes.
Elles se tissent dans le silence des négociations, mûrissent dans la patience des générations et se consolident par la volonté d’une nation qui n’a jamais renoncé à ses convictions.
La Marche Verte a commencé en 1975.
En 2026, elle entre dans un nouveau chapitre de son histoire.
Et son plus grand accomplissement restera de faire de la mémoire du combat un héritage de paix, de la souveraineté une responsabilité et de la victoire une promesse d’avenir partagée.
Gloire à ceux qui ont marché hier, porteurs de cette responsabilité.
À nous, désormais, d’avoir la grandeur d’en être dignes.
Bahia Benkhar Sougrati
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- November 6, 2026
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