
À Yoff, Grand-Yoff et aux Parcelles Assainies, des regards d’assainissement privés de leurs couvercles exposent les populations aux chutes et fragilisent les réseaux d’évacuation des eaux. Dans ces quartiers, habitants et usagers composent quotidiennement avec ces ouvrages ouverts, parfois transformés en réceptacles de déchets. Il faut parfois regarder où l’on pose les pieds. De Yoff […]
À Yoff, Grand-Yoff et aux Parcelles Assainies, des regards d’assainissement privés de leurs couvercles exposent les populations aux chutes et fragilisent les réseaux d’évacuation des eaux. Dans ces quartiers, habitants et usagers composent quotidiennement avec ces ouvrages ouverts, parfois transformés en réceptacles de déchets.
Il faut parfois regarder où l’on pose les pieds. De Yoff à Grand-Yoff, en passant par les Parcelles Assainies, des regards d’assainissement ouverts s’inscrivent dans le décor quotidien. Sur les trottoirs ou en bordure de chaussée, des ouvertures béantes côtoient maisons, commerces et lieux de passage.
À défaut de couvercles, certains habitants posent une planche, une pierre ou une branche pour signaler le danger. Au quartier de Yoff Dagoudane, un ouvrage dépourvu de protection jouxte une habitation. « Le couvercle était là. On l’a retiré », s’inquiète Matar Diop dont la maison est à moins de 10 mètres du trou.
Depuis, les habitants doivent redoubler de vigilance, particulièrement lorsque la visibilité baisse. « La journée, on peut voir le trou. Mais la nuit, quelqu’un qui ne connaît pas le quartier peut tomber dedans », prévient le sexagénaire, ancien menuisier.
Dans le regard, les déchets solides ont également pris place : sachets plastiques, bouteilles, pierres et autres détritus. Une situation qui préoccupe Soukèye Ngom, mère de quatre enfants. « Ils s’amusent et courent partout. Il faut toujours leur dire de faire attention. Un enfant peut facilement tomber s’il ne voit pas l’ouverture », alerte-t-elle.
Au marché Dior des Parcelles Assainies, les eaux stagnantes des dernières pluies font partie du décor. Entre les étals et les passants, les déplacements deviennent parfois délicats. « On voit les gens contourner l’endroit. Certains s’arrêtent pour prévenir les autres. Mais normalement, ce regard doit être fermé », constate Pape Mamour Sy, vendeur ambulant de friperie.
Originaire de Gandiol, dans le département de Saint-Louis, il se faufile entre les véhicules à la recherche de clients. « Moi-même, je risque de tomber. C’est la raison pour laquelle je dois faire attention », indique-t-il, le visage ruisselant de sueur.
À Grand-Yoff, notamment au quartier Arafat, les habitants improvisent eux aussi des moyens de signalisation. Une branche plantée au milieu d’une ouverture attire l’attention. Ailleurs, une pierre ou un morceau de bois fait office de protection.
Pour Abdoulaye Biaye, chargé des questions environnementales à la mairie de Grand-Yoff, ces précautions restent insuffisantes. « Ces dispositifs peuvent alerter les passants, mais ils ne remplacent évidemment pas un équipement conçu pour protéger l’ouvrage », souligne-t-il. Il appelle également les populations à davantage de responsabilité, notamment en évitant les branchements clandestins et la dégradation des ouvrages.
Les regards privés de leurs couvercles peuvent ainsi devenir de véritables pièges pour les usagers. « e vol des ouvrages peut provoquer des chutes. Le danger est d’autant plus important lorsque les ouvertures sont difficiles à repérer, notamment la nuit ou lorsqu’elles sont recouvertes par les eaux , soutient Madické Cissé, directeur de la Prévention et de la Gestion des inondations.
Au-delà du risque de chute, l’absence de couvercle fragilise aussi le réseau. « Lorsqu’un regard reste ouvert, les sachets plastiques, bouteilles, pierres, sable et autres détritus peuvent facilement y pénétrer », explique M. Biaye.
Avec les eaux de ruissellement, ces déchets peuvent ensuite être entraînés dans les canalisations. Cette situation intervient alors que le bon fonctionnement des réseaux de drainage constitue un élément important de la prévention des inondations à Dakar. Les opérations de curage menées avant l’hivernage visent justement à maintenir les ouvrages en état de fonctionner correctement.
Les alertes du directeur de la Prévention des inondations
Pour Madické Cissé, directeur de la Prévention et de la Gestion des inondations, le vol des ouvrages d’assainissement pose d’abord un problème pour l’évacuation des eaux pluviales. Lorsqu’un regard ou un équipement est dérobé, son remplacement nécessite une intervention qui peut retarder le rétablissement du dispositif.
« Quand on doit remplacer un ouvrage, cela peut prendre une journée », a expliqué M. Cissé, joint par téléphone hier. Un délai qui, selon lui, peut devenir problématique lorsque les réseaux sont fortement sollicités par les pluies.
Le directeur de la Prévention et de la Gestion des inondations revient sur le mode opératoire des voleurs. Selon lui, certains découpent les regards en plusieurs morceaux avant de les écouler. « S’ils amènent le regard tel quel, on peut identifier que c’est volé », explique-t-il.
Pour M. Cissé, la réponse passe aussi par la sensibilisation. « Tant qu’on n’arrive pas à avoir les bons comportements, on ne sortira, malheureusement, pas de cette situation », a-t-il insisté.
Babacar Guèye DIOP
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